‹ Les contes de man mère l'Oye avant PerraultChapitre 16 sur 41 · SOLE, LUNA E TALIA · texte numérisé non relu

SOLE, LUNA E TALIA

Pentamerone, journée v, conte 3.

Il y avait une fois un seigneur qui eut une fille nommée Thalie. Il fit venir les savants et les devins du royaume pour tirer son horoscope. Ceux-ci tombèrent tous d'accord que l'enfant serait un jour en grand péril à cause d'une écharde de lin. Pour éviter ce malheur, le père défendit qu'il entrât dans la maison ni lin, ni chanvre, ni rien de pareil.

Quand Thalie fut grandelette, un jour qu'elle était à la fenêtre, elle vit passer une vieille qui filait. Comme elle n'avait jamais vu ni quenouille ni fuseau, elle trouva fort joli ce que faisait la bonne femme. Elle en éprouva même une si vive curiosité qu'elle lui dit de monter, prit la quenouille en main et commença d'étendre le fil.

Par malheur, une écharde de lin lui entra dans l'ongle et elle tomba morte par terre. A cette vue, la vieille dégringola l'escalier. Le pauvre père, en apprenant cette catastrophe, paya d'un baril de larmes ce seau d'amertume. Il fit alors porter sa fille dans un château qu'il avait à la campagne, et l'assit sur un siège de velours, sous un dais de bro-

La Belle au bois dormant. i5i

cart; après quoi il ferma les portes et, à cause dMne si grande perte, afin d'oublier à tout jamais son infortune, il abandonna pour toujours ce palais.

Or, après un certain temps, il arriva qu'un roi étant à la chasse, un faucon s'échappa et s'envola sur la fenêtre de cette maison. Le roi alla le réclamer et ordonna de frapper à la porte, croyant qu'il y avait du monde. Quand on eut frappé assez longtemps, il fit apporter une échelle de vendangeur, voulant pénétrer lui-même en la maison et voir ce qu'il y avait dedans. Il y monta aussitôt, se promena .partout et fut profondément étonné de ne rencontrer âme qui vive.

A la fin, il arriva à la chambre où Thalie était comme enchantée. Au premier coup d'œil, le roi crut qu'elle dormait et il l'appela; mais il ne put la réveiller, quoi qu'il fît. Comme il s'était épris de sa beauté, il la porta à bras le corps sur un lit *.., la laissa couchée et s'en retourna à son palais, où il ne tarda pas à oublier toute cette aventure.

Neuf mois après, la jeune fille accoucha de deux jumeaux, un garçon et une fille. Vous auriez dit deux écrins de bijoux. Ils furent élevés par deux fées qui apparurent alors dans le palais et les mirent au sein de leur mère. Une fois, comme ils eurent envie de teter et qu'ils ne trouvèrent pas les bouts

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