SCENE II
Une autre rue dans la même ville.
Entre WITGOOD, qui rencontre L'HOTELIER.
WlTGOOD.
Hôtelier !
L'HOTELIER.
Maître Witgood !
WlTGOOD.
Je te cherche par toute la ville.
L'HOTELIER.
Et quelles nouvelles, monsieur le matamore Hadland?
As-tu des chevaux hongres dans ta maison ? Réponds vite.
L'Hôtelier.
Pourquoi cette question ?
WlTGOOD.
Pèse bien mes paroles. Je vais te conter une telle histoire que tu auras confiance en moi en dépit de tes dents, que tu me donneras de l'argent bon gré mal gré, et que tu céderas contra voluntatem et professionem.
L'HOTELIER.
Dites-moi le moyen que vous emploierez, et je vous considérerai comme plus malin qu'un conspirateur.
WlTGOOD.
Serais-tu content de me voir parvenir?
L'HOTELIER.
Autant me demander si j'aime le vin de Xérès et le gingembre.
WlTGOOD.
T'intéresses-tu à ma prospérité?
L'HOTELIER.
Comme un usurier aux confiscations, un officier à ses appointements, une prostituée à son entreteneur.
WlTGOOD.
Si je te parlais d'une veuve possédant quatre cents livres de revenu, serais-tu content? Chanterais-tu? Danserais-tu, pour revenir à ta place?
Ordonne. Je deviens ton esprit; évoque-moi sous les traits qui te conviendront.
WlTGOOD.
Je l'ai enlevée à ses amis; fait faire un détour aux chevaux, en dépit de ses six domestiques, de rudes gars. Par ce jour qui m'éclaire, dépouillé du caractère humain, indifférent à sa situation, faisant fi des vaines cérémonies, je ne pensais qu'à mon amour. II faut avoir la langue bien pendue pour gagner une veuve! L'Hôtelier.
Une langue avec une L majuscule!
WlTGOOD.
Maintenant, voici la situation, mon cher hôte. Si tu t'intéresses à mon bonheur, il faut m'assister.
L'HOTELIER.
Commande à tous les animaux de la maison.
WlTGOOD.
Ce n'est pas tout. Contiens ta joie et écoute-moi encore. Tu sais que j'ai dans la ville un oncle riche et que mes folies ont enrichi encore. La nouvelle de ma bonne fortune, habilement répandue, peut être un moyen de tirer quelque argent de ce coquin d'usurier; or j'ai entretenu ma veuve d'espérances représentées ni en terre ni en monnaie. Si elle s'en aperçoit c'en est fait de notre amour, le mariage est manqué et je suis à jamais ruiné.
L'HOTELIER.
Veux-tu me confier la direction de l'affaire?
WlTGOOD.
A toi? Autant me demander si je veux voir réussir mon projet? Si je tiens à un revenu de quatre cents livres quand je connais la pauvreté? Si un homme désire épouser une veuve riche alors qu'il n'a pas d'abri pour reposer sa tête? Si je me confie à toi? Plutôt qu'à toute une couvée de conseillers.
L'HOTELIER.
Je vous remercie de votre confiance, et si je ne vous suis pas utile, qu'un hôtelier devienne, hic et hœc hostis,