LE BALLET DE LA NUIT
Le Ballet de la Nuit fut dausé à la cour, daus la salle du Petit-Bourbon, le 23 février 1G53, c'est-à-dire aux fêtes du cai*uaval, au milieu des réjouissauces par lcs(tuelles ou célébra Tbeureuse issue de la camjngue de ]G52. C'était vingt joui*s après le i-ctour à Paris ducardiual Mazariu, cuiiu vainqueur de la Fronde, et de Tureuue, ainsi que des généraux et des gens de qualité qui avaient pris part à cette deruière cam|>agne, entre autres du duc d'York, qi^ nous vendons figurer dans la septième entrée de la quatrième partie. ^On peut le ]iréseuter sans crainte comme le cbef-d'œuvre et le type accompli du ballet de cour/ non de ce ballet exclusivement mythologique, uniforme et souvent fastidieux daus sa froide majesté , qui allait pi-eudre un si grand développement sous Louis XIV ; mais du ballet libre , complexe et varié y embrassant dans sou cadre Oexible toutes les n^ssources combinées, du geure.
Les vera sont de Benseiade. Il eu a fait quelq'iefois d'aussi bons; jamais de meilleurs, de plus uns, de plus ingénieux , même de plus élevés. C'était sa secoude tentative daus la carrière, et elle consacra déû:iitivemeut sa supériorité. 11 avait débuté, deux ans auparavant (1651), juir le ballet dé Ciis^ sandie, et il suffit de les i-approcher un moment l'un de l'autre pour voir l'énorme progrès qu'il avait accompli daus l'intervalle. Mais il ne lit que les vers. L'auteur du sujet et du plau fut Clément , intendant du duc de Nemwu-s, dont nous avons |>arlé daus notre Histoire du Ballet de cour ' .
L'inyention, qui est d'une ampleur et d'une variété singulières, a été calculée de manière à favoriser toutes les magniQceuces de la mise en scène. Dans les quatre |)arties ou veilles, qui comprennent toute l'étendue de la nuit , deiiuis le soir jusqu'à l'aube, reutrent natun>Ilement une foule d'incidciits et de personnages de tous les genres, dont les contrastes sont bai)ilement calculés pour les besoins du spectacle comme de la poésie. Par le seul dévelopi^emeut du sujet, sans effort et sans recherche, l'action, si Ton ]>eut employer ce mot, y passe sans cesse du grave au doux^ du plaisant au sévère, dans une série de petits tableaux qui se succèdent avec les diverses heui*es de la nuit, comme en une sorte de panorama mouvant. La fantaisie s'y mêle à la réalité, le bouffon au grandiose; le roman,
■ Le r. Meoettrier, Des ballets, p. 17C.
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la poésie et Ig mythologie, aux scènes familières de la rue. Mais de tous ces tableaux nous a*a vous plus que le sffuelette, — un sommaire concis et décoloré, qu'il faut compléter j)ar TimaginatioD. Les vers de Benserade ne peuvent guère aider à reconstruire ce merveilleux s|)ectacle , puisque, roulant moins sur Faction que sur les personnages, ils ne sont guère autre chose que de spirituelles devises aux([uelles le sujet seit seulement de prétexte, et dont les thèmes réels sont la personne même des danseurs et les événements petits ou grands de la cour. CVst ici surtout qu'on sent tout ce que le ballet perd à ne pouvoir èti-e ressuscité que dans son programme, combien il était intimement lié à la mise en scène, et l'injustice qu'il y aurait à le juger sans tenir compte de cette partie essentielle. Ce que nous publions n'est que l'accessoire et l'accompagnement; le fond proprement dit , le ballet luimême est justement ce qui échappe à la reproduction.
Ce spectacle, donné devant tout ce qu'il y avait alors à Paris de personnages de distinction , obtint un succès qui ût époque , et qui est attesté par tous les témoignages contemporains :
A Ce jour-là, 23 (février) , dit la Gazette, fut dansé dans le Petit-Boiirbon, pour la première fois, en présence de la Reyne, de Son Éminence et de toute la Cour, le Grand Ballet royal de la Nuit..., composé de 43 entrées, toutes si riches, tant par la nouveauté de ce qui s'y repi'ésentc que par la beauté des récits, la magnificence des machines, la i)ompe superbe des habits et la grâce de tous les danseurs, que les spectateurs auroient difficilement discerné la plus charmante si celles où no5ti:r jeune monarque ne se faisoit pas moins connoisti-e sous ses vestruiens que le soleil se fait voir au travers des nuages qui voilent quelquefois sa lumière, n'en eussent receu un caractère particulier d'éclatante majesté, qui en marquoit la diffén^nce... Mais comme, sans contredit, il y suqiassoit en grâce tous ceux qui à Tenvy y faisoient paroistre la leur. Monsieur, son frère unique, étoit aussi sans pareil en la sienne; et cet astre naissant ostoit si aisément la peine de le découvrir, parles gentillesses et les charmes qui luy sont naturels, qu'on ne pouvoit douter de son rang... Je laisse donc a juger... le contentement que put avoir l'assemblée, nonobstant la disgrâce qui sembla le vouloir troubler par le feu qui prit à une toile, dès la première enti-ée, et à la première heure de cette belle Nuit qui étoit représentée par le Roy, mais ne servit néanmoins qu'à faire admirer la prudence et le courage de Sa Majesté, laquelle... ne rasseura pas moins l'assistance par sa fermeté qu'autrefois César ût le nautounier qui le conduisoit... Tellement que ce feu s'étant heureusement éteint, laissa les esprits dans leur première tranquillité et fut mesme interprété favorablement*, u
Dans les numéros suivants, Renaudot nous apprend que le roi dansa encore plusieurs fois ce balUt, qu'il avait déjà commencé à répéter dès le 9 février.
Loret n'est pas moins explicite que Renaudot, ou plutôt il l'est beaucoup plus. 11 s'y reprend à deux fois pour le décrire, comme il avait été obligé de s'y repreudre à deux fois pour le \oir. La première fois, quoique protégé
• GaieH9 de 1653, p. 222.