‹ Les contes du rouetChapitre 22 sur 35 · LA MÉMOIRE DU CŒUR · texte numérisé non relu

LA MÉMOIRE DU CŒUR

JE royaume était dans la désolation, parce que le jeune roi, depuis qu'il ^^9s^a\, était devenu veuf, ne s'occupait plus du tout des affaires de TÉtat, passait les jours et les nuits à pleurer devant un portrait de la chère défunte. Ce portrait, il l'avait fait lui-même, autrefois, ayant appris à peindre tout exprès ; car il n'y a rien de plus cruel pour un amant ou un époux vraiment épris, que de laisser à un autre le soin de reproduire la beauté de la bienaimée ; les artistes ont une façon de regarder de près leurs modèles, qui ne saurait plaire à un ja-

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loux; ils ne mettent pas sur la toile tout ce qu'ils ont vu ; il doit leur en rester quelque chose dans les yeux, dans le cœur aussi. Et ce portrait, maintenant, était la seule consolation du jeune roi ; il ne pouvait retenir ses larmes en le considérant, mais il n'aurait pas échangé, contre la douceur des plus heureux sourires, Tamertume de ces pleurs. C'était en vain que ses ministres venaient lui dire : « Sire, nous avons reçu des nouvelles inquiétantes : le nouveau roi d'Ormuz lève une armée innombrable pour envahir vos États » ; il feignait de ne pas entendre, les regards toujours fixés sur l'image adorée. Un jour, il entra dans une grande colère et faillit tuer un de ses chambellans, celui-ci s'étant hasardé à insinuer que les douleurs les plus légitimes ne doivent pas être éternelles, que son maître ferait bien de songer à se marier avec quelque jeune fille, nièce d'empereur ou fille de paysan, n'importe. « Monstre !

s'écria l'inconsolable veuf, oses-tu bien me donner un si lâche conseil ? Tu veux que je sois infidèle à la plus aimable des reines ? Otetoi de mes yeux, ou tu périras de ma propre

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