‹ Les Contemporains de ShakespeareChapitre 248 sur 250 · HOA£D · texte numérisé non relu

HOA£D

Une fille à tout le monde !

WlTGOOD.

Vous la calomniez, monsieur. A sa place, je vous inteaterais un procès. J'affirme que ses manières et sa façon d« voir, ne sont pas celles de tout le monde. La Courtisane.

Méprisez-moi, montrez-moi du doigt, je n'en suis pas moins votre femme. Quelle honte puis-je supporter maintenant dont vous n'ayez votre part? Si vous partagez ma disgrâce, est-ce ma faute? C'est vous qui m'avez poursuivie, contrainte, -enlevée.

Onhsiphobos.

Frère !^..

La Courtisanb.

Me suis-je jamais vantée devant vous de ma terre, de mes immeubles, de mon argent? J'ai franchement avoué ne posséder rien. Si une erreur a été commise, la faute vous en revient. N'en accusez que votre folie! Et puis suis-je si déforme'e que je ne puisse plaire à un vieillard de voire espèce ? La femme qui n'a pas tâté du péché à

3o4 LE MOYEN D'ATTRAPER Cx\ VIEILLARD

vingt ou vingt et un ans, en tâtera après. Beaucoup d'hommes de votre âge, satisfaits d'épouser des jeunes vierges, en subissent les conséquences. En épousant une femme comme moi, vous nous évitez à tous deux un péché, et vous ne courez pas le risque d'être cocu. En un mot, revenez à de meilleurs sentiments; la femme qui connaît le péché est plus qu'une autre portée à le hair.

IIOARI).

Malédiction sur la méchanceté ! Les fruits noirs de la haine empoisonnent ceux qui les cultivent! 0 mes amis! l'unique moyen d'atténuer ma honte est de la subir! Ah! Witgood ! Ah ! Théodorus !

WlTGOOD.

En conscience, je me faisais un devoir de la remettre entre bonnes mains. Où pouvait-elle, mieux être qu'entre les vôtres, que je sais pitoyables? Je jure avoir été le seul à la posséder. Je l'ai quittée dans le but d'épouser votre nièce.

La Courtisane, $' agenouillant.

Messieurs, devant vous tous, je jure de m'amender. Je défie à jamais les regards pervers, les gestes compromettants, les appels du pied, les signes du doigt, les tremblements des lèvres, les allures folâtres, les promenades séduisantes, les amis secrets, les rendez-vous clandestins, les billets galants et les entremetteuses. Je jure de ne point négliger les travaux féminins qui m'appelleront aux environs, de ne plus me droguer, de ne plus soumettre mon sang à l'influence des planètes, de ne plus changer de lit ou partager avec des amis celui de l'époux, de ne jamais me réjouir à vos dépens, de ne pas dépenser vos économies, ou faire des enfants dont vous ne seriez que le père supposé! Autant de méfaits que j'abhorre. Lucre, à Witgood.

Voici une leçon méritée, libertin.

Witgood.

Je veux confesser aussi mes folies. {S' agenouillant). Je renonce à ces corrupteurs de la jeunesse, le jeu, les dés, qui font sortir de terre les mendiants, les filous, et l^s entremetteurs; aux excès de table, aux intempérances, aux mauvaises femmes, aux régimes des docteurs, aux régimes des apothicaires, aux lavements des chirurgiens, aux saignements de bras pour une femme publique *, aux échanges de rubans, aux discours libertins, aux

1. A cette époque les débauchés avaient l'iiabitude de se piquer au bras avec un poignard, de mélanger leur sang a du vin et de boire le tout à la santé de leur maîtresse.

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