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LE CHEMIN DU PARADIS IO

Ajoneri fut bien étonné de ne pas être mort, et il se montra ravi quand il sut où on le conduisait ; il se confgndit en remerdments, ce qui ne déplut pas à ses sauveurs ; il est toujours agréable, lorsqu'on oblige quelqu'un, de ne pas rencontrer de l'ingratitude. Au-dessus des maisons et des palais, plus haut que les platanes des jardins et que les sapins des collines, les envolés traversaient l'azur, la lumière, les nuées ; ils allaient si vite, que le vent, malgré son envie de les suivre, fut obligé d'y renoncer et s'arrêta derrière eux, en soufflant.

Mais, bientôt, quand la ville eut disparu, là-bas, dans le brouillard, Aymeri fut pris d'une inquiétude.

— Beaux anges, demanda-t-il, vous ne vous trompez pas de route au moins ?

A ces mots, ils ne purent s'empêcher de rire.

— Crois-tu donc, enfant...

— Que nous ne connaissons pas...

— Le chemin du paradis ?

Aymeri, un peu honteux, répondit :

— Pardonnez-moi, beaux anges. Je vous

ai fait une question qui n'a pas le sens commun. Je vous promets que cela ne m'arrivera plus.

Les ailes blanches battaient l'air, toujours; des plaines, des forêts^ des monts, disparaissaient dans les profondeurs grises ; Aymeri aperçut enfin, au-dessus des nuages, le sommet d'une tour.

— Ahl dit-il dans un cri de joie, nous sommes arrivés !

Les anges furent un peu surpris de ces paroles.

— Pas encore ! le paradis...

— N'est pas si proche que tu penses...

— Des sombres demeures des hommes.

— Lorsque nous aurons passé...

— A droite du soleil, là-haut...

— A travers des flammes couleur de neige. . .

— Nous serons encore bien loin...

— Du seuil resplendissant que gardent...

— Les chérubins aux armures d'or !

Aymeri cria en se cramponnant aux plumes

des messagers divins :

— Nous sommes arrivés, vous dis-je! II

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