I. Cose e rose
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douze pages élégamment vêtus, elle alla se promener du côté où étaient ses sœurs.
Toutes les six furent ébahies de la beauté de la charmante colombe, et le bonheur voulut que le roi se trouvât par hasard sur le passage de ZezoUa. Il fut séduit par les charmes souverains de la jeune fille, et commanda sur-le-champ à son plus fidèle serviteur de s'enquérir du nom et de la demeure de ce ravissant objet.
Le serviteur la suivit discrètement, mais Zezolla s'en aperçut et lui jeta une poignée d'or qu'elle s'était fait donner à ce dessein par le dattier. La convoitise du serviteur s'alluma et, pour remplir ses poches, il cessa de suivre la haquenée.
Zezolla se hâta de rentrer à la maison, où elle se déshabilla par le moyen que la fée lui avait indiqué. Ses harpies de sœurs arrivèrent alors et se mirent, pour la taquiner, à lui vanter toutes les jolies choses qu'elles avaient vues.
Cependant le serviteur revint chez le roi et lui raconta l'histoire des pièces d'or. Le roi entra dans une grande colère et lui dit*... qu'il voulait absolument qu'à la prochaine fête il découvrît qui était cette ravissante jeune fille et où nichait un si charmant oiseau.
I. Che pe qii.itto frisole cacare iLweva venniito lo' gusto suoio.
Cendrîllon. 3o5
Le jour de la fête étant arrivé, les six sœurs sortirent dans leurs riches atours, et laissèrent la pauvre dédaignée au coin du feu. Elle courut tout de suite au dattier et lui répéta les paroles accoutumées.
Elle en vit sortir aussitôt plusieurs demoiselles, et l'une avec le miroir, l'autre avec le flacon d'eau de rose, une autre avec le fer à friser, celle-ci avec du fard, celle-là avec le peigne, qui avec les épingles, qui avec la robe, qui avec le collier, la rendirent belle comme le soleil. Elles la conduisirent alors à sa voiture que traînaient six chevaux et qu'escortaient des estafiers et des pages en livrée.
ZezoUa se rendit au même endroit où avait eu lieu l'autre fête, et sa vue fit naître encore plus de surprise dans l'esprit de ses sœurs et d'amour dans le cœur du roi. En partant, elle jeta au serviteur qui la suivait une poignée de perles et de pierreries.
Le serviteur pensa que ce n'étaient pas là des pierres à laisser par terre, et pendant ce temps Zezolla rentra chez elle et se déshabilla comme d'habitude.
Le serviteur s'en retourna tout penaud chez le roi.
— Sur l'âme de mes aïeux! dit celui-ci^ si tu ne découvres pas qui est cette jeune fille, je te donnerai autant de coups de bâton et de coups de pied au derrière que tu as de poils au menton !
Vint une autre fête, les sœurs de Zezolla sortirent; celle-ci, grâce au dattier, se fit encore plus belle et
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monta dans un carrosse doré,- escorté d'une si nombreuse troupe de laquais qu'on l'eût prise pour une courtisane qui se promène entourée de ses amants. Après avoir excité l'envie de ses sœurs, elle s'en alla, suivie de près par le domestique du roi.
En le voyant, elle commanda au cocher de presser le pas. La voiture alors se mit à courir d'un si furieux train que Zezolla perdit une de ses pantoufles; or, cette pantoufle était si jolie que jamais on n'en avait vu de pareille.
Le serviteur, désespérant de rattraper le carrosse, ramassa la pantoufle et la porta au roi, en lui contant ce qui était advenu.
Le roi la prit dans sa main et s'écria : « Si les fondations sont si belles, que sera-ce de la maison ? O beau candélabre sur lequel est restée la chandelle qui me brûle ! O trépied de la belle chaudière où bout la vie ! O beau liège attaché à la ligne d'amour avec laquelle on a péché mon âme ! je vous baise et vous serre sur mon cdeur et, si je ne puis arriver à la plante, j'adore la racine; si je ne puis embrasser le chapiteau, je baise du moins la base de la colonne. Vous avez été l'enveloppe de blancs petits pieds, maintenant vous êtes la. souricière d'un pauvre cœur. Par vous elle était haute d'une palme et demie de plus, celle qui torturait ma vie, et c'est par vous ■qu'elle lui donne tant de douceur, maintenant que je vous regarde et vous possède ! »
Cendrillon. 307
Cela dit, il appela son secrétaire, fit sonner de la trompette, et, tu, tu, tu ! fit annoncer qu'il invitait toutes les femmes de la terre à une grande fête, suivie d'un grand festin. Le jour fixé arriva. Ah ! mon ami, quel dîner à se lécher les doigts ! Il y avait tant et tant de mets délicats, de pâtisseries et de sucreries, de macaroni et de ravioli * , qu'on aurait pu en nourrir une armée entière.
On y voyait des femmes de toute sorte : des nobles et des roturières, de riches et de paruvres, de jeunes et de vieilles, de belles et de laides. Le roi leur essaya la pantoufle à toutes les unes après les autres pour reconnaître celle qu'il cherchait. Mais comme pas un pied n'y pouvait entrer, il commença de désespérer.
Néanmoins, il fit faire silence, et dit à chacune : — Revenez demain faire pénitence avec moi^, mais si vous m'aimez, vous ne laisserez pas une seule femme à la maison, quelle qu'elle soit.
Alors le prince dit :
— J'ai bien encore une fiUe^ mais c'est une malheureuse qui garde toujours le coin du feu, et je ne la crois pas digne de s'asseoir à la table de Votre Majesté.
— C'est justement celle-là, répondit le roi, qu'il faut m'amener. C'est elle que je désire.