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PRÉFACE

On lit un peu partout que le passé commande Vavenir. Certaines sciences et, tout spécialement V architecture , appuient singulièrement cette affirmation.

Pourtant, ce legs ésotérique des siècles écoulés, aussi peu saisissable dans ses manifestations qu'infini dans son étendue, échappant à l'analyse exacte et ne se livrant qu'en partie, nous semble être pour le monde actuel une conscience lourde de bien et de mal que l'on interroge sans cesse, et qui, loin de répondre à notre anxiété, apporte trop souvent au lieu du réconfort attendu, l'erreur, le doute et les hésitations. Nous aimons mieux croire que cet appel au passé n'est pas autre chose, dans la plupart des cas, que la manifestation d'une loi du moindre effort, qu'une tendance à persévérer dans notre être. Stabilité d'ordre naturel, sans doute, mais sans rapport avec la véritable nature de l'homme. La mission de celui-ci est d'exercer une violation bienfaisante de l'avenir; il se distingue des autres êtres vivants parce qu'il tend à transformer en réalités son idéal: pour lui c'est donc l'avenir et non le passé qui commande.

Cette interprétation est tellement vraie que les moindres progrès sont plus une création qu'une continuation et que les grandes découvertes apparaissent souvent comme des accidents. L'apport des siècles précédents, violemment remué prend une autre forme, le devenir introduit par l'invention s'impose au passé. Cette possibilité de renouvellement n'ap-

n -T^ LES CONSTRUCTEURS DE CATHÉDRALES

partient pas seulement aux plus hautes spéculations de l'esprit, elle s'offre aussi à tous les métiers. Le geste d'un ouvrier intervenant pour la première fois, fait plus pour le perfectionnement du travail que de mêmes gestes répétés par une suite de générations.

La tradition semble donc être l'antithèse du progrès; mais nous ne devons pas, pour cette raison, mépriser son rôle qui apparaît comme nécessaire dans l'organisation du monde Aux manifestations parfois violentes des tendances progressives, aux exagérations de l'art nouveau, — par exemple — nous sommes heureux de pouvoir opposer l'intervention modérative de la tradition; par elle les possibilités infinies de l'invention sont réduites à une juste mesure, il se produit une adaptation du progrès à nos besoins réels et à nos facultés présentes. L'avenir, en commandant, doit mettre ses exigences en rapport avec les forces du passé.

L'idéal que nous plaçons à l'horizon des voies qui s'ouvrent vers l'avenir et vers lequel nous allons de toute la puissance de nos possibilités, contient donc une portion appréciable du passé, trame nécessaire sur laquelle il repose. De plus, il n'est pas douteux que sa création raisonnablement conçue ne soit influencée par l'expérience que nous ont laissée les efforts tentés, dans une direction progressive, par les générations précédentes. — Un retour vers le passé sera donc instructif si, conduits par le bon sens, nous ne nous laissons pas séduire par des apparences. Cette enquête précédant la marche en avant ne doit pas avoir la stabilité pour conclusion, l'élan vers l'action ne doit pas se transformer en réaction. Comme Ulysse au cours de ses voyages, celui qui parcourt le passé, pour fonder sur des bases solides son idéal, entend tout le long du chemin des voix de sirènes qui l'appellent. Il faut qu'il s'arme de la volonté légendaire du héros grec pour regarder en face les mirages qu'évoquent ces voix charmeuses, ne pas rester en arrière et sombrer dans le néant.

Toute œuvre destinée à éclairer l'avenir doit donc tenter des reconnaissances audacieuses parmi les plus lointains sou-

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