‹ Les contes de ma mère l'Oye avant PerraultChapitre 34 sur 36 · I. Çhelfe doi puçhe foro · texte numérisé non relu

I. Çhelfe doi puçhe foro

Le Petit Poucet. 367

— Qu'il soit fait comme tu l'as dit! s'écria le prince. La chèvre s'est blessée de sa propre corne. Bien que l'arrêt soit trop doux, tu l'as porté, tu vas le subir pour avoir traité avec tant de haine les beaux enfants de ton mari.

Et îl ordonna d'exécuter la sentence qu'elle-même avait rendue. Il choisit ensuite parmi ses vassaux un gentilhomme fort riche et lui donna Nennella pour femme; il maria Nennello de même et les pourvut de biens considérables, ainsi que leur père, pour qu'ils n'eussent besoin de personne au monde.

Quant à la marâtre, emprisonnée dans le tonneau, elle fut bientôt délivrée de l'existence et cria par la bonde tant qu'il lui resta un souffle de vie.

Le châtiment tarde, mais malheur à qui l'attend, out se paye.

JIvlOUE OU CO&CTE LO'BJBj^ItK

I n'y évô ine foué in paure home, ca ine paure fôme, qu'aviont yonze affants. I n'y en évô inque qu'atô si ptiat, qu'i n'atô me pu gran qu' lo ptiat doye ; on lo hoyôza lo Ptiat Pousset ; ma' lato si hayant, si hayant qu'on n' peuvo jemâ l'ettrepè.

In jo qu' les affants dremiont, lo Ptiat Pousset ne dreumô me, ma il en fayôza sambiant. I hoyeU sô père qu' d'hô :

— J'ons yonze affants et j' nons pu d' pain po les neurri. Comma t'a-ce que j' frons? je n' les veu me voër meuri d' faim d'vaint meu : j'amerô meu qu'i soyinssent pagùs dains lo bos.

Le fôme d'heu qu'aile ne v'iô me qu'i soyinssent pagùs , a qu'aile meurerô pitô qu' de les mauënè po celet dains lo bos. Ma lo pére-li d'heùch qu'i les mouënerô dains lo bos das qu'i ferô jô.

Lo Ptiat Pousset, qu'évô hoyï so père, s' leuveù dvaint lo jô, a s'en alleù dsi lo bord d' le r vire, a rèmesseù tôt pien de biancs cayïoux,

Le Petit Poucet. 369

Jo4<BLE OU COMITE LOl^HoAIV^

11 y avait une fois un pauvre homme et une pauvre femme qui avaient onze enfants. Il y en avait un qui était si petit qu'il n'était mie plus grand que le petit doigt; on l'appela le Petit Poucet; mais il était si malin, si malin qu'on ne pouvait jamais l'attraper.

Un jour que les enfants dormaient, le Petit Poucet ne dormait pas, mais il en faisait semblant. Il ouït son père qui disait :

— Nous avons onze enfants et nous n'avons plus de pain pour les nourrir. Comment feronsnous? Je ne les veux pas voir mourir de faim sous mes yeux : j'aimerais mieux qu'ils fussent perdus dans le bois.

La femme répondit qu'elle ne voulait mie qu'ils fussent perdus, et qu'elle mourrait plutôt que de les mener pour cela au bois. Mais le père lui dit qu'il les mènerait au bois dès qu'il ferait jour.

Le Petit Poucet, qui avait ouï son père, se leva avant le jour et s'en alla sur le bord de la rivière; il

ai.

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qu'i botteù dains ses paches, pi i 'rvenô chinzô, et se botteù dains so léye, a i fahin sambiant de dreumi.

So père se ravayin, a Jioyïo tortus ses affants, et len d'heèch qu* i vlô elle dains lo bos; ma io Ptiat Pousset, qui mairchô lo dâré, Jayeù cheure ses biancs cayïoux lo longe de le santé.

Quan qu'i feuch dains lo bos, lo père leu d'heùch do d' mouërè to-là po fâre zutes faigots, a qu'il ellô dro hâ-let po fâre lo sin. Ma quan qu'l y feuch, i s' saveù dains se mâhon, a layô ses affants dains lo bos.

Quan que l'èvin fâ zutes faigots, is epelin zute père, qui ne répondeùme. Quan qu'i voyin qu'i n'y atô pu, les paurats brayïint tôt côme des èveules, a se desesperint tôt côme des malhouroux.

Ma lo Ptiat Pousset ne brayô me, a leu d'heùch de s' couhi, qu'i les ermouënero chinzôs, a leu d'heùch d'elle évô lue. I suiveù les biancs cayïoux; ma, côme qu'i n'y évô long, i n'èrivin qu'è le neuyïe.

Lo père, quand qu'il évô tu errivè chinzô, évô erci doux gro acus qu'in home li dvô. Il echetint di pain, de le châ, a feuch ripayïe. Se fôme li d'heùch qu'i serô daini d'evoi pagù ces affants, a pi aile brayin. Les affants ationt dari l'euch, qu'acoutiont ç' qu'i d' hint zô dou.

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ramassa tout plein de blancs cailloux qu'il mit dans ses poches, puis il revint au logis, se mit dans son lit et fit semblant de dormir.

Son père se réveilla, appela tretous ses enfants, et leur dit qu'il voulait aller dans le bois ; mais le Petit Poucet, qui marchait le dernier, laissait choir ses blancs cailloux le long du sentier.

Quand ils furent dans le bois, le père leur dit de demeurer là pour faire leurs fagots, et qu'il allait là-haut pour faire le sien. Mais quand il y fut, il se sauva dans sa maison et laissa ses enfants dans le bois.

. Quand ils eurent fait leurs fagots, ils appelèrent leur père, qui ne répondit pas. Quand ils virent qu'il n'y était plus, les pauvrets se mirent à braire tous comme des aveugles, et ils se désespérèrent comme des malheureux.

Mais le Petit Poucet ne pleurait pas; il leur dit de se tenir cois, qu'il les ramènerait au logis, et il leur dit d'aller avec lui. Il suivait les blancs cailloux; mais, comme il y avait loin, ils n'arrivèrent qu'à la nuit.

Le père, en arrivant au logis, avait reçu deux gros écus qu'un homme lui devait. Il acheta du pain, de la viande, et fit ripaille. Sa femme lui dit. qu'il serait damné pour avoir perdu ses enfants, et puis elle pleurait. Les enfants étaient derrière l'huis qui écoutaient ce qu'ils disaient aux deux,

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Quan qu'i hoyin zute mère que brayô, i d'heùch tortus :

— No vace, mèmére, j' sons dari Peuch.

Le pauratte corrin è ses affants, qu'aile croyô qu' lo lou évô maingi à les baheù en brayant. Aile les fayeù maingi, a. leu bayeU di pain, d' le châ, di froumaige, ca tôt pien d'âtes yecs, qu'i maingin tôt corne des anfamés. I d'mouërinzâ en let chinzô doux jos.

Ma quan qu' les doux gro acus feuch maingi, lo père les mouënozo tortus dains lo bos, sans rin dir, a les y layô |qu'i fayôsa jà neuyïe. Les paurats ne qu'nachim pu le santé, po sâtè fiù di bos. I hoyin les lous que gueuliont tôt conte zôs, i greulliontza de tôt zutes cors.

I merchin dains lo bos, a y voyin bin long dvaint zôs enne chandôle qu'at6 ellmayïe. I y feuche tôt drô, a y crayont qu* ç atô zûte mâhon, Quan qu'i feuch è Peuch, i toquin : tac, tac.

— Qui ace? — C'a nos.

On leu si euvrè l'euch, a i voyin enne vie fôme, qui leu d'heii :

— Heun ! mes paures affants, qu'a-ce que v' veulé ? c'a toceu le mâhon d'in ogre, que va erveni lot è Phoure, a que vos maingerô.

I repondeuch qii' is aimiint mue y été maingi

Le Petit Poucet. 3y 3

: Quand ils ouïrent leur mère qui brayait, ils di-, rent tous :

— Nous voici, ma mère, nous sommes derrière l'huis.

La pauvrette courut à ses enfants qu'elle croyait mangés par le loup et les baisa en pleurant. Elle les fit manger et leur bailla du pain, de la viande, du fromage et tout plein d'autres choses qu'ils mangèrent tout comme des affamés. Ils restèrent au lit chez eux deux jours.

Mais quand les deux gros écus furent mangés, le père les mena tretous dans le bois, sans rien dire, et les y laissa qu'il faisait déjà nuit. Les pauvrets ne surent pas reconnaître le. sentier pour sortir du bois. Ils entendaient les loups qui hurlaient tout contre eux et ils tremblaient de tous leurs membres.

Ils marchèrent dans le bois et ils virent bien loin devant eux une chandelle qui était allumée. Ils y furent tout droit, croyant que c'était leur maison. Quand ils furent à l'huis, ils toquèrent : tac, tac. .

— Qui est-ce? — C'est nous.

On leur ouvrit la porte et ils virent une vieille femme qui leur dit :

— Heuri! mes pauvres enfants, qu'est-ce que vous voulez? C'est ici la maison d'un ogre qui va revenir tout à l'heure et qui vous mangera.

Ils répondirent .qu'ils aimaient mieux être man-

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pa lue, que pa les lous. Le fôme les perneù, a les botteù d' so lo léye.

Quan qu' l'ogre ervenô, i d'heùch en entrant è se fôme :

— !Mè fôme., i fîâre le châ frâche, ns, ns, ns, i fiâre le chà frâche.

Le fôme li d'ho qu' ç'atô lo bue qu'atô è le brouche. Ma i n le croyi me, a roûateù d' sô lo léye, a i les tireù tortus pa lo pîd, a d'heùch, qu' ça c erô po son djuni.

Il évôza yonze bâcelles, et i botteti les ptiats gachenats couchi dains le même champe. Ma i botteti des bounnats d'or è bâcelles, a des bounnats de tôle è gachenats.

Ma, quan qu'i dremin, lo Ptiat Pousset perneù les bounnats d'or è bâcelles et leu botteù les bounnats de tôle.

Quan qu' l'ogre, qui évô faim, vneù le neuyïe toué les affants, po qu'i n' se sâveussent me, i touôza les bâcelles, a layoles ptiats gachenats, pace qu'il evint les bounnats d'or.

Quan qu'i feuch ertorné dains sô léye, lo Ptiat Pousset ravayeù ses frères, à leu d'heùch qui falô sâtè fiù d' le mâhon. Ai s'ellin vitement dains lo bos, d'où qu'i s' couèchin dzo ine rouche. ,

L'ogre, quan qui s 1 ravayeù, volin maingi les ptiats gachenats, ma i treuvin qu'il évô toué ses bâcelles. I pernin ses bouttes de sat liùs, a feuch

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gés par lui que par les loups. La femme les prit et les mit sous son lit.

. Quand l'ogre revint, il dit en entrant à sa femme :

— Ma femme, il sent la chair fraîche; ns, ns, ns, il sent la chair fraîche !

La femme lui dit que c'était le bœuf qui était à la broche. Mais il ne la crut pas, il regarda sous le lit/ les tira tretous par le pied et dit que ce serait pour son déjeuner.

Il avait onze filles, et il mit les petits garçonnets coucher dans la même chambre. Mais il mit des bonnets d'or à ses filles et des bonnets de toile aux garçonnets.

Mais quand elles dormirent, le Petit Poucet prit les bonnets d'or aux filles et leur mit les bonnets de toile.

Quand l'ogre, qui avait faim, vint la nuit tuer les enfants, pour qu'ils ne se sauvassent mie, il tua les filles et laissa les petits gars, parce qu'ils avaient les bonnets d'or.

Quand il fut retourné dans son lit, le Petit Poucet réveilla ses frères et leur dit qu'il fallait s'enfuir de la maison. Ils s'en allèrent bien vite dans le bois, où ils se couchèrent sous un rocher.

L'ogre, quand il se réveilla, voulut manger les petits garçonnets, mais il trouva qu'il avait tué ses filles. Il prit ses bottes de sept lieues, s'en fut dans le bois et arriva contre le rocher ; mais il ne trouva

iyG' Les Coules de ma Mère l'Oye.

dains lo bos, ï errivù conte le rouche, a i n 1 trovô. me les affants, qu'ationt couèchi d'zou. Il évîn b'san de drerai a i s'en dreumôza dsi' le rouche.

Quan qu' lo Ptiat Pousset l'oyïoza ronffyï, i H preneu ses bouttes de zat lins, i feuch chin le fôme de l'ogre a H d'heùch qu' son home ato ettrepè pa les volou, a qu'i H évi> bayï ses bouttes de sat lias po quouôr d' le mnoye po leu bayi.

Le fôme li bayeu tôt pîen d'aîrgent po recheti sô mé>i. Màfo Ptiat Pousset feuch chin so père évô cet airgent, etc., etc.

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point les enfantsqui étaient couchés dessous. Il eut besoin de dormir, et il s'endormit sur le rocher.

Quand le Petit Poucet l'ouït ronfler, il lui prit ses bottes de sept lieues, s'en alla chez la femme de l'ogre, et lui dit que son homme avait été attrapé par les voleurs et qu'il lui avait baillé ses bottes de sept lieues pour aller quérir de la monnaie afin de leur bailler.

La femme lui bailla tout plein d'argent pour racheter son mari. Mais le Petit Poucet s'en alla chez son père avec cet argent, etc., etc.

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