LES SOUHAITS RIDICULES
• ihsi que nous l'avons prouvé dans l'In- ! troduction, le conie des Souhaits ridij cules est, non le troisième, mais le se- E coud que Perrault donna au public. II existe peu de traditions qui aient couru davantage le monde et qui aient été plus souvent remises à la fonte. C'est même une chose curieuse de voir comme cette historiette, très-scabreuse au début, s'est épurée petit à petit et a fini par arriver tout à fait inoffensive aux mains de La Fontaine et de Perrault.
On a découvert son origine dans le Pantcha- Tanfru, ce fameux recueil de contes composé par le docte brahmane Vichnou-Sarma pour apprendre en six mois la morale et la politique aux fils de son souverain. Voici en quelques mots, résumant la ira-
66 Les Contes de ma Mère VOye.
duction d'Edouard Lancereau (p. 333), cette fable, germe informe que développera plus tard l'imagination licencieuse des sages indiens.
Un tisserand du nom de Mantharaka i brise son métier par accident. Il prend sa hache, s'en va au bord' de la mer, choisit un gros arbre et se met à l'abattre. Au premier coup, il entend la voix d'un génie qui lui crie :
— Holà ! cet arbre est mon logis et je ne puis le quitter, attendu que j'y r'espire la brise de la mer.
— Mais, dit l'homme, il me faut du bois pour fabriquer un métier, sinon ma famille va mourir de faim.
— Laisse-moi cet arbre, répond le génie, et demande tout ce que tu voudras, je te le donnerai.
Notre homme s'en retourne et rencontre le barbier du village qui lui conseille de souhaiter d'être roi. Sa femme, au contraire, lui persuade de rester dans sa condition et de demander au génie deux têtes et quatre bras, afin de faire double besogne.
Le pauvre diable suit ce mauvais conseil et va retrouver le génie, qui exauce son souhait. A son retour, les gens du village le prennent pour un rakchâsa 2 , se jettent sur lui et l'assomment.
Remarquez que, dès le point de départ, c'est la
i. Niais.