ADOLPHE LA.MARCHE
ré auvergnat, sorte de providence égarée par là. Que d'heures passées en tete-à-tête avec ses livres, loin des bruits qui accaparent, des amusements qui sollicitent. C'est alors qu'il a puisée cette science si étendue dont il est devenu Tun des maîtres reconnus.
Une anecdote peindra le curé de pied en cap. Le docteur avait beau vouloir se donner exclusivement à son art, tout hn chantait à Toreille, en ce pays de puissante végétation, qu'il n'est pas bon que l'homme soit seul. Mais .... la Genèse qui donne le conseil, ne se couf)e pas du qitibus. Pour se mettre en ménage, il faut de quoi .... Et où le prendre ? Le docteur alla au curé. Cette démarche qui passerait pour audacieuse et quasi-sacrilège dans nos provinces où le clergé tire tant des fidèles, cette démarche, dans ce pays vierge de toute souillure simonienne, parut un fait tout simplet.
Et la transaction ne fut pas compliquée, comme on va le voir.
— Mon bon père, je voudrais me marier.
— Excellente idée, mon enfant, trois fois excellente.
— Mais je n'ai pas d'argent . . .
— Ah ! pas d'argent, bien, bien . .
— Il me faudrait deux cents piastres.
— Certes, il faut ça.
— Voulez-vous me les prêter ?
— Me les lendrez-vous ?
— Pas sûr.
Le bon curé regarda bien en lace son homme, puis alla chercher ses économies et fit le prêt sans garantie.
De son côté, le docteur vint prendre femme au pays natal, retourna dans sa Thébaide, remboursa .... et conserve toujours le plus tendre souvenir de ce bon prêtre comme il s^en trouvera, espérons-le, sans cesse douze pour que l'humanité n'oublie pas que ce fut le Christ, pauvre mais généreux, qui fonda la religion.
Nous avons oublié de dire que le docteur avait fabriqué de ses propres mains tous ses meubles.
A Montréal, il fallait mener de front les études et le gagne- pain. Aussi le docteur, tout en reprenant au Victoria ses chères études — qu'il réussit à éeourter
ADOLPHF LAM^RCHE
d'un an — s'occupa d'enseignement militaire et de l'Almanach des adresses.
Bientôt on l'appelait au poste de prosecteur d'anatomie à cette même école. Il le remplit durant trois années, gratuitemeVit, bien qu'il eut à supporter les frais de'cheval et voiture. Puis il fut professeur d'anatomie pendant 18 ans.
Ce long professorat, dans une branche si propre à émousser la sensibilité la plus vive, n'a enlevé au docteur rien de ce grand fond dé sympathie et d'affectioi|^ native que l'on remarquait chez lui dçs le coH^ge. Que d'âmes fortement trempées n'otit pu supporter seulement l'étude du corps humain. Lemercier, qui fut un
homme " et que rien ne faisait fléchir, ne put y tenir. A ce sujet on nous permettra d'extraire des Soixante ans de Souvenirs de Legouvé ces quelques lignes :
*' Au milieu de ces études anatomiques, Lemercier s'éprit d'une jeune femme d'un éclat de beauté remarquable. Un jour, assis près d'elle, il se sent tout à coup le jouet, la proie de la plus érange fascination. Sa science d'anatomiste le poursuivant près d'elle, son regard devient comme un scalpel. Malgré lui, l'œil fixé sur ce cher visage, il le dépouille de son teint, de sa fraîcheur ; malgré lui il cherche, il suit sous ces
chairs éclatantes le jeu des fibres, des muscles, des nerfs ; il les dissèque ! il fait de cette tête charmante une tête de squelette. Epouvanté, il veut chasser cette vision et s'enfuir ; mais, à peine revenu le lendemain en face de i.elle qu'il aimait, cet infernal travail de dissection recommence. Alors, saisi de rage, il jette là cette affreuse science qui tuait l'amour en lui, et consacre ses ressentiments dans le poème de la Panhypocrisiade, en les prêtant à Copernic :
J'ai trop souvent, au sein d'une victime humaine Cherché par où l'artère est unie à la veine, Et n'ai trouvé dans l'homme, au grand jour
[dépouillé,
Qu'un labyrinthe obscur où je me suis souillé, J'ai reculé, j'ai fui ce néant de moi-même, Kt me réfugiant dans ta raison suprême. J'ai repoussé cet art qui m'offrait trop souveht L'aspect de l'homme éteint dans l'homme
[encore vivant. "
Après la fusion de Laval avec Victoria, le docteur est devenu professeur d'obstétrique. Dans cette branche il est sans rival. Les deux Maîtres reconnus en France, Ternier, puis Budin, ont sans cesje correspondu avec lui. Il dirige le plus ancien journal de la profession : T Union Médicale qui fait rechange de 175 autres journaux du même genre dans tout T univers. Sa bibliothèque et sa collection d'instruments sont d'une richesse considérable.
ADOLPHE LAMAKCHK
Il jouit, comme bien Ton pense, d'une clientèle digne de lui, et, [)Ourtant, il est également le médecin des pauvres. Une réminiscence en p îssant. Il y a quelque temps il soignait un patient qui, devenu incapable de le p^yer et se sentant trop timide cessa de le consulter, i.e docteur s'étonnant de ne plus le voir, alla chez lui.
— Que faites-vous, lui dit-il, vous n'êtes pas encore guéi i, et vous . . . m'al)andonnez ?
— C'est que, docteur, je suis trop pauvre pour vous payer . . .
— Eh bien, j'aime mieux vous soigner pour la science que de ne pas vous soigner du tout ....
Il est le médecin du Refuge Français, dont le dernier rapport annuel contenait tout un éloquent paragraphe à son adresse.
Ses élèves en raffolent ; mais il n'aime pas les frelons. Pour eux, pas de miséricorde.
Il est souvent appelé comme expert devant les tribunaux pour éclaircir les X " les plus opaques et ses témoignages sont aussi remarquables par la science profonde
LES ('ONTEMPOEÀI^'S
et limpide que par une forme élégante et et d'un grande justesse.
, Très hospitalier, le docteur s'entoure souvent d'amis triés sur le volet. Sans se donner activement à la politique, il est âme et corps iranc li Itérai.
Depuis la peite douloureuse qu'il a éprouvée dans la personne de son lilsainé, ce martyr de la science dont nous avons parlé ici jnêaie, notie ami dii ige toutes ses ambitions, toute sa sollicitude sur l'avenir de son autre fils, enfant supérieurement doué, lui aus^i, qui sait porter en lui ce qui, à Féclosion, sera la ioie des vieux jours de son père.
Un derijier mot.
Le Dr Laniarclie voulant, en ple>n sanctuaire de la Science, laisser un souvenir tangible du passage trop court de son ainé, vient de donner à Lav^al deux cent cinquante volumes de médecine qu'il destinait au défunt.
Exegi monumentum ! peut-il dire.
Qnéry Frères Photo.
EMILE VANIER
The Sun Photo. Engraving Co
LES CONTEMPOHAINS.
EMILt VANIER
Nothing so harcl, hut search will find out.
Ingénieur! . r .
Un qualificatif bien largement employé dans nos parages Prêtez Toreille au hasard ou lisez la presse quotidienne : les ingénieurs pullulent Le mot semble une décharge libre ; il paraît qu'on l'a choisi pour exprimer tous les genres d'occupations, quand on ne trouve pas dans son vocabulaire le terme propre, Qu'importe l'étymologie qui enseigne que le mot a pour légitime ascendant : genius, c'est-àdire génie. Qu'importe le lexique avec sa définition consacrée : Ingénieur, c'est le savant qui conduit et qui dirige, à l'aide
LEï5 COATEMP< RAINS
des iiiathématiques af)pliquées, des travaux d'art, comme l'attaque et la défense des places, la constractiori des ponts, des chemins, des édifices publics, des machines, etc.
On oublie, on ignore tout cela. En France, être ingénieur en ponts et chaussées, c'est appartenir au premier titre à cette aristocratie du travail qui date du commencement de ce siècle. Carnot, qui a été Président, Freycinet, quia été [)remier ministre, sont partis de là. Or, au milieu d^j nous et sorti de nos rangs à nous, Canadiens-Français, il y a un homme qui est, dans toute l'amplitude littéraire et technique de l'appellation, un ingénieur ; un homme qui, à peine ari ivé à la quarantaine, peut nous montrer son nom inscrit sur cent travaux d'ordre public, et à qui personne, dans tous le Canada, ne peut coutester le droit de se dire à la tête du plus grand établissement de génie civil. Cet honneur n'a pas borné son activité, son savoir-faire et ses succès aux seules prérogatives de son art — car, ici, art est le mot ; — mais il a su élargir le champ, et il dirige en ce moment la construction
EMILE VANIER
d'an monament religieux dont il a dressé la physionomie architecturale et qui a révélé un autre aspect de son telent, à la fois si versatile et si ferme.
C'est ce compatriote que nous venons étudier à la veille de clore la première partie de notre Galerie. Nous ne pouvions, avant de déposer pour quelque temps notré plume, choisir un meilleur thème.
Cela nous repose de la vilaine politique.
Joseph-Emile Vanier est né le 20 janvier 1858, à Terrebonne, cette région si féconde en hommes marquants. Son père, Emilien Vanier, était marchand de grain à Montréal. Il fréquenta les classes de F Académie Commerciale Catholique et de FEcole Normale Jacques-Cartier, puis il entra à la Polytechnique où il se trouva dans son élément, tout comme Toiseau dans Fair et le poisson dans Fonde. Il sortit de cette institution avec tous les honneurs dont elle pouvait disposer, et, fait à noter, il en fut le premier gradué. C'est lui qui inaugura la liste.
Pour ses débuts dans la vie pratique, il fut assistant-ingénieur du service des canaux et des travaux de voierie d'Hoche-
laga qui, à cette époque, prenait son premier essor.
En 1878, M. Prudent Beaudry, frère de notre ancien maire, l'appela à Los Angeles, Californie, pour diriger les travaux de Faqueduc. C^était, dans Tordre des choses, une promotion insigne, un premier et brillant chevron. Ce voyage à Tétranger, et tant d'autres par la suite, enrichit le bagage scientifique du jeune ingénieur dont Fesprit pratique, observateur, sans cesse aux aguets, ne perdait rien des choses vues, des progrès aperçus.
Quand il nous revint en 18T9, il se sentit de taille à aborder de pied sûr toute la gamme des travaux du domaine de son bureau ; car il eut le sien à partir de ce temps.
Son rêve, au sortir de la Polytechnique, avait été de fonder à Montréal un véritable bureau d'ingénieur. Cela n'existait pas. Tout ici était dans l'enfance sur ce terrain. 11 y avait bien des à-peu-près, des embryons, des essais, mais rien qui fut autonome, franchement de la profession.
Et au risque de paraître enjamber dans notre récit, constatons de suite, qu'aujour-
EMILE VANIER
d^hui, le bureau de M. Vanier est le plus considérable, dans son genre, qui existe au Canada. Dix-sept employés permanants en composent le personnel, les uns des anciens élèves de la Polytechnique, comme lui, les autres des spécialistes sortis des meilleures institutions de France et de Belgique.
Un détail en passant : il a pour comptable le fils d'une de ses petites comapgnes d'école du bon temps de la première jeunesse.
En 1894, un biographe de M. Vanier calculait que notre distingué compatriote aviat dresssé les plans de travaux d'une valeur dépassant dix millions, et il ajoutait que jamais on n'avait pris en défaut ses deux qualités primordiales : la prudence et l'habileté. Or, depuis cette époque, il y a eu augmentation sur toute la ligne. On a peine à concevoir comment il a pu mener si bien tant de choses à la fois. Et la meilleure sanction que reçoive M. Vanier ne réside-t-elle pas dans le fait que ses clients de la première heure restent toujours ses clients? Or, qui sont ces clients ? Des municipalités importantes,
riches, indépendantes; des villes anglaises autant que des villes françaises; des cités de Québec, d'Ontario, du Nouveau-Brunswick. N'est-ce pas là un éclatant critérium ?
Essayons une nomenclature de ces travaux, non pas complète, mais à bâtons rompus, au courant de la mémoire. Nous en oublierons, et, tout de même, la liste sera riche.
Pour commencer : M. Vanier est Fingénieur en titre de douze à treize municipalités dont les noms viendront plus tard sous notre plume. Arpentages, plans, spécifications, estimations, expertises, surintendances, chemins de fer, électricité, canaux, systèmes d'égoût, tramway, voierie, ponts et chaussées, géodésie, contructions architecturales, aqueducs, tout a été largement de son domaine pratique. Il est sans conteste le maître en hydraulique, et, aussi, sous le rapport de la mécanique dans ses multiples spécialités.
C'est à lui qu'on doit les plans de l'édifice de la Citizens Light & Power Co à St- Henri, des châteaux-d'eau de Lachine, Aylmer, Beauharnois, St-Lambert et Bue-
EMILE VANIER
kingham et, par- dessus tout, de la superbe église en construction de St. Jean-Baptiste, style Renaissance Italienne, adapté au climat, et qui, terminée, en 1900, coûtera $200,000. Le red'taj)eism de la profession a été mis en jeu pour chicaner M. Vanier quand son plan a été primé.
N'avail-il pas commis le grand crime de ne pas se faire inscrire sur les cahiers de la confrérie? Ça n'a été qu'une tempête dans un verre; notre ami, qui est bien le plus conciliant des hommes, s'est mis en règle. De sorte, qu'aujourd'hui, au lieu de n'appartenir qu'à dix ou douze sociétés scientifiques et commerciales de ce pays et de France, il est de plus membre de la Société des Architectes de la province de Québec. Avant de continuer notre nomenclature, rappelons qu'il a été autrefois professeur à l'Ecole Polytechnique de Montréal.
C'est de lui que viennent les plans des ponts de St-Lin, de Ste-Clothilde de Horton, de Ste-Scholastique et Viau^ sur la rivière des Prairies. C'est encore à M. Vanier que M. Beemer confia le dressage des types de ponceaux pour la ligne du Paci-
tique Canadien qui devait côtoyer nos quais.
St-Henri, Ste-Cunégonde, St-Paul, St- Louis du Mile-End, le quartier Si-Denis, Maisonneuve, Yalleyfield, St-Lambert lui doivent leurs systèmes d'égoût. D'aQtres municipalités se sont aussi adressées à son bureau pour de semblables travaux — ce n^est qu'une question de temps : plans et devis sont prêts et approuvés.
L'asphaltage de St-Henri et de Ste-Cunégonde sont aussi au nombre des entreprises qu'il a préparées et contrôlées.
Dans cette catégorie nous omettons une foule de travaux tels que terrassements, trottoirs ; c'est le menu fretin.
M. Yanier a tracé la voie du Montréal & Occidental entre St Jérôme et Labelle, soit 70 milles ; dans le même ordre de travaux, il y a aussi ce qui se rapportait à une exploitation de chemin de fer au nord des Grandes Piles, près des Forges Kadnor.
Il va sans dire qu'un homme comme M.
Vanier, qui est si bien de son temps et dans le mouvement, a donné une large Ijart aux applications de l'électricité. Il a
EMILE VANIER
été le promoteur de la plupart des organisations qui, d'étape en étape, sont devenues, dans notre voisinage, de grandioses expbitations, telles, pour n'en citer que deux, la Lachine Power & Land Improvement Co. " et la " Citizens Light & Power Co. " De lui les instaltations d'éclairage électrique à Maisonneuve, à Valleyâeld, à St-Henri, à St-Paul. à Westmount, sur le havre.
Mais Fœuvre de sa vie sera le vaste système d'aqueduc et de transmission connu sous le nom de Montréal Water & Power Co. " Dès 1879 il commençait les premiers arpentages, et en 1891 les bases étaient jetées d'une puissante compagnie dont il est l'ingénieur en chef, le Deus ex machina. M, Vanier croit au Greater Montréal comme, là-bas, tant d'hommes d'élite et de progrès ont cru au Greater New'York. Il prépare l'avenir en meublant, en assaînisant, en embellissant ces municipalités, sans cesse grandissantes, qui seront demain les avant-postes de la métropole. En attendant, grâce aux avis éclairés de leur habile ingénieur, ces agglomérations jouissent graduellement
LES CONTEMPOBAINS
de tous les avantages que possèdent les citoyens de Montréal, avec cette différence que leur eau est meilleure et les autres services également supérieurs et moins dispendieux.
Le rêve de plusieurs montréalais bien pensants eut été de profiter, il y a quelques années, de Fexpansion imminente de la Montréal Water & Power Co. ^' pour remplacer l'horrible système d'aqueduc actuel par celui qu'elle pouvait nous fournir, à échéance relativement courte.
Les arriérés, les myopes ne Font pas voulu. On a fait plus : des embarras sans nombre ont été suscités à cette compagnie. Elles les a aplanis. Sa marche de Tavant n'a été que momentanément ralentie. Le huit de ce mois, elle fournissait Teau pour la première fois à quatre régions additionnelles: Outremont, Côtes des Neiges, le quartier St-Denis et Mile End. En 1899 les travaux seront repris. Sur la rivière Ottawa, devant Bordeaux, on installera une gigantesque pompe électrique d'une capacité de 5,000,000 de gallons et d'une force de 500 chevaux, la seule de cette envergure et de cette puissance au
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monde. Contentons-nons d^ajouter qu'il y a deux millions d'engagés dans cette entreprise.
Bref, l'histoire de celui que nous biographions est celle des grands travaux des municipalités qui nous entourent. Tout cela suffirait à remplir deux existences, et, cependant, il a trouvé le temps de s'occuper de beaucoup d'autres tâches importantes et délicates qui lui ont été confiées. Brockville, Cornwall, Barry, dans la province d'Ontario, Campbelltoîi, au Nouveau-Brunswick, et Louiseville, près de nous, ont recouru à son expertise à propos d'aqueduc ; et lors de la célèbre enquête sur le canal Lachine, le gouvernement d'Ottawa requérait ses services comme commissaire.
Estimé de ses confrères, recherché pour ses conseils et sa profonde expérience, il se voyait en 1889 appelé à siéger dans le conseil des Ingénieurs Civils du Canada.
Entre-temps, il a donné beaucoup de loisirs et d'aide pratique à la réussite de notre entreprise d'Opéra Français dont il fut l'un des directeurs.
Le Canada-Revue eut rarement de meilleurs amis et le Réveil a hérité de cette sollicitude.
M. Vanier est un grand liseur devant Dieu et les hommes : la bonne littérature du iour et les journaux de France et des Etats-Unis, traitant les questions qui sont ses spécialités, abondent sur sa table. Il se tient au courant de tout le mouvement scientifique et littéraire. Quant à la politique, elle ne le trouble pas. Conservateur loyal, mais en même temps tolérant et progressiste, il juge au mérite, plane audessus des misères et des luttes de coteries.
De son mariage avec Marie Olivine Parizeau sont nés deux charmants enfants : une fillette de 13 ans qui est au Sacré- Cœur et un garçon de 11 ans qui étudie au Mont Saint-Louis.
Un de ces ans, quand il en trouvera le temps, M. Yanier réalisera un rêve : il traversera en Europe; il ira saluer ces autres maîtres avec lesquels il est depuis si longtemps en communauté d^idées-
M. Yanier est un compatriote dont nous prenons gloire. Dans une sphère qui
EMILE VANIER
semblait Fapanage des hommes d'autres races, il a su arriver au premier rang, s'y maintenir et faire pressentir un avenir encore plus brillant. Rien ne relève un peuple comme d^avoir ainsi, dans toutes les branches de l'activité suf)érieure, des représentants dont la puissance de conception et d'exécution est reconnue, même par des étrangers portés a Fantipathie, ou tout au moins à Tindifférence. Nous aimons, à certaines époques, à citer les noms de Canadiens-Français qui dans la Littérature, la Musique, la Sculpture, la Politique nous font aimer d'être de même descendance et oublier les laideurs de la vie nationale. Eh bien, son nom appartient à cette nomenclature ; lui aussi, dans son domaine, est un autre champion dont nous aimons à nous prévaloir. 11 y est arrivé, grâce à une énergie égale à la vaste somme d'aptitudes natives qu'il avait à exploiter. Il a été, il est le type le plus accompli du travailleur à la fois éclairé et infatigable. Il semble, dès le début, s'être dit, comme Sheridan, que nous citions en commençant :
Il n'est rien que je ne parviendrai à trouver en cherchant.