‹ Les contemporains de Molière:Chapitre 24 sur 325 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

LISETTE, SÉLIKE, MAROT.

LISETTE

SÉKIINE.

LISETTE

SÉLINE.

MAROT

SELINE.

MAROT

SELINE.

MABOT,

SELINE.

MAROT

SÉLIKE.

Vostre chien est rentré, n'en pleurez plus la perte. Tu Tas laissé sortir !

Moy ? c'est Monsieur Clindor.

Je n'ay que trop d'ennuis sans m'en causer encor. Qu'a la belle Séline à repeindre des lanpes? Faut-il paroistre triste avecque tant de charmes ! Si proche d'un hymen que vous souhaitez tant , Vous devriez montrer un esprit plus content. Avecjuste sujet je pleure et je soupire. Vostre chagrin vous plaist , moy je me plais à rire : Une heure de bon temps vaut un an de soucy \ Mon maistre aime la joye et son valet aussi. Mais j'oublie en riant que je suis une buse : Il m*avoit commandé de vous faire une excuse De n'estre pas venu ; je la fais un peu tard : Excusez l'excuseut.

Va, dis-luy de ma part , Que je ne puis souffrir le valet ny le maistre , Car l'un n'est qu'un bouffon, et l'autre n'est qu'un

[traistre.

Est-ce ainsi qu'on reçoit l'envoyé d'un amant ? Bien, nous ferons au vostre un pareil traitement. Mais ditcs-moy du moins d'où naist vostre colère? Que mon maistre a-t-il fait qui peut tant vous déplaire.' Ce jeune audacieux , cet amant suborneur, A-t-il trop tost d'un jour attaqué vostre honneur ? Cebranlement de teste exprime le contraire : Il fait voir que Damon ne fut pas téméraire Et que, par son respect et sa timidité, Peut-estre vostre honneur fut trop en seureté. Je ne vous entens pas, mais il faut que j'avoue Que j'ay les yeux fort bons pour voir quand on me joue. Je vous entens fort bien : Yante a très-grand tort; Je sçais ce qu'elle a fait, et je la blasme fort. Je vois que vous tournez la chose en raillerie ; Mais allez bouffonner loin d'icy, je vous prie :

28 LES INTRIGUES AMOUREl'SES.

I/affaire est sérieuse, et je vais de ce pas Wen plaindre au vieil Dainon, qui n'en raillera pas. 11 répond de l'argent qu'on luy fera bien rendre , Et pour ce sujet-là, j'attends icy Lisandre.

MABOT. Qnoy, vous avez dessein de rompre avec Damon , Avec ce cher amant, tout de bon ?

SÉL1ME. Tout de bon. '

MABOT. Vous ne sçavez donc pas?...

sÉLiME. Kt quoy? la fourberie?

MABOT. Non, le bel enjodment et la galanterie.

sÉLiNE. De quia

!tf ABOT. De ceux qui sans sujet excitent vos fureurs ' .

Mais, comme je vous plains , pour finir vos erreurs , Je veux vous dire tout.

sÊLi?9E. Que me pourrez-vous dire ?

MABOT. Ce qui, malgré vos pleurs , vous va bien faire rire. Je viens de tout conter au bonhomme Clindor ; Je crois qu'il pâme d'aise, et quMl en rit encor. Hyer, sortant d'icy, Damon vint voir Yante , De qui vous connaissez l'humeur g.iyc et galante ; Au temps du carnaval , oii Ton peut tout oser, Elle luy proposa, pour se bien déguiser, Et pour bien divertir vous, Clindor et Lisandre, Mais surtout pour tromper vostre jaloux Timandre , De prendre son habit et luy donner le sien. Comme à sa sœur Damon ne contredit en rien , Elle vint donc icy sous l'habit de sou frère : Voilà tout le sujet qui vous met en colère.

SÉLINE. Si la chose est ainsi , ce n'est qu'un jeu d>sprit.

MABOT. Tout le monde le sçait, et tout le monde en rit.

SÉLINE. Mais son frère devoit m'en faire confidence , Et nous devions tous deux estre d'intelligence.

MABOT. Ouy, mais satisfaisant vostre juste désir. Du divertissement il ostoit le plaisir; Et sa sœur déguisée en faisoit un mystère.

SÉLINE. En faveur de la sœur, j'excuse donc le frère.

MABOT. Vous n'avez plus contre elle aucun ressentiment?

SÉLINE. Non , tu peux de ma part luy faire un compliment.

MABOT. Au galant sans scandale ?

sÉLi NE. Ouy, je suis sa servante.

■ Sic dans Tédilion originale : cela Tait un vers de quatorze pieds.

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