SCÈNE IX
MIROBOIAN, DORINE, CRISPIN.
MiROBOLAN, entrant. Dorine, as-tu songé?....
DOfiiNE. Monsieur, je viens de faire porter ce corps à l'a cave, et voilà un de vos confrères, qui, ayant appris que vous devez faire un« dissection , est venu pour vous voir.
MiROBOLAN, après plusieurs révérences. Monsieur, quoyque j€^ n'aye pas Thonneur de vous connoistre , vous y serez toujours Je bien receu ; mais ce ne sera que demain que je commenceray à travailler. Si vous voulez me faire la grâce de vous trouver à l'ouverture, vous entendrez un petit discours, qui, je crois, ne sera pas fort commun.
CR1SPII9. Ah, Monsieur! je n'ay garde d'y manquer. La réputation de Monsieur Mirobolan est une réputation qui... dans les choses... fait enfin... que .. je n'y manqueray pas.
DOBiNB. Monsieur, si vous voulez que j'accommode cette salle, il me faut laisser en liberté.
MTBOBOL\N. Tout à l'heurc. Monsieur, je voudrois vous demander un petit mot d'avis touchant un malade que je traite.
CBispiN. Vous m'excuserez, s'il vous plaist: j'ay une affaire qui me presse beaucoup.
MIROBOLAN. J'auray fait en peu de paroles. Voussçaurez qOe ce malade a eu la fièvre quarte, tierce et continue; enfin nous l'avons tiré delà. Mais il liiy' reste une chose qui m'inquiète grandement pour luy ; car, outre une grande insomnie, qui le fatigue beaucoup, ce qu'il crache est extrêmement blanc, et c'est à mon sens un très-mauvais >igne, p.irce que a pituiia altm^ aqua inter eutem superrenit, nous dit Hypocrate ; et c'est, comme vous sçavez, ce que les Grecs appellent leucophegmatia. Si donc, selon Hypocrate, cette pituite blanche est un signe évident que l'hydropisie doit survenir, que croiriez-vous qu'il faudroit luy donner de plus souverain, pour empescher que cet accident ne luy survînt?
CB1SPIN. Vous n'avez pas besoin de conseil: vous estes un homme qui... ouy...car... enfin je ne dis rien.
MTBOBOLAN. Non, parlez -moy franchement : je seray fort aise de sçovoir votre sentiment là-dessus.
CRISPIN. Je n'ay garde, je sçais trop...
MTROBOLAN. Pour moy, j'agis sans façon ; je ne suis pas de ces Messieurs qui ne chérissent qu&leurs opinions, et qui, plutost que d'en
démordre, aiment mieux laisser crever un malade. Parlez, je
vous écoute.
(Bas^ à Crispin . ) (J Mirobolan.)
DOBiNE, Dis ce que tu pourras. Mais, Monsieur, dépeschez-vous , car
j'ay plus d*une affaire.
MiBOBOLAN. Dorinc, encore un moment.
CBispiN. Monsieur, dans ces sortes de maladies, je ne sçais pas si ..
quand... là-dessus... on... la...
MIBOBOLAN. Hom?
GBispiN. Des pillules...
IfTBOBOLAN. Luy donner des pillules, ce seroit ruiner les parties , qui sont déjà fort altérées par le désordre qu'ont causé ces différentes maladies.
CBISPIN. Ho, je ne dis pas cela; je dis... que des pillules que j*ay prises ce matin m'obligent à vous quitter au plus tost.
MIBOBOLAN. Oh, je ne veux pas vous contraindre. Dorine, conduisez Monsieur où il a besoin d'aller. Je suis votre serviteur.
CBISPIN, se déshabillant. Je vais t'attendre, sans raisonner davantage.
DOBINE. Moy, je vais faire mes diligences pour avoir la réponse , ;et songer en mesme temps à faire en sorte que lorsqu'on apportera ce pendu nos gens n'en puissent rien sçavoir.
-t^=5ft»S£âtf5s=er-