LA DERNIÈRE FÉE BOÇ
(c Mademoiselle, dit la dernière fée, je sais, dans un pays lointain, un jeune homme plus beau que le jour, et qui, sans vous avoir jamais vue, vous aime tendrement. Ce n'est pas le fils d'un roi ni le fils d'un homme riche, mais des cheveux blonds lui font une couronne d- or, et il vous garde dans son cœur des trésors infinis de tendresse. Si vous y consentez, je le ferai venir auprès de vous, avant qu'il soit longtemps, et vous serez, grâce à lui, la plus heureuse personne qui ait jamais existé.
— C'est une belle promesse que vous me faites là, dit la jeune fille étonnée.
- — Je la tiendrai,' je vous assure.
- — Mais que me demanderez-vous en échange d'un tel service ?
- — Oh ! presque rien ! dit la fée ; vous me laissjerez me blottir, — je me ferai plus petite encore que je ne suis, pour ne pas vous gêner,
- dans l'une des fossettes que le sourire met aux coins de votre bouche.
— Comme il vous plairai c'est marché conclu. »
3lO LES CONTES DU ROUET
La jeune fille avait à peine achevé qu'Oriane, pas plus grosse qu'une perle presque invisible, était déjà nichée dans le joli nid rose. Ah ! comme elle s y trouvait bien !
Comme elle y serait bien, toujours ! Maintenant, elle ne regrettait plus que les hommes eussent saccagé la forêt de Broceliande, et tout de suite, — car elle était trop contente pour négliger de tenir sa parole, — elle fit venir du pays lointain le jeune homme plus beau que le jour. Il parut dans la chambre, couronné de boucles d'or, et s'agenouilla devant sa bien-aimée, ayant dans le cœur d'infinis trésors de tendresse. Mais, à ce mo* ment, survint un ford laid personnage, vieillissant, l'œil chassieux, la lèvre fanée ; il portait, dans un cofiret ouvert, tout un million de pierreries. La jeune fille courut à lui, l'embrassa, et le baisa sur la bouche d'un si passionné baiser que la pauvre petite Oriane mourut étouffée dans la fossette du sourire*
Ov