II HYDROGRAPHIE
Sauf le district du lac Edward, tributaire du Nil au nord-est, tout le territoire de l'Etat libre est contenu dans un seul bassin fluvial, mais d'un fleuve géant, le Congo, auquel Stanley aurait voulu appliquer le nom de « Livingstone. »
Le fleuve Congo est un des plus grands du monde, tant par sa longueur qui doit dépasser 4500 kilomètres que par l'étendue de son bassin et le volume de ses eaux. Son cours supérieur, découvert par Livingstone qui parvint à Nyangwé en 1869, n'est pas complètement connu ; mais il paraît formé de deux branches : le Loualaba et le Louapoula. Cette dernière branche sort du lac Bangwélo, traverse le lac Moéro, et reçoit par la Loukouga le trop-plein du lac Tanganika. Des environs de Nyangwé jusqu'à la mer, il a été parcouru
pour la première fois en canot par Henri Stanley dans une exploration mémorable. Sous l'Equateur, il présente une première série de sept cataractes ou chutes dites Stanley -Falls. De là, il tourne au N.-O. en formant une courbe immense qui le ramène de nouveau sous la ligne équatoriale, et il continue vers le S.-O. jusqu'au Stanley -Pool, sorte de lac formé par un élargissement du fleuve.
Dans cette partie moyenne de son cours, entre les deux séries de cataractes, sur une longueur de plus de 1700 km., le Congo traverse une immense plaine horizontale, où son lit s'élargit jusqu'à atteindre de 10 à 30 kilomètres d'une rive à l'autre ; il renferme alors d'innombrables îles boisées, souvent habitées. Il y reçoit du N. et du S. d'énormes affluents dont les embouchures sont larges de plusieurs kilomètres.
Entre le Stanley-PooletVivi,il franchit une seconde série de 32 cataractes dites de Livingstone, échelonnées sur une longueur de 300 km., avec une pente totale de 280 m.
En aval de Yivi jusqu'à la mer, sur une longueur de 180 kilomètres, le fleuve s'élargit de nouveau, se remplit d'îles nombreuses et se jette dans le golfe de Guinée par une seule embouchure, large de 11 kilomètres entre la pointe de Banana, au nord, et la pointe du Requin (Shark Point), sur la rive portugaise au sud.
Sauf dans les cataractes, le Congo est partout navigable. Les bâtiments de mer le remontent jusqu'à Borna etMatadi, et des vapeurs font le service entre les chutes inférieures et sur le haut Congo, jusqu'aux chutes de Stanley.
Voici maintenant quelques détails sur les principaux affluents du Congo et les lacs de son bassin, avec indication des explorateurs qui nous les ont fait connaître.
Le Haut ïleuve. — Le lac Bangwélo, découvert par Livingstone en 1866 et sur les bords duquel il mourut en 1873, est situé sur le plateau du S.-E., à
1,300 mètres d'altitude; il reçoit par l'est une rivière du nom de Tchambési, qui parait être le cours supérieur du Congo, et qui se continue à la sortie du lac sous le nom de Louapoula.
Le Louapoida, qui coule du sud au nord dans le royaume de Cazembé, paraît former ou traverser le lac Moéro à 850 mètres d'altitude, puis le lac Landji, où se jettent également le Loualaba et la Loukouga.
Le Loualaba, venant du sud-ouest, traverse un chapelet de lacs signalés particulièrement par Livingstone, puis par Cameron (1875), mais dont les positions et les formes sont encore incertaines, comme l'est du reste toute l'hydrographie de cette région méridionale. Ce n'est qu'en amont de Nyangwé, par 3 degrés et demi de latitude sud, que le Loualaba, sorti du lac Landji, devient évidemment le fleuve Congo.
Affluents de droite. — Le Congo reçoit par sa rive droite la Loukouga, la Louama, la Lowa, la rivière Léopold, l'Arouhimi, la Loïka, la Mongala, l'Ubangi, et sur le territoire français, la Bounga, la Licuala, l'Alima et le Léfini.
La Loukouga, signalée en 1875 par Cameron, paraît servir de déversoir au lac Tanganika, qui s'écoulerait dans le Congo par le lac Landji.
Le lac Tanganika est remarquable par sa longueur de plus de 600 kilomètres, et par sa forme allongée sensiblement du N. au S. ; il est situé à 800 mètres d'altitude dans une dépression entourée de montagnes. Découvert en 1858 par Burton et Speke, exploré ensuite par Cameron, Stanley et autres, ce lac appartient par sa rive occidentale à l'État du Congo, avec la station de M'pala, tandis que sa rive orientale, ainsi que la ville d'Oudjidji et l'ancienne station belge de Karéma sont aujourd'hui dévolus à l'empire allemand.
Après la Loukouga vient la Louama, puis au nord de Nyangwé, un grand nombre d'affluents dont les embouchures seules sont signalées, notamment la- Rivière Léopold, en amont des Stanley- Falls.
Au nord de l'équateur, YAroutvimi(Arouhomini(l) ou Byéré), au confluent duquel Stanley a soutenu un grand combat contre les cannibales en 1877, et qu'il remonta en 1883 jusqu'aux chutes de Yambouga, a été choisi par lui (1887) comme voie d'accès vers le Haut-Nil dans son expédition au secours d'Emin- Pacha.
Il en a signalé les sources dans les montagnes Bleues, à l'O. du lac Albert.
Li'Itimbiri ou Loïka vient du nord ; elle a été remontée par Hanssens en 1884 et par Grenfell en 1885, sur une longueur navigable de 250 kilomètres, jusqu'aux chutes de Loubi.
La Mongala, qui a été remontée par Grenfell, et en 1886 par le lieutenant belge Coquilhat, est relativement peu importante.
L' Ubangi, signalé à Stanley sous le nom de « Grande Rivière, » est en effet un affluent d'importance considérable, dont l'embouchure a 10 kilomètres de largeur. Hanssens et Van Gèle, explorateurs belges, la remontèrent les premiers en 1884 ; plus tard, Grenfell et le capitaine Coquilhat furent arrêtés par les chutes de Zongo un peu au nord du 4e degré de latitude septentrionale ; mais le capitaine Van Gèle parvint en 1888 jusqu'au confluent du Mbomo. Elle reçoit en outre à droite le Lobai et Ylbanga, sur le territoire devenu français, et à gauche le Nghirri, dans l'étroite et
(1) Il ne faut pas s'étonner des variations orthographiques que l'on remarque dans les noms propres. Chaque explorateur, chaque auteur peut avoir sa manière de transcrire un nom, avant que l'usage n'ait consacré une forme quelconque. En Europe même on n'est pas toujours d'accord sur l'orthographe géographique ; à plus forte raison pour les pays sauvages, où il n'y a pas de langage écrit. — Notons que généralement Vu se prononce ou: Lukuga, Loukouga ; Ubangi, Oubangi (Oubangui). — Le c et le g sont toujours durs. — Souvent le k remplace le c et le q : Kuilu, Kouilou, Quillou. — Le w anglais tient lieu de ou : Mwata, Mouata. — Le & se change souvent en v : Yambo, Yamvo. — L'n sonne comme deuxn. Nvangwé, Nvanngoué.
basse presqu'île resserrée entre l'Ubangi et le Congo. Les probabilités font aujourd'hui de l'Ubangi le cours inférieur de YOuellé. Celle-ci, découverte par Schweinfurth en 1870, prend sa source dans les Montagnes Bleues, à l'ouest du lac Albert et du haut Nil, par plus de 1,000 mètres d'altitude ; elle traverse le pays des Mombouttou et des Nyam Nyam, reçoit de nombreux affluents explorés par Junker (1883-86) ; puis, sous le nom de Macoua, elle coupe le parallèle de 4° de latitude nord, et reçoit le Mbomo, tributaire important venant du N.-E.
Affluents de gauche. — Tandis que, par l'effet de la courbure du fleuve, les affluents de droite viennent de tous les points cardinaux et rayonnent comme les branches d'un éventail, ceux de la rive gauche sont rassemblés en faisceau et coulent généralement en convergeant du sud-est vers le nord-ouest.
Outre le Loualaba, dont nous avons parlé, et ses nombreux affluents, le Congo reçoit ainsi par sa rive gauche le Lomami, le Loulongo, l'Ikélemba, le Rouki ou Tchouapa, l'Irebou et le Kassaï.
Le Lomami, exploré en 1888 par Delcommune jusqu'à la latitude de Nyangwé, coule du sud au nord, parallèlement au Congo, et se termine en aval des Stanley-Falls.
Le Loulongo, remonté par Grenfell en 1885, et son affluent le Lopori, exploré par Van Gèle en 1887, coulent de l'E. à l'O, et drainent le territoire jusque sur la rive du Congo, ce qui explique l'absence d'affluents directs depuis le confluent du Lomami.
Le Rouki, appelé Tchouapa dans son cours supérieur, fut exploré par Grenfell et von François, en 1885, et par Van Gèle l'année suivante ; il longe presque l'équateur, reçoit à gauche la Boussera, et finit
à Equateurville, presque au même point qu'un autre affluent du nom d'Ikélemba.
ïulrebou sert de déversoir au lac Matumba, exploré par Stanley, et se jette dans le Congo en face de rUbangi.
Le Kassaï est le plus puissant affluent du sud, comme l'Ubano-i l'est du nord ; son bassin embrasse le quart de celui du Congo. Reconnu par Livingstone en 1860 et par Cameron en 1875 vers sa source dans le pays du Al ouata- Yambo, il fut remonté en 1882 par Stanley dans son cours inférieur désigné sous le nom de Kwa ; son cours central ne fut exploré qu'en 1885, par Wissmann qui descendit de Loulouabourg sur la Louïoua, à Kwamouth au confluent du Congo. Il reçoit à droite le Sankourou, lequel, grossi du Lomami, l'un et l'autre découverts par Wolf, paraît venir du sud et former sous le nom de Loubilasch la frontière de l'Etat libre au S.-O.
Le Kassaï-Sankourou-Lomami constitue une précieuse voie navigable directe de Léopoldville par Kwarnouth vers Xyangwé et le lac Tanganika.
Le Kwa ou Kassaï inférieur se grossit encore du Jf/w/par lequel Stanley pénétra en 1882 dans le grand lac Léopold II, et dont le cours supérieur, YlJcata, fut exploré en 1886 par Kund et Tappenbeck.
Le KoangOj déjà connu de Livingstone, exploré par von Mechow et Massari, est une grande rivière qui, après avoir formé la frontière portugaise de l'Angola, se dirige vers le bas Kassaï.
En aval de Kwamouth, le Congo ne reçoit plus que des tributaires peu étendus, d'un caractère torrentueux, notamment YlnJâssi, le Kouilon, le Mposo qui débouchent dans la région des cataractes.
Lacs. — En résumé, le bassin du Congo belge comprend les lacs Bangwélo, Moéro, une dizaine de
lacs du Loualaba, le grand lac Tanganika, et, dans la partie occidentale le Matumba, le Léopold II, enfin le Stanley-Pool, sans parler des nombreux renflements du Congo qui ont souvent la largeur et les caractères de véritables lacs.
En outre, le lac Mouta-Nzigué, reconnu pour la seconde fois en 1889 par Stanley qui lui a décerné le nom du prince de Galles Albert- Edward, est situé à 1000 m. d'altitude; il écoule ses eaux par le Semliki dans le lac Albert, tributaire du Nil.
Si, à cette énumération déjà longue, on ajoute les lacs Victoria et Albert du bassin du Nil, et le lac Nyassa du bassin du Zambèze, on voit que l'Afrique centrale, réputée si longtemps un désert aride, est au contraire riche en lacs et eaux courantes, ce qui s'explique par une grande abondance de pluies; celles-ci, jointes à une chaleur tropicale, provoquent une exubérance de végétation et de vie animale qui ne le cède en rien à celle des Indes ou de l'Amérique du sud.
Le climat, résultant de cet ensemble de circonstances, est naturellement chaud, humide, fiévreux ; très bien supporté par une nombreuse population de nègres, il est insalubre pour la race blanche européenne, sans qu'il faille toutefois en exagérer les conséquences, car, moyennant des précautions de sobriété et d'hygiène, il n'est pas plus redoutable que le climat des contrées tropicales où notre race s'est néanmoins répandue. Il est à remarquer en outre que les parties les moins saines sont celles des chutes, qu'il faut traverser pour parvenir sur le plateau central : raison de plus de hâter l'exécution du chemin de fer qui rapprochera Léopoldville de la côte.