SCÈNE IL
ORiFFALT. Grâce à Dieu, je le suis; mais, plein de foy, j'absorbe La cbicaDe aux procez.
CBFSPirî. UhoDoeste homme !
MARTINE. A sa robe*
On le voit. Ces lambeaux, signes de pauvreté , Sont d'illustres témoins de son intégrité.
GBIFFALT, à Martine, A Crispin.
Passons. Venons au fait : dites-moy vostre affaire.
CBispiN. Mou affaire est, Monsieur... une affaire... assez claire. Mais pourtant embrouillée en de certains endroits... Excusez les sanglots qui me coupent la voix. Hélas ! je suis un pauvre orphelin sans malice , Qui vient par vostre organe implorer la justice. Un jour a mis mon père et ma mère au cercueil , Pour eux d'un seul habit je porte un double deuil ; Ce n'est pas encor tout : je suis sous la tutelle D'un mien parent maudit, dont l'avarice est telle Que je n'en puis tirer un seul sou de mon bien<
CiRiFFAUT. Ces tuteurs la plupart du temps ne valent rien. Que dit-il pour frustrer ainsi vostre héritage ?
CRiSPiN. 11 dit que...
GBIFFAUT. Quoy?
CRispiN. Que...
ORiFFAUT. Hem?
CRispiN. Je ne suis pas en âge.
GRiFFAUT. N'y seriez-vous pas?
CRISPIN. Non, il s'en faut quelques mois ,
A ce qu'il dit.
MARTINE, bas. Le fat!
ORIFFAUT. Martine , à ce minois ,
Dirois-tu que Monsieur ne saroit pas en âge ? MARTINE. 11 porte quarante ans au moins sur son visage ;
Voyez sa barbe.
CRISPIN. Bon, la barbe ne fait rien «
A l'âge ; dans mon sang c'est un droit ancien :
La barbe en ma famille avant l'âge est venue;
Mon père étoit barbu, ma mère étoit barbue ;
Mes tantes, mes cousins, mes oncles, mes neveux,
L'étoient tous comme moy, moy je le suis comme eux. ORIFFAUT. Je ne puis revenir encor de ma surprise.
< Robe De rime pas avec absorbe : c*est une inadvertance de Paateur.
Qu'entends-je ! estre mineur ayant la barbe grise !
Vous?
CRispiN. Ouy, vous dis-jc, à peine ay-jc vingt et cinq ans;
Je suis si jeune encor, qu'il me manque des dents.
Voyez.
GBiFFAUT, à Martine, Pour ses discours je n'ay point de croyance. MAfiTiFîE. 11 vous fera beau voir, plaidant à Taudience,
Prendre la cause en main de ce jeune barbon. GBIFFAUT. On se rira de moy, Martine.
UABTiNE. Pourquoy.' Bon ,
S'il est fou, c'est sur luy que la risée éclate;
Allez, à cela près qu'il vous graisse la patte. GBIFFAUT, à Crispin. Fort bien. Que voulez-vous qu'on demande au CBispiN. Qu'il me donne de quoy m'entretenir, Monsieur, [tuteur? GBIFFAUT. Ah ! vous avcz raison.
CBISPIN. lia demande est honneste.
GBIFFAUT. Il vous faut présenter demain unerequeste
A ce qu'il soit permis de le faire assigner ;
Nous le ferons ensuite aisément condamner
A vous fournir pour vivre une somme honorable. CBISPIN. C'est fort bien dit.
GBIFFAUT. Martine, apportez-moy ma table.
CBISPIN . Est-ce pour la requeste ?
GBIFFAUT. Ouy, je vais la dresser.
CBISPIN. Faites de vostre mieux.
GBIFFAUT. Vous Ic pouvcz pcuscr ;
Mais mettez...
CBISPIN. Hem?
GBIFFAUT. Mettez...
CBISPIN, à Martine. Dis-moy, que veut-il dire,
Martine?
UABTiNE. Il dit qu^il faut luy donner de quoy frire.
CBISPIN. Oh! je n'avois pas mis cela dans mon marché. UABTINE. Il en faut bien sortir. Ne fais point l'empesché ;
Crois- moy, donne un écu.
CBISPIN. (// donne un écu, et le procureur l'ayant sonné, le serre.)
C'est un écu frélore • .
Fort bien. GBIFFAUT. Mettez...
CBISPIN. Martine, il en demande encore.
' Perdu.