PROLOGUE
AMOUR, CHOeUl DE VERTUS ET D*AMANS.
AMOUR
La beauté dont sans cesse on flatte l'Insolence, Qui veut régner partout, qui se croit tout permis , Counoissant bien qu'aimer c'est devenir soumis.
N'aime qu'avecque répugnance;
Mais il faut prendre patience.
LE CHCEUR.
Il faut prendre patience.
> L'édition de R. Ballard donne tout le prologue en vert italiens, avec la Iradaclion en vers français, vis-à-vis : ce deiuier texte est le seal que nous reproduisions. En tête du l>aiiet, se lit la liste des acteurs du Prologue, tous Italiens.
6f6 LE BALLET ROYAL
AMOUA.
L'or, ce métal précieux , N*e8t jamais si charmant et si brillant aux yeux Qu'après qu'il a longtemps 80u£fert la violence
Et des marteaux et des feux :
Il faut prendre patience.
LE CHŒUR
Il faut prendre patience.
Mais après qu'exercés par tant et tant d'ennuis. En cette école enCn nous sommes tous instruits, Ne nous devrois-tu pas donner nostre licence .'
AHOUB.
U^iaut prendre patience.
Car, quoy que sçache un amant.
Il peut faire incessamment Proût eu cette science.
TOUS ENSE\IfiLE.
Il faut prendre patience.
l'amant biche.
Dois-je donc, comme un autre , étudier toujours. Et l'or que je possède avec tant d'abondance Me peut-il m'exempter de faire un si long cours En l'école de patience?
l'amant de grand HERITE.
Qui le croiroit? Que moy, qui pourrois étaler
Un mérite si rare et si digue d'envie.
Je deusse, dans les maux d'une ennuyeuse vie.
Me taire, sans jamais me pouvoir consoler !
Admirez de TAmour le bizarre caprice,
Qui veut, pour faire voir où va son injustice,
Qu'on sçache où ma constance est capable d*aller.
l'amant DECREPIT.
Qu*un homme^ à qui les ans doDt il est consumé Laissent si peu de vie et si peu d'espérance^ Doive attendre à loisir, et sans estre alarmé,
Une tardive récompense, C'est à qui nous renseigne une étrange ignorance.
l'amant colkrr.
Je maudis de bon cœur la cruelle doctrine Qui prétend réprimer mon juste emportement,
Et consens que Ton m'assassine Plutost que je pratique un tel enseignement.
Qu'en Fart de bien aimer, dont il est en pratique, Amour ne soit sçavant, on n'en doit pas douter;
Mais il est mauvais politique Quand il veut empescher mon courroux d'éclater :
(Car enûn, ce courroux , qu'il traite de rebelle. Est l'unique rempart qu'il sçauroit opposer
A ce que l'orgueil d'une belle Contre un discret amant pourroit souvent oser.
l'amant Capricieux.
Souvent l'Amour impérieux Veut qu'un amant capricieux Apprenne malgré luy cette rude science ; Mais y vouloir forcer mon cœur audacieux. C'est, en voulant m'instruire en Tari de patience, M'enleigner en effet l'art d'estre furieux.
l'amant sensuel.
Comment vouloir qu'un famélique Apprenne à vivre sobrement?
Mais on pourroit douter fort raisonnablemeal Si la beauté la plus critique.
Quand elle ordonne à son amant De se ràiuire à l'amour platonique, Croiroit avoir contentement S'il obéissoit pleinement.
l'amant jaloux.
Faut-il que le jaloux comme un autre s'engage A se rendre sçavant en ce triste devoir ? Hélas ! qu'a-t-il besoin d'en sçavoir davantage,
Luy qui meurt pour en trop sçavoîr !
Songe à bannir des lieux sousmis à ta puissance La fourbe qui te brave avec tant d'insolence, Amour : c'est un dessein plus noble et plus prudent
Que de vouloir, comme un pédant,
Nous enseigner la patience.
amour. * Qui sçaura sa leçon la vienne réciter.