‹ Les contes de ma mère l'Oye avant PerraultChapitre 3 sur 36 · Textuel · texte numérisé non relu

Textuel

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monter à cheval les heures du jour, les deux couples... etc. » Je m'arrête au moment où ce conte, déjà fort scabreux chez M lle Lhéritier, commence à effaroucher le lecteur français. Je n'ai pas besoin de faire remarquer combien, à côté du verbiage de M lle Lhéritier, ce style est vif et pittoresque, et quelle saveur a cette langue bizarre. Cyrano de Ber* gerac, en sa burlesque audace, n'a pas trouvé des images plus inattendues ni d'un mauvais goût plus charmant et plus raffiné. L'auteur les prodigue avec le demi-sourire d'un homme d'esprit qui s'amuse, et presque toujours il s'en sert pour peindre le lever ou le coucher du soleil. On dirait qu'il a parié d'exprimer chaque fois ces phénomènes avec une nouvelle métaphore. D'ailleurs, à part ces excès de la singularité et de la verve inventive, il s'éloigne bien moins que Perrault de la source populaire où l'un et l'autre ont puisé leurs récits. Il s'adresse aux gens des carrefours, tandis que Perrault cherche à plaire aux belles dames de la cour de Louis XIV.

Ce n'était pourtant pas un homme du commun que le cavalier Giovan Battista Basile qui, sous l'anagramme de Gian Alesio Abbattutis, publia à Naples , en 1637, %l P entamer one, overo lo cunto de li cunti, trattenemiento de li peccerille^ ce qui veut dire les Cinq journées, ou le conte des contes pour la récréation des petits enfants. Né à Naples

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vers la fin du seizième siècle, J.-B. Basile était comte del Torone et mourut en 1637 au service du duc de Mantoue. On a de lui, sous le titre de Opère poetiche (Mantoue, 161 3), des madrigaux, des odes, de petits poëmes, etc. Son Pentamerone , écrit en dialecte napolitain , contient cinquante contes de fées et quatre églogues. Génin affirme qu'à son apparition ce livre eut un prodigieux succès; M. Charles Giraud prétend au contraire qu'il n'eut pas alors un grand retentissement. Ni l'un ni l'autre ne nous disent sur quoi ils basent leur assertion. Tout ce que nous savons, c'est qu'il fut réédité à Naples, trente-sept ans après, en 1674 et à Rome en 1679, qu'en outre il fut traduit deux fois: i° en langue italienne vulgaire (Naples, 1754); 2°en patois bolonais (Bologne, 1742, et Venise, 181 3). A l'heure actuelle, il est moins connu en Italie qu'en France et surtout en Allemagne, où, en 1864, M. Félix Liebrecht en a publié une traduction.

Ce n'est pas au cavalier Basile, c'est à un troubadour que M lle Lhéritier — elle-même nous en prévient — a emprunté l'Adroite princesse. F. Génin, qui a imité un des contes du Pentamerone, déclare, on l'a vu, cet ouvrage « impossible à traduire en français. » 11 n'en a pas moins prétendu que ce recueil était la source oii Perrault avait puisé a le fond de sa narration, qu'il écrivit, ajoute-t-il. à sa guise , platement et sans couleur. » Cette

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étonnante assertion nous ferait croire que le critique, d'ordinaire si judicieux, n'a lu ni Perrault ni les contes du Pantamerone qui ressemblent à ceux de Perrault.

Avant Génin, la Bibliothèque des romans avait traduit ou plutôt travesti quatre morceaux choisis dans l'impertinent ouvrage (c'est elle qui parle) de Gian Alesio Abbattutis. « Qu'on juge de notre travail, dit douloureusement le traducteur. Nous sommes obligé de traduire premièrement du napolitain en bon italien ; secondement, de l'italien littéralement en français ; troisièmement, de tourner la traduction littérale française assez bien pour la présenter d'une manière agréable à des lecteurs français, en leur faisant sentir le sel d'une plaisanterie étrangère et le mérite des proverbes et des expressions populaires propres aux habitants d'une grande ville située à 35o lieues de Paris. »

Après cette singulière explication, le lecteur ne sera pas surpris que les contes du Pantamerone puissent paraître impertinents... dans la traduction de la Bibliothèque des Romans.

Nous avons traduit, dans l'édition de Naples (1674), ceux des contes du Pentamerone qui sont bâtis sur le même fond que les histoires de Ma Mère l'Oye. Nous les avons rendus aussi littéralement que possible, estimant qu'en pareil cas il faut laisser toute sa saveur au texte original. Bien que

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ce texte soit en dialecte napolitain du xvn e siècle, et que nous n'ayons pas eu le secours d'un dictionnaire napolitain-italien 1 , nous devons déclarer que nous n'avons pas trouvé la difficulté aussi insurmontable que nous l'avions craint d'après les assertions de Génin et du marquis de Paulmy.

Nous avons été pourtant aidé par notre excellent confrère de Lauzières-Thémines, qui a longtemps habité Naples, et qui a bien voulu venir à notre secours dans les passages par trop obscurs — ceux principalement qui font allusion à des usages locaux. Nous lui en offrons ici nos sincères remercîments. C'est grâce à lui que nous pouvons révéler au public français un écrivain bizarre, mais trèsspirituel et très-digne de figurer en tête de la littérature féerique.

Notre ami Frédéric Baudry,. l'éminent philologue, nous a rendu le même service pour les contes allemands de ce recueil, et nous lui devons la même reconnaissance. Nous croyons d'ailleurs inutile de présenter à nos lecteurs les frères Grimm, les ingénieux érudits qui les ont recueillis sans les arranger au point de vue littéraire. Tout le monde a lu la très-remarquable traduction que M. Baudry a publiée de leurs Contes choisis.

1. Ce dictionnaire existe, mais nous n'avons pu nous le procurer.

Nous sommes enfin tout aussi obligé à notre confrère et ami Loys Brueyre, qui a mis fort courtoisement à notre disposition les trésors de sa riche bibliothèque et de sa vaste érudition.

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