‹ Les contes de la famille (volume 2)Chapitre 8 sur 22 · L INTERIEUR DE L ECOLE PRIMAIRE · texte numérisé non relu

L INTERIEUR DE L ECOLE PRIMAIRE

Nous savons ce qui se passe hors de l'école, nous jetterons un coup d'œil sur l'intérieur de cette terrible institution.

Le maître d'école est d'ordinaire un jeune homme, en ce temps où le professorat est si chargé de jeunes sujets qu'il ne restera bientôt plus d'élèves. Il devient rarement vieux à moins qu'il ne soit d'un extrême endurcissement, d'une ignorance profonde, d'une sottise aussi grande et d'un très-mauvais cœur; le plus souvent quelque péritonite aiguë, quelque congestion cérébrale, quelque phthisie laryngienne l'emporte à la fleur de son âge avant qu'il ait pu s'illustrer par l'achèvement de quelques poésies ou le portrait de Napoléon à cheval en

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traits de plume. Pour la plupart, ils ont le tort d'être mariés; ce qui complique le gouvernement public de l'école d'uue administration intérieure et du soin particulier de un ou de plusieurs enfants.

Le maître, pour parler comme l'écolier, est encore à déjeuner quand ses élèves arrivent le matin l'un après l'autre : que peut-il manger? c'est un mystère. L'écolier curieux se fait là-dessus des illusions grandioses. Que peut manger un maître , si ce n'est tout ce qu'il y a au monde de meilleur, de plus rare et de plus secret?

Il y en a qui mangent tout simplement à déjeuner une mouillette trempée dans un demi-verre de vin.

On remarquera peut-être que c'est le mets qu'on donne aux perroquets quand on veut les faire jaser.

La classe est donc déserte, fraîchement arrosée et balayée, les élèves s'y glissent lentement et s'installent; mais comment saisir cette scène multiple? Nous allons écouter aux portes; et dans le cas où nous serions chargés d'un rapport sur l'enseignement primaire en France, nous transcrirons exactement ce qui va se passer et se dire ; encore ce moyen laisse-t-il à regretter le procédé des chœurs de la tragédie grecque.

Citons les personnages :

AI. Desverycttes, le maître.

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Madame Desvcrgettes, sa femme.

Bocquet.

Filipot.

Vinet.

Anatole.

Isidore.

Le reste ne vaut pas l'honneur d'être nommé.

Les sujets intéressants qui sont entrés les premiers se groupent et causent d'un air animé. Le jeune Filipot, qui a pris en chemin une grande résolution, passe la tête à travers la porte et dit d'un ton profond :

— Qu'est-ce qui vient voir passer la revue? Viens-tu voir la revue, Vinet?

Vinet. — Et l'maître?

Filipot. — On y dit zut... y a personne chez nous... Viens-tu?

Vinet. — Ah ! ben non, tant pire.

Filipot. — Ah ! que t'es couenne... j'y vas, moi.

Vinet. — C'est bon, ça va être dit au maître.

Filipot. — Oh ! y dis pas, c'est bête.

Vinet. — Eh ben, donne-moi quêque chose.

Filipot. — Tiens, v'ià mon couteau.

Vinet prend le couteau et s'enfuit.

— Je le dirai tout de même... attrape.

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Filipot consterné s'écrie :

— Oh!..

Il lâche cette dernière injure :

— Méchant galopin! et disparaît.

Vinet. — C'est moi qu'a un beau couteau !

Anatole. — C'est moi qu'a un hanneton.

Vinet. — Veux-tu changer?

Anatole.— J' t'enfiiiiiiiiche... et toi, veux-tu changer?

Vinet. — Ah quin ! j'en ai plein chez nous d'z'hannetons.

Anatole. — Et ton couteau donc, tu peux ben le garder.

Vinet. — Eh ben, changeons.

Anatole. — Ça y est.

On ne peut s'empêcher ici d'être frappé de la mobilité de ces jeunes esprits. L'élève nommé TonnelTier entre dans ce moment, coiffé d'un chapeau de paille qu'il porte depuis peu.

Vinet. — Ohé, Zidore! v'ià Tonuellier ! Oh! c'chapeau! oh! c'te tète!

Zidore bourre Tonuellier d'un côté, Bocquet le repousse de l'autre, et l'on crie de toutes parts :

— Oh 1 c'tcolo-quet ! nous-allons t'y nous amuser. Tonuellier grognant.— Lais-se-moi-donc-tran-qurlle, toi.

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Zidore revient à la charge :

— Oh! c'nez qui vous fait! ohé, Mayeux!

Tonncllicr impatienté. — M'sieur!

Bocquet. — Ah! Tes capon, toi?... Mayeux ! Mayeux.

Tonnellier. — M'sieur! m'sieur!

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