‹ Les contes des fsChapitre 15 sur 21 · LE PETIT POUCET · texte numérisé non relu

LE PETIT POUCET

enfants. Le petit Poucet^ étant chargé de toutes les richesses de l'Ogre, s'en revint au logis de son père, où il fut reçu avec bien de la joie.

11 y a bien des gens qui ne demeurent pas d'accord de cette dernière circonstance, et qui prétendent que le petit Poucet n'a jamais fait ce vol à l'Ogre ; qu'à la vérité il n'avait pas fait conscience de lui prendre ses bottes de sept lieues, dont il ne se servait que pour courir après les petits enfants. Ces gens-là assurent le savoir de bonne part, et même pour avoir bu et mangé dans la maison du bûcheron. Ils assurent que lorsque le petit Poucet eut chaussé les bottes de l'Ogre, il s'en alla à la cour, où il savait qu'on était fort en peine d'une armée qui était à deux cents lieues de là, et du succès d'une bataille qu'on avait donnée. Il alla, disent-ils, trouver le roi, et lui dit que, s'il le souhaitait, il lui rapporterait des nouvelles de l'armée avant la fin du jour. Le roi lui promit une grosse somme d'argent s'il en venait à bout. Le petit Poucet rapporta des nouvelles dès le soir même; et cette première course l'ayant fait connaître, il gagnait tout ce qu'il voulait: car le roi le payait parfaitement pour porter ses ordres à l'armée, et une infinité de dames lui donnaient tout ce qu'il voulait pour avoir des nouvelles de leurs amants, et ce fut là son plus grand gain.

Il se trouvait quelques femmes qui le chargeaient de lettres pour leurs maris; mais elles le payaient si

IJ'] l'KTlT l'DUCKT 95

Dial, et cela allait à si peu de chose, qu'il ne daiguail pas mettre en ligne tle compte ce qu'il gagnait de ce cô(é-là.

Après avoir t'ait pendant quelque temps le métier de courrier, et y avoir amassé beaucoup de bien, il revint chez son père, où il n'est pas possible d'imaginer la joie qu'on eut de le revoir. Il mit toute sa famille à l'aise. 11 acheta des offices de nouvelle création pour son père et pour ses frères ; et par là il les établit tous, et fit parfaitement bien sa cour en même temps.

MORALITÉ

On ne s'afllige point d'avoir beaucoup enfants.

Quand ils sont tous beaux, bien faits et bien i^runds,

El d'un extérieur qui brille ; Mais si l'un d'eux est faible, ou ne dit mol. On le méprise, on le raille, on le pille :

Quelquefois cependant c'est ce petit marmot

Qui fera le bonheur de toute la famille.

Page 1