‹ Les Contemporains de ShakespeareChapitre 121 sur 250 · ACTE iV, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE iV, SCENE VI

PiLIA.

Voilà parler comme un chevalier d'armes.

Rivo Castiliano^. Un homme est un homme. - Bellamira.

Et le Juif?

Ithamore.

Le Juif devrait bien m'envoyer mon argent.

Pilia.

Que feras-tu s'il s'y refuse?

Ithamore.

Je sais ce que je sais. C'est un assassin.

Bellamira.

Je ne l'aurais pas cru si brave.

Ithamore.

Vous avez connu Matbias et le fils du gouverneur? Il les a tués tous les' deux, sans les toucher. Pilia.

Une jolie besogne.

'■: Ithamore.

C'est moi qui portais la soupe qui a empoisonné les nonnes. Lui et moi, en un tour de main, étranglâmes un frère...

Bellamira.

Vous deux, sans autre aide?

Ithamore.

Nous deux. Personne ne le sait et ce n'est pas moi qui le raconterai.

Pilia, bas à Bellamira.

Le gouverneur sera prévenu.

Bellamira, bas à Pilia-Borsa.

Je n'y vois pas d'inconvénient, mais lorsque nous aurons touché plus d'argent. Mon cher Ithamore, viens dormir sur mon sein.

^ Aime-moi un peu, aime-moi longtemps ! et que la musique retentisse tandis que je reposerai sur ta poitrine! {Entre BARABAS déguisé en musicien français, avec un luth et un bouquet à son chapeau).

Bellamira.

Un musicien français I Montre-nous ton talent.

Barabas.

Le temps d'accorder mon luth.

i. Expression qu'on employait souvent durant les orgies et dont l'origine est douteuse.

Ithamore.

Veux-tu boire, Français? Voici pour toi, avec un

La peste soit de son hoquet d'ivrogne ! Barabas.

Grand merci, monsieur ' .

Bellamira.

Pilia-Borsa, dis au musicien de me donner le bouquet qu'il porte à son chapeau.

PlLIA.

Coquin, donnez votre bouquet à ma maîtresse.

Barabas.

A votre commandement, madame 2.

Bellamira.

0 mon Ithamore, comme ces fleurs embaument!

Ithamore.

Telle mon haleine, cher cœur I II n'y a pas de violettes qui puissent lutter avec elle!

PiLIA.

Pouah! Ça sent la rose-trémière.

Barabas, à part.

Me voilà vongë I Le parfum du bouquet donne la mort. Les fleurs sont empoisonnées!

Ithamore.

Joue, ou je fais des cordes à viole de tes boyaux!

Barabas.

Pardonnez-moi^. Je m'accorde. M'y voici.

Ithamore.

Donne-lui une couronne, et reverse-moi du vin.

PiLIA.

Prends ces deux couronnes et joue.

Barabas, à part.

Avec quelle libéralité les drôles disposent de mon argent !

{Il joue).

PiLIA.

Il me semble qu'il a de bons doigts.

Barabas, à part.

Comme eux quand ils me volent mon argent !

PiLIA.

Quel jeu rapide!

Barabas, à part.

Son jeu est plus rapide quand il jette mon or par la fenêtre !

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