AVERTISSEMENT
mieux nous sentons le prix de ces œuvres antiques où respire le parfum d’une naïveté jeune et où se trouvent le nerf comique dont notre théâtre est privé, l'expression vive et drue qui peint sans périphrase et que personne n'ose plus oser.
L'intelligence est donc un devoir envers le conteur qui veut non pas accepter le vaste héritage de nos ancêtres, mais seulement reconnaître la carrière que tant de beaux génies semblent avoir fermée et dans laquelle un succès a paru presque impossible le jour où notre langage perdit sa naïveté. La Fontaine aurait-il pu écrire la Courtisane amoureuse avec le style de J.-J. Rousseau ? L'éditeur a emprunté cette remarque à l’auteur pour justifier l’anachronisme de l’idiome employé dans ces contes : à tous les obstacles de cette entreprise il fallait encore joindre celui de l’impopularité du style.
I! existe en France un grand nombre de personnes attaquées de ce cant anglais dont lord Byron s’est si souvent plaint. Ces gens, dont le front rougit des bonnes franchises qui jadis faisaient rire les princesses et les rois, ont mis en deuil notre ancienne physionomie et persuadé au peuple le plus gai, le plus spirituel du monde, qu'il fallait rire décemment et sous l’éventail, sans songer que le rire est un enfant nu, un enfant habitué à jouer avec la tiare, l'épée ct la couronne, sans connaître le danger.
Aussi, par les mœurs qui courent, l’auteur des Contes drolatiques ne peut être absous que par son talent ; et, justement effrayé de l’alternative, il n’a voulu donner que ces dix premiers contes; mais nous, éroyant beau-