‹ Les contemporains de Molière:Chapitre 323 sur 325 · DE CEUX QUI SONT DU BALLET DU TRIOMPHE DE L*À110UR · texte numérisé non relu

DE CEUX QUI SONT DU BALLET DU TRIOMPHE DE L*À110UR

Pour MADEMOISELLE ', une des gbaces.

Dans la noble fierté qui doit régner sans cesse

Au cœur d'une princesse , L'on m'élève; et déjà le sang de mes aïeux

Respire dans mes yeux.

Au-dessus ^ à costé de ce qui m'environne ,

Tout est sceptre et couronne , Et nul, à la réserve ou des Dieux ou des Rois,

N*est digne de mon choix .

Les Grâces avec moy commencent de paroistre,

Avecque moy vont croistre , Et, si j'ose aux flatteurs ajouter quelque foy.

Embellir avec moy.

Pour mademoiselle de commebcy ', une des cbaces.

Vous estes charmante et blonde , Vous possédez mille appas :

D'autres qui , comme vous , ont un rang dans le monde , Parmy les Grâces n'en ont pas.

Pour mademoiselle de piENiNE ', Une des gbaces.

Non, les autres beaulez ne sont poiut comme vous. N'ont point je ne sais quoy de doux

' Anne-Marie d^Orléans, lille de Monsieur et de Henriette d*Angle(f rre , qui épousa en IG84 le duc de Savoie» depuis roi du Sardaigne sous le nom de Victor Amédée II.

2 Thérèse de Lorraine, sœur du prince de Commercy, née le 5 avril 1661, mariée, le 7 octobre lG9l,à Louis de Melun, prince d*£iiinoi. (Morerl, Supptément, t. X, p. 30.)

3 Olympe de Brouilly, iiile ninée d*Antoinc de Brouilly, marquis de Piennes (1662- 1723}. Il en est souvent question dans le Journal de Dangeau. Elle épousa, le 27 décembre iGOu, M. de Tillcquier, iils du duc d'Aumunl, et mourut en 1723, sept mois après son mari, quatre mois après sa l>elle-iilley huit Jours avant son Iils. Elle était grande et parfaitement bien faite, nous apprend Saint-Simoa. (XIII, p CI, in-12.)

Qui trouble un cœur et rembarrasse; En TOUS examinant, voilà ce qu'où soutient : C'est aux Grâces qu'il appartient D'avoir bon air et bonne grâce.

Pour MàDAME L4 PRINCESSE MABiASi^E ', Dryade,

Sous récorce où je me vois.

Je me console et me crois Dans le Tond de rAllemague , Où mon orgueil m'accompagne .

Où j'étale mes froideurs , De titres et de grandeurs Fièrement enveloppée , De mon seul rang occupée , Et ne m'attachant qu'à luy, Non sons un pompeux ennuy.

Pour des filles* de madame la dauphine, Dryades.

C'est nostre sort d'estre peu fréquentées, Et l'on nous laisse où l'on nous a plantées. On n'ose qu'en passant nous dire un pauvre mot ; Attendons-nous quelqu'un, il nous arrive un sot. Dapbné fut plus heureuse : elle eut un cœur de marbre,

Ou du moins elle s'offensa Qu'un amant la suivist ; un amant l'embrassa ,

Toutefois dès qu'elle fut arbre :

Elle inclina sa teste, et lui fit quelqu'accueil. Nous l'avons dans la fable assez souvent pu lire, Ou du moins Taurons-nous peut-cstre entendu dire

A madame de IMonchcvrcuil ^.

' Il y avait alors plusieurs princesses nUemandes du nom tic Marianne : Marie- Anne de Bavière Neubourg , née en 1G07; Marie-Anne-Wiiiielmine, flile de Gutllaume, margrave de Bade, née le 8 octobre iGr>5, mariée en 1680 au prince de Lobkowitz, etc. Mais il s'agit probablement de Marie- Anne -Ignace, princesse de Wurtemberg, fille du duc Ulrich, née le 0 Janvier lGj3, la même dont il est question dans la Correspondance de la princesse palatine (Ëdit. G. Brunet, t. I, p. 373). Sa mère, Isabelle d*Aremberg, devenue veuve en 1071, s*étail alon déli* nitivcment installée à Paris. La princesse Marianne, dont Benserade traite assez rudement i^orgueil et les froideurs, mourut en I60J, chez les Ursulines de Lyon.

' Filles dMionneur.

3 Marguerite Boucher d*Orsay, qui avait épousé le marquis de Montcbevreoil en IG&3. Otait la gouvernante des filles d'honneur de la Dauphine, ctURegou* vernaote austère, rigide et fort redoutée. On sait Tempire qu^clle acquit sur

f, 0 LE BALLET

Pour les FILLES DE MADAME, Dnjades,

Quel dommage! quelle pitié!

De nous voir sécher sur pié !

Nos branches sont bien couvertes ,

Ont de belles Veuilles vertes ,

Où le vent forme un doux bruit ,

Ont des fleurs, et point de fruit.

Qui n'en seroit indignée,

Et ne voudroît, en ce cas , Que le buscheron vinst avecque sa coignée, Si Ton pouvoit tomber sans faire du fracas?

Pour MADEMOISELLE DE CHASTE iUTlERS ^ y Naïade,

Au sortir de la mer, Vénus eust-elie osé Prétendre d^égaler un teint si reposé,

Tel que jeunesse et santé vous le donne?

A voir enfin comme vostre personne Respire un air poly, net, frais, délicieux, Ou vous sortez des eaux, ou vous venez des cîenx.

Poxir MADEMOISELLE DE POTTiERS », Naïade.

Qui pourroit entrevoir vos membres délicats Dans une eau claire et nette, et surtout peu profonde. De sa bonne fortune et d'eux feroit grand cas : Ccst un morceau friand , s'il en est dans le monde.

Bf^^de Malnlenon. Saint-Simon a tracé en quelquw lignes un portrait complet de rclln '< grande créalurc» maigre, jaune », dévote .i outrance, sanreiîlantc do toiiU's les femmes <le la cour, devant qui tout tremblait Jusqu'aux ministres, jusqu'aux lilles du roi. (II, p. 23, in-I2.)

' D'une famille d'Anjou, du nom de Fondras. Elle devint dame d'atours de Madame en mai 1080, après avoir élé l'une de ses filles d'honneur. C'est d'elle que Saint-Simoo parle en 1707, sous le nom de M*"* de Cliàteaulhiers, eo racontant le désintéressement avec lequel, malgré son âge et sa pauvreté, elle refusa d'épouser le grand ccuyer, duc d'Armagnac. Il trace h cette occasion un magoilique élo|;p de sa beauté, de ses grâces, de son esprit, de sa prol)ité, de sa noblesse decuVactère el de sa vertu yi. IV, 70 7 ; in- 12). On voit aussi dans le Journal de DaLgeau, à la date du 11 novembre 1088, la considération particulière que le Roi avait pour elle.

^ Fille du second lit de Ferdinand François de Poitiers. Elle n'avait pas la réputation d'être lrèsf;n*oucbp, et cVsl ce qui peut aiiler à expliquer la liberté singulière du quatrain que Benserade se permet su; son compte. Daogeau a enregistré la fâcheuse aventure qui lui arriva en février lOSG, et qui lui fit perdre sa place de lUIe d'honneur de Madan^e ; elle entra au couvent.

DU TRIOMPIIii: DE L'AMOUR. 051

PoKr MADEMOISELLE DE RAMBURES \ Naïade,

Naïade, je n'ai point Thonneur de vous connoistrc ; 11 faudroit, pour vous dire en effet d'où peutnaistre

En vous certaine langueur,

Vous avoir pas à pas suivie ^

Avoir été dans vostre cœur.

Où je ne seray de ma vie.

Pour les PLATsiBS, représentés par messieurs les comtes de

BRIONNE, tonnerre, LA TROCHB, MIMURBB €t DE FIESQUE.

Que de plaisirs différcns

Vont paroistre sur les rangs !

Celuy-là danse à merveille,

Ce que fautrc ne fait pas ,

Quoyqu'il forme de beaux pas,

Et ne manque point d'orcillc.

L'un est bien fait, grand et droit;

L'autre a la taille si fine

Que, s'il étoit mal-adroit,

Il paycroit de bonne mine.

Ccluy-cy, descendu de ce fameux Génois, Qui voulut opprimer la liberté publique , Fait bien ; mais lorsqu'il s'applique Au soin d'exercer sa voix, C'est là surtout qu'il charme, qu'il enchante. Kl les rochers le suivent quand il chante >.

/^oe/>* MONSEIGNEUR LE DAUPHIN ^, (lafisaut pannf/ les vh\is\i{S.

La foule des Plaisirs me suit et m'environne;

.le me mesle avec eux, et j'y prends quelque part;

■ Marie Armandedo Rambures, fille d'honneur de la Dauphinc, épousa le inar quis d<* Poli«;Dac en IGHO. On \ oit dans \c Journal de Dangeau qu'elle êlail fort en favt'ur à la oour; elle avait de nombreox amis, parmi leM|ueis le Dauphin, qui nar.iit eu inèwe une $^lanierie avec elle, suivant la princesse Palatine (I^lt. du 12 oclobre 4700). Les vers de Bensrrade seraicnt-ils une alluvion?

' Il b'iij^it ici du comte de Fit'squL*. qui descendait, non pas directement du fameux C(»m|)irateur génois, .mais de son plus j<*une frère. Saint-Simon, en annonçant >a mort (170H , s'étend sur son esprit, son talent pour 1rs vers et sal>elle voix. On trouve une chanson dont il a fait les paroles et la musique dans le RecueH itt'X pfits biaiix rrrs qui ont été mis en chanta inci, I. I, p. I7ô. Il avait alors environ trente-quatre ans. Olui <|ui danse à merve lie, cVst le comte de Rrionne;" le suivant ejit le comte de Tonnerre, etc.

■"> i^ (irand Dauphin est trop connu pour qu'il soit nécessaire d'en parler ici

Pour Ventrée des amoubs.

Tous ces jeunes Amours iendent A pousser leurs grands projets, El tous ces jeunes objets De pied ferme les atteodcnt.

Pour M. l'amibal • , ^imour.

Ce tendre Amour, de l'Amour mes me issu.

Et de ses mains par les Grâces reçu,

Prépare aux cœurs une innocente guerre;

Et, plus fier encor qull n'est beau ,

Non content de briller sur terre ,

Jusqu'au centre des mers va porter son flambeau.

Pour M. LE MARQUIS d'alixcourt ' , Jmour.

Cet Amour éveillé s*y prend tout de son mieux ,

Et des plus galans, en tous lifux ,

Imitant les manières fmes , Couvre de grands projets sous de certaines mines. Déjà de quelques cœurs il exige un tribut ;

Déjà , pour y faire des brèches , Il aiguise ses traits, il prépare des flèches,

Et déjà mesmc il a son but.

Pour M. LE COMTE DE VEHUE, JinOW,

Si ce n'est l'Amour luy-mesme , A sa mine on le croiroit; Ea ressemblance est extrême.

Et Vénus s'y mépreudroit ^.

' Louis (le Bourl>oQ , comte de Vermandoi^. amiral de France , fils da rui et du 31"« di! la Vallière. Ké eo 1C07» .V. /'//mira/ n'avait pas encore qaaiorzc ans. H mourut en 1683.

^ Louls-NicolAs de Neufville (1663-1734), tiis du duc de Villeroy, roomentancmenl disgracié en 1685, avec MW. de Liancouit «'t de la Roche-Caiyon, pour avoir écrit des lettres impies et irrévérencieuses, surprises par Louis XIV.

3 Cette ressemblance avec l'Amour ne rvmpécha pas (félte trahi par sa femme (iUlti du duc de Luynes), (|ui, après une Ion;;ne résistance, devint publiquement la maîtresse du duc de Savoie. Le comte de Verrue se retira alors en France : il acheta du maréchal de Villars sa charge de commissaire général de la cfïvalerie, et ftit tn«^ h la bataille d'Uochsledt. (SaintSimon, Additions m Journal de Dangenu, III, 258; MéiHoir., Il, 448, et III, 100.)

Pour M. LE COMTE DE GUICHE ' , /imour.

Vous brillerez bientost comme un soleil levant ,

Kt dans le monde, en arrivant, Aux plus fières bi'autcz causerez mille alarmes ; Mais quand vous vous croirez digne de tout charmer, N*allez pas , s*il vous plaist, voiis-mesmc vous aimer, Et ne vous blessez pas avec vos proj)res armes.

Pour Bi. LE MARQUIS d'habaucoubt DE longueval % Amour.

Vous qui représentez l'Amour,

Kt qui pourrez aimer un jour.

Craignant qu'une maistresse a la (in ne vous quitte , Tenez-la de bien près, sans la quitter d'un pas ,

Et ne vous en reposez pas

Tout-à-fait sur vostre mérite.

Pour les LIEUX marins, représentés par M. le prince de la roche- SUR-YON, M. le comte de bbionne, messieurs de mouy et de mimurre.

Les froides Nym|)hes des eaux •

Trouvent ces dieux marins beaux -^

Ou , pour mieux dire , estimables.

De quoy ne viendroient-ils 5 bout.^ En barbe bleue ils sont aimables, Et le sont cncor plus n'en ayant point du tout

Pour madame la princesse de conty ^ , yéréhle.

Elle est cbamiantc, elle est divine, Et brille de' vives couleurs,

> Antoine do Granoont, V« du nom, lils du duc de Cramont, qui épousa MilL'dc Noailles en IG87. ISé en Janvier l072 , il n'avait alors que neuf ans. Il mourut v\>

' GenUlbomme lorrain, dont il est quelquefois question dons le Journal de Dangeau.

3 Cétait Mlle de Blois, fille de Loui< XI V et de la Vallière : elle était diarmanlc avant d*avoir été délifçurée par la fietite vérole , et cette maladie même ne lui enleva pas entièrement sa beauté. Mme de Sévi}»né a raconté, dans sa lettre da 27 décembre 1670, le/o/i petit roman de son mariage avec leprincede Conti,el Tamour des deux Jeunes é|K>u\ , qui ne devait pas durer bien longtemps. « Personne an monde ne dan.soit ausi^i bien qu'elle ", dît la Princesse Palatine (t. Il, p. 3M). Et la Foiitain'.* en dit beaucoup plus encore dans sa petite pièce du Sontjt, qui l«l est dédiée.

Qu*on ne voit point briller ailleurs ; Pure et blanche comme l'hermine, Elle efface toutes les fleurs , Jusqu*aux lys de son origine.

Pour MADEMOISELLE DE LàVAL ' , Néréide.

Ces dieux marins ont des charmes , Qui sont de puissantes armes ,

Mais je les compte pour rien :

Que le plus hardy m*assaillc ,

Je me défendray si bien , Que je ne prétends pas qu'il m'en couste une écaille. Que si l'un d'eux avoit tant de pouvoir, Il ne viendroit jamais à le scavoir ; J'aimerois mieux échouer à la coste, Que d'avouer une pareille faute.

Pour MADAME LA DUCHESSE DE MOfiTEMART » , Néréide.

. De tous ces dieux marins l'audace téméraire S'efforceroit eu vain de tascher à me plaire :

Elle y réussiroit fort mal ; Et mon cœur ne s'émeut que quand d'une galère Je découvre de loin la poupe ou le fanal ^.

Pour MADEMOISELLE DE PIENNE ^, Néréide.

Examinons bien la bande De ces gens si dangereux ; Le seul que l'on appréhende N'est pas peut-cstre avec eux.

* Marie-Louise de Laval, fille d'honneur de la Dauphioe, morte le 12 mars 1735, qui épousa en 1G83, à VAçifi de vingt-six ans, le marquis de Biran, depsis duc de Roquelaure et maréchal de France. On prétend qu*elle plut au roi : Salnt-Sioioq , la Princesse Palatine et Mme de Caylus ont enregistré ce bfuit, et les cbaifooniers du temps, d'ailleurs fort sujets à contrôle, ne se sont p« bornés h son égard aux vagues allusions de Benserade.

' Marie-Anne, fille de J.-B. Colbert, marquis de Seignelay, avait épousé, le 14 février 1670, le duc de Mortemarl, fils du duc de Vivonne, et neveu de Mme de Montespan, qui mourut en 1688.

3 Son mari était général des galères , en survivance de son père.

^ Celait la fille ainée d* Antoine de Brouiliy, marquis de Piennes.

DU TRIOMPHE DE L'AMOUR. r,d7

Pour MADAME LA DAUPHINE , Nymphe de Diane.

Charmante Nymphe de Diane,

Qui confond tout regard profane ,

Il n*est question sous vos loi\

Ny de flèches, ny de carquois ,

Ny d'aller, avec vos compagnes ,

Par les monts et par les campagnes.

H en faut user sobrement,

Car il importe extrêmement , Au bien d'une mpire si vaste

Que vous ne soyez point trop chaste.

Quoy ! chez vous où tout est si pur,

N*avez-vous pas un moyen seur.

Un des plus beaux moyens du monde,

D'estre honneste et d'estre féconde ?

Avec bien moins on vient à bout

De se pouvoir passer de tout.

Demeurez donc, comme vous estes ,

Le modèle des plus parfaites;

Fuyez le joug des passions ,

Et gardez , en vos actions ,

Cette conduite merveilleuse;

Soyez exacte , scrupuleuse

Sur tout ce que Fhonneur défend ;

Mais donnez-nous un bel enfant.

Pour MADAME LA DUCHESSE DE SULLY' , Nymphe de Diane. Nymphe toujours charmante et d'une humeur tranquille ,

Soit qu'il vous faille quelquefois

Quitter la ville pour les bois^

Ou quitter les bois pour la ville , J'ay pourtant de la peine à me persuader. Vous qui parez les bals et les plus grandes festes. Que vous soyez bien propre à vous accommoder

D'un long commerce avec les bestes.

Po;/r MADAME LA PRINCESSE DE guimenér>, Nymphe de Diane. La chaste Diane en ses bois

1 Marie-Antoinette ServieD^Tiiie du conseiller d'Êlat, mariée le !•' octobre I66S à Maxime-Pierre- François de Béllmne , troisième duc de Sully, morte le se Janv. 1702, à V^ge de cinquante-sept ans.

'Charlolte-Ëlisalieth de Cochefilel, seconde femme de Charles III de Robao,

CO.NTFJIP. DE MOUÈRB. — II. 42

6ô8 LE BALLET

Pious tient sous de sévères loix :

Elle n'admet rien de profane.

Qu'un mortel nous approche et nous ose toucher!

Hélas! que diroit Diane, Si Diane savoit que je viens d'accoucher?

Pour MADAME DB 6EÂNCE\'% Nymphe de Diane.

Vous avez tous les traits d'une beauté divine ,

De beaux yeux, le poil noir, un teint vif et charmant.

Une taille surtout si légère et si fine ,

Que Ton ne vous sçauroit attraper aisément.

Pour MADEMOISELLE DE GOWTAUT*, Nymphe de Diane.

Belle nymphe , avec le carquois , Vous avez une mine au-dessus du vulgaire ; Mais il me semble que les bois ; Tous seuls ne vous conviennent guère.

Pour MADEMOISELLE DE BiRON *, Nymphe de Diane,

Des hommes vous craignez Tabord ; V Cependant je vous ploîndrois fort , Si je vous trouvois teste à teste Dans un bois avec une beste.

Pour MESDEMOISELLES DE CLTSSon < el DB BAOUILLY^, Nymphes de Diane,

Évitez bien ces gens qui font les doucereux :

Beaux ou laids, tous sont dangereux ,

priiiee de Goémené, duc de Montbazon« qa*clle avait époasé le 2 décembre IG70 ; nôrte le 24 décembre 1716, a FAge de clnqaante-sept ans.

'Elisabeth, tille de Jacques Rouxel, comte de Grancey, maréchal de France, dite A/»* de Crancey, roorlesaos alliance le 26 novembre 1711, Agée de cingnaote^ hait ans.

' Marie-Madeleine-Afniès de Gontant, fille de François de Gonlant, manfuis de Dlron , mariée, le 5 Juillet 1668. au marquis de Kogaret , morte le 14 août 1724, dans sa soixante et onzième année.

saenrfflte-Marie de Biron, rceur de la précédente, morte sans alliaaoe. EUei étaient (ouïes deux filles d'honn< ur de la Dauphine.

* Fille d'honneur de Madame, d'une ancienne maison du PoUou, alliée aux premières de France : « Sa mère est sœur de Talné de Hiluslre maison de Sourdis a. [yfcrcHre galant de mars I6F0, p. 210.) Le Mercure, en annonçant son entrée en fondions, dans ce mi'me numéro, lui reconnaît « beaucoup d*esprU et de lK)nne mine ».

^ Deuxième tille d'Anloine de Brouilly, marquis de Piennes, et sorar cadette de

£t souvent on se perd, qaand on se les attire; Défiez-vous également De toat ce qui s'appelle amant , Soit le berger, soit le satyre.

Pour M. LE COMTE DE BBiONivB', représentant bâcchus con-

qvérant.

Ce Bacchus, équipé pour plus d'une conqueste, Au triomphe des cœurs et des Indes s'appreste ; Son vin est dangereux , pour peu qu'on en ait pris : Il en fera taster à quantité de dames , Et par ce vin nouveau , qui plaist à bien des femmes , Donnera dans la teste à beaucoup de maris.

Pour MONSEiGiTEUR LE DAUPHFN, représentant vn usmEN- de la suite de Bacchus.

Sur les pas du vainqueur qui triomphe partout » Et qui plus loin que l'Inde établit sa puissance , De quoy, jeune héros, ne viendrez-vous à bout, Et par vostre courage et par vostre naissance ?

^'on, rien ne vous égale; U n'en est point de tels A la suite du Dieu qui lance le tonnerre : Aussi ne sçauriez-vous , pour le bien des mortels , Trop longtemps demeurer le second sur la terre.

Marchez aprez l'honneur de tous les conquérans : On voit à sa clarté toute clarté s'éteindre ; Bien loin derrière luy surpassez les plus grands : Il s'agit de le suivre, et non pas de l'atteindre.

Pour MADAME LA PBINGESSE DE CONTY, représentant AHIADIfB.

Ce n'est point Ariadne aux solitaires bords , Qui gémît et se plaint d'un amant Infidèle :

odte Mlle df Pienncs que noa* avons déjà foe dani le ballet Elle époiua en I68S, ie SB mais, le chevalier de CbAUlloD, et defint, oomme la soecir, dame d'atoon de Madame.

> Henri de Lorraine, fils de I^uis de Lorraine, eomte, pab dnc d'Anaagnac, gnod ccoycr de France» né le s& nov. 1661, mort les avril 1712. On le voit danser encore en 1687» dans les ioterBcèdes du Bourgeoii gtiUilkommem Celait « le premier dan- •eur de son temps •, dit Salnt-Sirnoo.

Celle-cy ne connoist Tainour ni ses remords ; Elle est jeune , elle est pure , elle est vive , elle est belle , Et le monde et la Cour ne sont faits que pour elle. Bacchus est le premier de ceux qu^elle a vaincus; Bacchus est trop heureux de Tavoir épousée; Leur cliaisne par le temps ne sçauroit estre usée *, Et Ton dira toujours Ariadue et Bacchus ; Mais Ton ne dira point Ariadne et Thésée.

GRECQUES de la suite d^ Ariadne.

Pour MADEMOISELLE DE LiSLEBONif B *, Grecque.

Belle Grecque, suivez la charmante princesse Où tant de vertu brille avec tant de jeunesse; Vostre chère maman n'y consent-elle pas , Elle qui prend le soin d'éclairer^ tous vos pas? Vous avez fait sous elle un digne apprentissage De tout ce qui peut rendre une princesse sage: Jamais les passions n'ont osé Taffiaiblir; Mais, à son gré, la pente est bien douce à faillir.

Pour MADAME LA DUCHESSE DE SULLY, GreCÇUC.

Texcuse les soupirs et les discrettes flammes , Et femme , je ressemble à la plupart des femmes , A qui Ton fait plaisir d'encenser leurs appas. Sur ce qui peut toucher la véritable gloire ,

J'y suis Grecque , et ne pense pas

Qu'on m'en fasse aisément accroire.

Pour MADAME LA DUCHESSE DE MORTEMABT, GreCqUC.

Deux époux qui s'aiment fort Sont séparés dès l'abord.

'Ce proDosUc devait être bien vite démenti.

'Celait la sœur ainéede Mlle de Commercy, que nous avons vaeplus haut. Saint-Simon a parié fort au long, et à pinsieurs reprises, des deux 8<£urs, spécialement de Mlle de Lislelranne, dont li nous fait connaître i*esprit, le grand air, les vues ambitieuses, dissimulées sous un extérieur indolent et une grande politesse, la haute posiUon à la cour, spécialement cliez Monseigneur, où elle était reine. Ce n'est pas sans intention que Benserade i*a mise dans la suite d'Ariane (la princesse de ConU, à qui elle faisait assidûment sa cour, et qui Taimait et la comblait de présents) . Outre Saint-Simon, on peut consulter le Journal de Daogeau, passim. Elle mourut abbesie de Reralremont

3 De surveilltr, de suivre. D'après Saint-Simon, en effet, Mme de Uslebonne, qui ft avoit Tesprit habile,... tenoit le timon », et dirigeait soigneusement les visées de ses lilles.

Luy s*en va faisant sa plainte :

Elle, beaucoup plus contrainte, Sous les loix d'un dur devoir, Pour le suivre et pour le voir.

Dans Tennuy qui la consomme, Auroit été jusqu'à Rome.

Mais c'est bien pis aujourd'huy Qu'elle est rejointe avec luy ; > Cette jeune et fine Grecque Iroit jusques à la Mecque.

Pour MADAME DK SBIGNELAY » , GreCQUe,

Grecque ou non , suffit qu'en effet

Vous avez un esprit bien fait ,

Que vous estes bonne et sincère,

Chose au monde fort nécessaire , Et que peu seurement sur l'apparence on croit ; Car pour belle , cela se voit, Et saute aux yeux , sans qu'on le die. Toujours de tout pays les vertus ont été ;

Mais sans vous j'aurois douté

Qu'il en vinst tant du costé

De la Basse-Normandie'.

Pour MADEMOISELLE DE LAVAL, GrCCque.

Je suis fière à peu près comme si dans ma main

J 'a vois l'empire grec et l'empire romain ;

Aussi par-dessus tout qui se fait mieux connoistre?

A qui ne puis-je pas disputer le terrein?

J'ay l'air grand, le cœur noble, et tout cela pour estre

A la suite d'une autre, et pour grossir son train.

Pour MADEMOISELLE DE PIENNE , GrecqUB,

Au plus bel endroit de la Grèce , Où, d'une fort soigneuse adresse,

' CatheriDe-Thérèse de Matignon, marquise de Lonré, seconde femme dtt mar« qais de Seignelay, secrétaire d'Élat, qa*elle avait épousé le G sept. 1070. On toK dans le Journal de Dangeau qu'elle était de tous les dIverUssemcnts du roi, et qu'elle dansa dans tous les ballets qui suivirent.

'Les Matignon étaient une famille illustre de Basse-Normandie.

Tant de belles, pour le besoia D*un seul étroitemeDt gardées.

Attendent d'estre regardées , Vous pourriez tenir votre coin.

i Pour MONSBiGNEUR LE DAUPHIN , représentoni un Zéphyr.

Vous vous jouez parmy les fleurs.

Qui de mille et mille couleurs

Pour vous plaire se sont parées.

Mais quoyque vous soyez si tranquille et si doux ,

Les Aquilons et les Borées

N^oseroient soufller devant vous.

Jupiter voit avec plaisir

£n vous , qui n'estes que Zéphyr^ L'impatiente ardeur de vaincre et de combattre;

Et ce que sa foudre- a laissé ,

Ou qu'elle a dédaigné d'abattre ,

Par vous sera bouleversé.

Pour M. LE PRINCE DE LA ROCHE- SUR-YON', Zéphyr.

Zéphyr tant qu'il vous plaira , Et soupire qui voudra Bien longtemps après sa proye ; Mais je doute qu'on me voye , Comme ces autres Zéphyrs, Passer ma vie en soupirs.

Pour M. l'amiral , Zéphyr,

Ce tendre Zéphyr ne respire

Que d'estre sur le moite empire :

En attendant qu'il se soit renforcé , II ne fait que friser la surface des ondes ; Mais il sera connu des mers les plus profondes , Et d'un terrible joug ISeptune est menaci».

I Françols-Loats de Bourbon* d'abord priDce de la Rocbe-sur-Yoo, puis prince de CooU après la mort de son frère aine, I^uis Armand de Bourbon, eu I6S6; le même qui fut élu roi de Pologne en 1697. Saint-Simon a tracé de oe prince brUlanl et chevaleresque un portrait qui conli rare les vende Benserade :« Galant avec toutes les femmes, amoureux de plusieurs, birn <raitc de beauooap, » etc.

Pour M. LB MiJLQUis D'ALLNCOUfiT, Zéphyr.

Tout est perdu , si vous sça?ez Le mérite que vous avez :

Laissez au reste du monde

Cette science profonde^ Soyez , TOUS dis-je^ moins savant , De peur que le Zéphyr ne prenne trop de vent.

Pour M. LE MARQUIS DE BIGHELIEU ', Zéphyr,

Toujours ce Zéphyr, Phis gay que fidèle , Des fleurs à choisir Prend la plus nouvelle , Et de belle en belle Vole son désir.

Pour MM. DE Mouve/D'HAMILTON *, Zéphyrs,

D'abord ne soufflez pas près des jeunes merveilles , Qui veulent que Ton soit tendre et respectueux ; Pour peu que vos soupirs soient vains et fastueux, lis ne parviendront plus au cœur par les oreilles.

Pour MONSEIGNEUR LE DAUPHIN , Zéphyr, et pour madame la DAUPHINE, Flore, gui dansent ensemble.

Soyez tous de4ix amoureux et constans ; Soyez tous deux les maistres du printemps. Jeune Zéphyr» qui soupirez pour Flore , Faites-nous part de quelque rejeton ; Hastez ce tendre et ce premier bouton, Que de vous deux TAmour doit faire éclore.

Ménagez des moments si doux .

Que les Jeux, les Ris et les Grâces

* Louis- Armand Vi{;nerol du Plessis, marquis de Richelieu, ne le 9 octobre 1651, mort le 22 octobre 1730. 11 avait épousé la lille du duc de Mazarin et d'Hortcnse Mancini.

' C'est ADloioe Uamilton , Tauteur des Mémoires dn clievalier de CruwÊont, irop connu pour qu'il soit nécessaire dVn dire davantage.

66i LE BALLET

Ne se séparent poiat de vous,

Et marchent toujours sur tos traces.

Soyez tous deux amoureux et constnns ; Soyez tous deux les maistres du printemps.

Pour vos plaisirs, déjà tout se prépare , Et dans nos bois , qui redeviennent verds , Tous les oiseaux prennent des tons divers ; Uair se parfume et la terre se pare :

Ainsi que vos pas, que vos cœurs

Soyent dans une juste cadence,

Et que par vous, après les fleurs ,

Viennent les fruits en abondance.

Soyez tous deux amoureux et constans ; Soyez tous deux les maistres du printemps.

Et dans vos yeux et sur vostre visage ISous apparoist ce qui nous flatte tant , Et du beau don que Funivers attend Nous voyons luire un bienlieureux présage.

C'est pour avancer de tels fruits

Que TAmour et les destinées

Composent de si belles nuits,

Et font de si belles journées.

Soyez tous deux amoureux et constans ; Soyez tous deux les maistres du printemps.

Suite de Flore , madame la duchesse de sully.

A la déesse Flore il faut offrir nos cœurs : Acquittons des devoirs pressans comme les nostres; Mettons-Iuy sur le front des couronnes de fleurs : Elle n'en veut point d'autres.

Pour MADAME LA DUCHESSE DE LA FEBTÉ '.

Il n*est point de beauté qui soit si naturelle: Vous la voyez briller des plus vives couleurs ; Et lorsque le printemps aura perdu ses fleurs , On les peut retrouver chez elle.

> Marle-l8al)el]e*GabrielIe-Angélique de la Mothe Houdaocoari, qui avait épouse en 11575 le duc de la Ferté.

Mais seroit-elic ainsi sous les armes pour rien ? Il faut qu'elle ait au cœur quelque petite chose : Si l'Amour le vouloit, il nous le diroit bien ; Mais le pauvre enfant n^ose '.

Pour MADAME LA PRINCESSE DB GUIMENEE.

Vostre bonne fortune a passé votre attente ,

D'avoir pu résister aux terribles douleurs

Qui des fruits de Thymen corrompent les douceurs ;

Mais vostre beauté s'augmente :

Voilà ce qui s'appelle un serpent sous des fleurs , Et l'on n'est pas toujours également contente.

Pour MADAME LA MARQUISE DE SEIGNELAY.

Avec une moitié dignement assortie ,

Je gouste un bonheur pur, que je fais en partie :

Ce ne sont que fleurs sous nos pas ;

Tout nous plaist, rien ne nous chagrine ; Ou si, parmy ces fleurs, se trouve quelqu'épine, Elle pique si peu que Ton ne s*en plaint pas.

Pour MESDEMOISELLES DE LOUBE * ET DE CLTSSON.

Belles, qui possédez de si tendres appas,

Qu'il semble qu'eux et vous ne fassiez que d'éclore ,

Il faut que vous soyez de la suite de Flore ,

A voir toutes les fleurs qui naissent sur vos pas.

Pour les sofiG^s ^ représentés par m. le marquis de Richelieu, M. d'humièrbS; m. de mirepoix, m. le comte d'autel et

M. DE frangines.

Aux belles, avec adresse , Inspirez de la tendresse,

> Ceci est probablement une allusioo A Tamoar que la duchesse de la Ferlé éprouvait pour le roi. Elle « se posoil comme éprise de lui, dit la Princesse Palatine ( Corrtsp.f I, 2»G ). Quand elle ne pouvoil le voir, elle avait son portrait dans son carrosse pour le regarder sans cesse. Le Roi dit qu'elle le rendait ridicule, et 11 lui envoya Tordre de rester dans ses terres. »

> Fille d'honneur de Madame. « C*est une fort belle brune, bien faite et spirituelle, et d'une des plus anciennes familles d* Anjou. » ( Mercure gaL^ sept. 1680, I'* pari., p. 209.) Oangeau rappelle toujours la petite Loube, Elle fit parler d'elle, et linit par entrer au couvent.

Kt faites-leur soitir ee que tous méritez.

Que dans fos yeux elles liseot :

Quelquefois les Songes diseot

De solides Térités.

Si vous n'allez au cœur par vostre passion , Ëchaufiez pour le moins ThnagiDatioB Des belles contre tous quelquefois en colère : Elles tous recevront sans s'en apperccToir ; Et , par tous les talents que vous arez pour plâtre , JSonges , songez à tous pounroir.

Pour MADEMOISELLE DE NAi^TES • , représentant la Jeunesse.

Que de naissantes fleurs ! ô que cette princesse

Représente bien la Jeunesse r Et qu'elle aura de grâce et de facilité

A représenter la Beauté !

Heureuse de pouvoir un jour estre fidèle

A tous les traits de son modèle!

* Fille de^Loais XIV et de Ma« de Moniespan, née le I«' Jaia 1673, et par cooséffuent âgée alors de flept ods et demi seoleiiient. « Dam ane faille oootrefUte , mais qai s'aperce voit peu, a dit Saint-Simon , sa figure étoit formée pour les plosteodrcs amours. » Mallieureuscneiii soo caradcre ne répondit pat à foa vinge, et elle n*eD fut que mieux « Udêlc h tous les traits de son modèle ». Ou sait qa>lle épousa le duc de Bourlion, petit-lils du grand Condé.

FIN

Page 1