‹ Les contemporains de Molière:Chapitre 268 sur 325 · LA FIDELITE · texte numérisé non relu

LA FIDELITE

La force de souffrir la peioe et le mépris, ])e sou propre mérite est le plus digne prix ; C'est d*une foy sincère une marque asseurée, Et plus d*uo sage amant la peine a de durée, Plus sa gloire s'augmente, et plus son cœur constant Ajousle de douceurs au bonheur qu'il attend.

AMOUB.

Dites vostre leçon, amant brusque et colère.

l'amant COLÈBE.

ISloy, je ne la sçals point, et quoy qu'on puisse faire. Jamais en cette école on ne m'apprendra rien ; Tout ce que je puis dire est que je sçaîs fort bien Que , parmy les amans , la sotte patience Se trouve fort souvent mère de l'insolence.

AMOUR

Ah ! tu me le payeras !

l'auant colèbe.

Auiour, pardonne-moy.

• l'amoub.

Tu rapprendras, enfui, ou tu diras pourquoy.

LE CHOEUR

Tu luy parles en vain, et, loin qu'il en profue, Contre tes chastiments sa colère s'irrite , C«ar ce que dans les cœurs la nature a tracé Parles plus grands efforts n'en peut estre effacé

AMOUR

11 n*est rien de plus vray.

l'a HA NT COLÈIE.

Ce qui fait ma surprise, Cest de voir qu'aujourd'huy l'amour qui dogmatise Est, dans Part de souffrir, qu*il veut monstrer à tous, Plus ignorant luy-mcsme, et plus faible que nous.

AMOUR

La souffrance, il est vray, ne m'est point naturelle; Pour ses rudes leçons mon humeur est rebelle. Et le peu que j'en sçais, malgré moy m'est resté. Des durs enseignements de la nécessité.

LE CHŒt}R.

C'est dans l'art de soufTrir une grande maistresse ; Mais on voit tous les jours qu'un amant qu'elle presse Tasche de l'éviter de cent et cent façons, Au lieu de s'appliquer à prendre ses leçons.x

l'amant sensuel.

Que je m'estime heureux qu'il me laisse en arrière ! J'étois de son courroux la plus digne matière. Il est vray que chacun devroit avoir pour moy La mesme charité qu'il demande pour soy .

l'amour.

C'est assez discouru ; mais, pour vous mieux instruire, Partout où vous irez observez , sans rien dire , Combien l'Impatience a de difformité.

Et combien toutesfois c'est un vice usité; Mais voyez, sans sortir, combien d'impatience Chacun témoigne icy que le ballet commence.

TOUS ENSEMBLE

Vous qui suivez un bel objet.

Ne vous rebuti-z point pour son amour cruelle ;

Fléctiissez-la par vostre zèle,

Mais n'oubliez pas tout à fait

L*u8age de F Impatience :

Souffrir trop laschement les maux que Ton nous fait, C'est sans doute en amour une extrême imprudence.

Un GRAND donne une sérénade à sa maistr esse ^impatient de la

voir*.

Sommes-nous pas trop heureux, Belle Iris, que vous en semble ?

Nous voici tous deux ensemble Et nous nous parlons tous deux ; La nuit de ses sombres voiles G)uvre nos désirs ardens, Et r Amour et les étoiles Sont nos secrets confidens.

Mon cœur est sous voslre loy Et n'en peut aimer une autre ; I^issez-moy voir dans le vostre Ce qui s'y passe pour moy.

La nuit est calme et profonde, Nul ne vient mal à propos :

Le repos de tout le monde Asseure nostre repos.

SA MAJESTÉ, représentant un grand amoureux.

Je ne fais point de geste et ne fais point de pas, Qui ne soit de mou rang la preuve sufRsante ; Le monde représente iey ce qu'il n'est pas, Moy je suis en effet ce que je représente.

Il n'est rien de si grand dans toute la nature, Selon l'ame et le cœur, au point où je me voy ; De la terre et de moy qui prendra la mesure. Trouvera que la terre est moins grande que moy *.

■ Cette séréoade, cbaDleepar Le Gros, était accompagnée d*uo concert de plafeieurs iDttraments, théorl)ei, flûtes et violons.

' Kléber n*avait pourtant pas lu Renserade, quand il disait à Ronaparte.: Gé néral, vous êtes grand comme le monde.

622 LK BALLKT ROYAL

Je cède toustefois vaincu par de beaux yeux * , Et la fragilité des héros que nous sommes Est telle qu'après tout le plus petit des dieux, Est plus à redouter que le plus grand des hommes.

L'Univers a tremblé du bruit de mon tonnerre, Et la postérité ne s'en taira jamais : Avec beaucoup d'éclat j'ay partout fait la guerre, J'ay bien plus fait encor, mesnie j'ay fait la paix.

Mais ce m'est un (résor si doux et si touchant Que celle qui sur moy remporte la victoire , Que je crois que l'Amour n*en est pas bon marchand % Si pour la luy payer il suffit de ma gloire.

MONSiEiiB LE pbince\ de /axuUê,

C'est pour toujours que je veux estre

A la suite d'un si bon maistre,

Mon espérance et mon appuy.

Qui de nostre repos compose ses délices,

Et voyant ceux qui sont à luy X Ne regarde que leurs services.

Ha ! si l'occasion à mon zèle répond, Que i*iray de bon cœur où l'honneur nous appelle ! Il esta souhaiter qu'il n'ait plus de querelle; Mais que je voudrois bien lui servir do second !

LeDVC DE be\ufort4, de la suite.

Je porte avec plaisir ma double servitude : L'une attache ma vie au maistre que je sers;

'.Il s'agit des beaux yeux de la reine, devant qui on dansait ce ballet. Le mariage de lx)uis XIV n'avait encore que quelques mois de date, et Benserade ne devait pas célél)rer lon^itemps l'amour conjugal du roi.

' n On dit qu'un homme sera mauvais marciiand d'une chose, quand il fait quelque affaire où II y aura à perdre, quand il fait quelque action dont il aura sujet de se repentir. » ( Dicthnn, de Furetière. )

3 C'est la première foisque le prince de Condé parait dans les ballets de la cour. Il avait fait sa soumission vers les premiers Jours de l*année précédente, et s'empressait de se montrer Iwn courtisan en s'assoclart aux plaisirs de I^uis XIV. Ce n'ebt pas sans intention que Bt-nsorade l'a mis dv la suite de Sa MaJ«>sté, et celte première allusion à la ré\oUi' dont il se repentait est complétée par les vers.

^ Il est inutile de dire ce que c'ét lit que le.duc de Beaufort. Il avait été l'un des lieutenants du prince de Condé dans la guerre civile, mais il avait fait sa soumission avant lui. On peut dater sa réconciliation définitive du Jour où il

DE L IMPATIKNCE ^ 523

I /autre attaeiie mon cœur au joug pesant et rude

IVune ingrate beauté dont j'adore les fers.

Je ne les romfray point, quoy qu'elle puisse faire;

Et c'est une prison qui m'est tellement chère,

Que je ne voudrois pas faire le mesme tour

Que, pour sortir d'une autre, on me vit faire un jour • .

Pour le COMTE d'armagnac, de la suite.

Jeune , bien fait et sans crime amoureux ,

Vous estes tellement heureux, Qu'il n'est point de fortune au-dessus de la vestre , Et, d'un commun accord^ nous reconnaissons tous Que la nature a fait des miracles pour vous, Soit en vostre personne, ou dans celle d'une autre.

l£ COMTE DE SAINT- AIGNAN, (te la Suite. .

Suivant d'unmaistre incomparable.

Fort droit après luy j'ay marché, Éternellemwt attaché A mon devoir inébranlable.

Ses loix ont réglé mes désirs^ Je l'ay suivy dans ses plaisirs ;

fut présenté par le cardinal aa roi, qui le reçut bien. (Loret, LeUre du 28 avril 1659.1 II rivalisait avec le prince de Condé d'fmpressemenl et de zèle auprès du roi. {Mémoir. de M->« deMotte\ille, Collecl. Ulchaud, 1. X, p 601.)

' Lors de son évasion, en 1664, du chàleau de Vincennes. où il était renfermé depuis 1648, BOUS la garde de Cliavigny. Il gagna un de ses gardiens, et descendit dans les fossés, àVaide d'une échelle de corde quMI avait reçue dans un pâté. Cinquante domestiques raltendaienl, et, grâce aux relais disposés d'avance sur la route, il put gagner rapidement son'cliàleau d'Anel. ( Voir les Mémoir, de M"* de Motlevllle, Colkct. Micliaud, t. X. 160. )

' L'ainé des lilsdu comte d'Harcouri, nommé grand écuyer de France «n remplacement de son pi're, en Janvier IO58 (lx>ret, 1. IX, Lettre du 26 Janvier), marié en octobre I660à MUe de Villeroy (Id. I. XI, Lelt. du 9octol). I66O), frère du fameux clievalier de Lorraine II mourut en J7I8, à Tâge de près de soixante dixsept ans Saint-Simon sVst étendu longuement sur ce favori de Louis XIV t « Une trés-noble et très-lielle figure, toute la galanterie, la danse, les exercices, les modes de son temps ; une assiduilé infatigable; la plus basse, la plus puante, la plus continuelle flatterie, toutes les manières et la plus splendide magnifioence du plus grand seigneur, avec un air de grandeur naturel qu'il ne déposoit Jamais avec personne, le Roi seul excepté, devant lequel il savoit ramper comme par accAl)lemenl de ses rayons, furent les grades qui charmèrent ce monarque, m etc. ( Mémoires, Hachette, in- 12, X, 44.}

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