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ACTE IV, SCENE XIII

Du papier et de Tencre , aûn de le noter.

Moy, dans ce cabinet sçachant une écritoire,

Je les ay fait entrer ; voilà toute Thistoire :

T.es refuser, c'étoit une incivilité.

DORAMË. Il pouvoit estre ailleurs tout aussi bien noté. TOI NON. Il est vray, mais...

DORAME. Il entre en cecy du mystère.

TOiNON. Comment?

DORAME. Quand on ne fait que ce que Ton doit faire,

On n'oste point la clef d'une porte, Toinou;

Il y va là du vostre.

TOiNON. Et qui vous dit que non?

Ouy, j'ai fermé la porte, et pris la clef. DORAME. La gueuse!

Pourquoy donc, s'il vous plaist?

TomoN. Pour vostre humeur grondeuse :

Tout vous choque, et pour rien vous entrez en courroux ;

Une mouche à tout autre est éléphant pour vous ,

Et quand vous vous mettez dessus la gronderie.

C'en est pour quinze jours.

DORAME, se faschant. Voyez l'effronterie!

Ce n'est rien d'enfermer deux hommes sans façon ? TOl^ON. Le grand crime que c'est d'écrire une chanson! DORAME. Pour écrire, on n'a point sur soy la porte close. TOiNON. Vous mériteriez bien que ce fust autre chose. ANASTASE. Monsicur, la tempérance est entre les vertus... DORAMB. Tempérez votre langue, et ne me parlez plus. ANASTASB. Mousicur, la fascherie est à craindre à votre âge.

Et peut causer en vous un notable dommage;

Je dois, par mes avis, tascher à vous guérir... DORAME. Je veux me fascher, moy.

ANASTASE. Vous en pourriez mourir.

Et f on m'accuseroit d'estre cause seconde

De ce cruel malheur.

DORAME. Que le ciel te confonde !

ANASTASE. Je ne souffriray point que vous vous faschiez , non. DORAME. Eh, monsieur Anastase!..

TOINON. 11 a grande raison :

La colère aux vieillards est chose trop funeste. ANASTASE. De la bile enflammée il reste certain reste,

Dont la vapeur maligne, attaquant leur cerveau. Le corrompt et le gaste, et les mène au tombeau.

lAo CHISPIN MUSICIEN.

Madame a sceu le jour, voilà ce qui Tamène. DAPHNis. Mon père, pardonnez si, pour oûir chanter... (ÎRispiN. Attendant le concert que je fais apprester.

Je luy voulois apprendre un petit air.

DOBAME. l^e grace,

Laissez vos petits airs.

CRispiN. Il est dessus et basse ,

'Joly; si vous voulez...

DORAME. Je n'ai rien à vouloir.

CRISP1N. On court de toutes parts après moy pour Favoir. DOBAME. Depuis les opéra ', la rage de musique

S'est mise dans Paris, tout le monde s'en pique •,

Je le sçais; mais ma fille apprendra, s'il vous plaist,

A. chanter toute seule, ou point.

TOiNON. Quel meurtre c'est!

Mais peut- on bien chanter sans sçavoir la mesure? DOBAME. Coquine!

TOI NON. Luy laisser perdre la voix î J'en jure.

Si j'étois en sa place, il ne seroit pas dit

Que j'aurois de la voix pour rien.

' lA premier privilège de l*Opéra fut accordé par lellres patentes da 2S Jain 1669 h l*abl:)é Perrin et h Cambert , avec qui s^étaienl associés le marquis de Soor- (iéac, habile muchiflisie, et le financier Cliamperon Plasieurs opéras, tragédies en musique et à machines, avalent déjà été donnés auparavant, enlre aatret V Andromède et la Toison d*or, de Corneille (1650, 1661), la Pastorale d*l»y (1659), etc., et Mazarin avait fait venir une troupe de chanteurs italiens qui avalent débuté au Petit-Bourbon le 24 décembre 1645. Mais les premières représenlaUons publiques et régulières de l'opéra français ne datent que du 19 mars 1671 : le début eut lieu par Pomone^ paroles de Perrin, musique de Cambert, miseeo soètie de Sourdéac, danses réglées par Beauchamps Le huccès fut énorme , et Popéra te. trouva aussitôt à la mode. Au mois de Juin I67*i, Lulli parvint à se substituer à Perrin et Cambert, et fil bâUr un Ibéàlre au Jeu de paume de Bel air, rue Vauglrard, d*où il se transporta dans la salle du Palais-Royal après la mort de Molière.

' Sur cette mode pour la musique, il faut lire les Opéras de Salnt-Ëvremond. Lulli courait le grand monde; Lambert, son gendre, était accablé d*invitaUons, et on le promettait à ses convives comme un assaisonnement du repas ( Boileau, satire 3). Mn>« de Sévigné et tous les chroniqueurs du dix-septième siècle parlent souvent de ces concerls à domicile. On peut remarquer le rôle que Jouent les maîtres de musique et les intermèdes chantants dans les comédiei» de cette époque : » Nos occupations à vous et h moi ne sont pas petites maintenant, » dit le maître à danser du Bourgeois gentilhomme (I67U) au maître de musique. Un peu plus loin celui-ci déclare à M. Jourdain que lui, qui est magnifique, devrait avoir on concert dans sa maison toutes les semaines, comme les gens de qualité, et M. Jourdain lui recommande de ne pas oublier de lui envoyer des musiciens pour chanter à lahle. Qu'on lise aussi la scène 6 de i*acte II du Malade imaginaire. L'ardeur avrc laquelle on recherchait alors ces personnages, explique la vanité et la suffisance que leur reproche plus haut Dorame (II, se. 7).

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