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Cependant, ayant considéré quelle douleur ce lui serait de les voir mourir de faim, elle y consentit, et alla se coucher en pleurant.
Le petit Poucet ouït tout ce qu'ils dirent, car ayant entendu de dans son lit qu'ils parlaient d'affaires, il s'était levé doucement et s'était glissé sous l'escabelle de son père, pour les écouter sans être vu. Il alla se recoucher et ne dormit point du reste de la nuit, songeant à ce qu'il avait à faire. Il se leva de bon matin, et alld au bord d'un ruisseau, où il remplit ses poches de petits cailloux blancs, et ensuite revint à la maison. On partit, et le petit Poucet ne découvrit rien de tout ce qu'il savait à ses frères.
Ils allèrent dans une forêt fort épaisse, où, à dix pas de distance, on ne se voyait pas l'un g l'autre. Le bûcheronse mit à couper du bois, et ses enfants à ramasser des broutilles* pour faire deg^fagots. Le père et la mère, les voyant occupés à travailler, s'éloignèrent d'eux insensiblement, et puis s'enfuirent tout à coup par un petit sentier détourné.
Lorsque ces enfants se virent seuls, ils se mirent à crier et à pleurer de toute leur force. Le petit Poucet
Pelilos 1)1 anches de l)ois sec.
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les laissait crier, sachant bien par où il reviendrait à la maison, car en marchant il avait laissé tomber le long du chemin les petits cailloux blancs qu'il avait dans ses poches. Il leur dit donc :
(( Ne craignez rien , mes frères, mon père et ma mère nous ont laissés ici ; mais je vous ramènerai bien au logis : suivez-moi seulement. »
Ils le suivirent, et iWes mena jusqu'à leur maison par le même chemin qu'ils étaient venus dans la forêt. Ils n'osèrent d'abord entrer, mais ils se mirent tous contre la porte, pour écouler ce que disaient leur père et leur mère.
Dans le moment que le bûcheron et la bûcheronne arrivèrent chez eux, le seigneur du village leur envoya dix écus, qu'il leur devait il y avait longtemps, et dont ils n'espéraient plus rien. Cela leur redonna la vie, car les pauvres gens mouraient de faim. Le bûcheron envoya sur l'heure sa femme à la boucherie. Comme il y avait longtemps qu'ils n'avaient mangé, elle acheta trois fois plus de viande qu'il n'en fallait pour le souper de deux personnes. Lorsqu'ils furent rassasiés, la bûcheronne dit :
« Hélas ! où sont maintenant nos pauvres enfants ! Ils feraient bonne chère de ce qui nous reste là. Mais aussi, Guillaume, c'est toi qui les as voulu perdre; j'avais bien dit que nous nous en repentirions. Que font-ils maintenant dans cette forêt? Hélas ! mon Dieu, \ps loups les ont peut-être déjà mangés!
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tu es bien inluiniain d'avoir perdu ainsi tes enl'anls! »
Le bûcheron s'impatienta à la fin ; car elle redit plus de vingt fois qu'il s'en repentirait, et qu'elle l'avait bien dit. Il Ic^ menaça de la battre si elle ne se taisait. Ce n'est pas que le bûcheron ne fût peutêtre encore plus fâché que sa femme; mais c'est qu'elle lui rompait la tôte, et qu'il était de l'humeur de beaucoup d'autres gens qui aiment fort les femmes qui disent bien, mais qui trouvent très-importunes celles qui ont toujours bien dit.
La bûcheronne était tout en pleurs : « Hélas! où sont maintenant mes enfants, mes pauvres enfants?» Elle le dit une fois si haut, que les enfants, qui étaient à la porte, l'ayant entendue, se mirent à crier tous ensemble : « Nous voilà! nous voilà! » Elle courut vite leur ouvrir la porte, et leur dit en les embrassant :
(( Que je suis aise de vous revoir, mes chers enfants I Vous êtes bien las, vous avez bien faim ; et toi. Pierrot, comme te voilà crotté! viens que je te débarbouille. »
Ce Pierrot était son fils aîné, qu'elle aimait plus que tous les autres, parce qu'il était un peu rousseau, et qu'elle était un peu rousse.
Ils se mirent à table, et mangèrent d'un appétit qui faisait plaisir au père et à la mère, a qui ils racontaient la peur qu'ils avaient eue dans la forêt, en parlant presque tous ensemble. Ces bonnes gens
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étaient ravis de revoir leurs enfants avec eux, et cette joie dura lant que les dix écus durèrent. Mais lorsque Targent fut dépensé, ils retombèrent dans leur premier chagrin, et résolurent de les perdre encore, et, pour ne pas manquer le coup, de les mener bien ])lus loin que la première fois.
Ils ne purent parler de cela si secrètement qu'ils ne fussent entendus par le petit Poucet, qui Gt son compte de sortir d'affaire comme il avait déjà fait; mais quoiqu'il se fût levé de grand matin pour aller ramasser des petits cailloux, il ne put en venir à bout, car il trouva la porte de la maison fermée à double tour. Il ne savait que faire, lorsque la bûcheronne leur ayant donné à chacun un morceau de pain pour leur déjeuner, il songea qu'il pourrait se servir de son pain au lieu de cailloux, en le jetant par miettes le long des chemins où ils passeraient : il le serra donc dans sa poche.
Le père et la mère les menèrent dans l'endroit de la forêt le plus épais et le plus obscur; et dès qu'ils y furent, ils gagnèrent un faux-fuyant, et les laissèrent là. Le petit Poucet ne s'en chagrina pas beaucoup, parce qu'il croyait retrouver aisément son chemin, par le moyen de son pain qu'il avait semé partout où il avait passé; mais il fut bien surpris lorsqu'il ne put en retrouver une seule miette; les oiseaux élaient venus, qui avaient tout mangé.
Les voilà (h)nc bien atlligés; cai- plus ils s'éga-
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raient, plus ils s'eiitonçaioiit dans la lonH. La luiK. vint, et il s'éleva nn grand vent qui leur faisait des peurs épouvantables. Us croyaient n'entendre de tous côtés que des hurlements de loups qui venaient à eux pour les manger. Ils n'osaient presque se parler, ni tourner la tête. Il survint une grosse pluie qui les perça jusqu'aux os; ils glissaient à chaque pas, tombaient dans la boue, d'où ils se relevaient tout crottés, ne sachant que faire de leurs mains.
Le petit Poucet grimpa au haut d'un arbre, pour voir s'il ne découvrirait rien : tournant la tête de tous c()tés, il vit une petite lueur comme d'une chandelle , mais qui était bien loin par delà la forêt. il descendit de l'arbre, et lorsqu'il fut à terre il ne vit plus rien : cela le désola. Cependant, ayant marché quelque temps avec ses frères, du côté qu'il avail vu la lumière, il la revit en sortant du bois.