‹ Les contes rémois (volume 2)Chapitre 18 sur 33 · L'ÉPOUX MAL VENGÉ · texte numérisé non relu

L'ÉPOUX MAL VENGÉ

Un cuirassier à l'annure dorée, Pour égayer les ennuis de la paix, Voulut aimer. L'amour d'un de ses traits Le blesse au cœur. Mais la femme adorée, Belle épiciè e, est cruelle à l'excès.

12S CONTES REMOIS.

Flore est son nom. En vain l'homme de guerre Tourne la place, assiège et met au jour Contre ce roc l'arsenal de l'amour :

Le fort tint bon. L'imprenable épicière Un beau matin lui donna son congé; Puis elle vint^ d'un air tout affligé.

Se plaindre à Jean. Le fler mari s'enflamme, Frappe du pied, prend à témoin sa femme Qu'il a du cœur et saura se venger.

« Oui, je le peux sans courir de danger, « Mais, pour cela. Flore, il faut être fine.

« Quand le galant viendra chanter mâtine, « Car il viendra (les amants sont si fous), « Changez votre air, faites -lui douce mine, « Et pour le soir donnez -lui rendez -vous.

« Si pour conclure il demandait en somme « Quelques baisers, pour le mieux abuser « Donnez-les-lui. J'ai pitié du pauvre homme « Quand il saura ce que coûte un baiser. »

L'ÉPOUX MAL VENGÉ. Ii3

Flore promet d'être en tout point soumise.

Le lendemain^ à peine il était jour

Que l'amoureux lui reparlait d'amour.

La Champenoise, en femme bien apprise^

Fait la fâchée et puis se radoucit.

Elle refuse un baiser qu'il demande;

On le lui vole, elle gronde et sourit.

La belle enfin s'apprivoise et s'amende

Jusqu'à donner chez elle un rendez -vous.

« Venez ce soir, » dit l'épouse docile,

« Lorsque l'horloge aura frappé huit coups.

« Ne craignez rien, mon mari soupe en ville. »

Le cuirassier, ivre de son bonheur,

Retourne au camp, va, vient, court, se promène,

Maudit l'horloge, accuse sa lenteur,

Et jusqu'au soir est comme une âme en peine.

Quand le mari par sa femme eut appris

Qu'au rendez -vous Tamant devait se rendre :

12i CONTES HÉMOIS.

tt Eh quoi! » dit -il, « il suffisait de tendre « Un simple lacs pour que l'oiseau fût pris?

« A le plumer il faut que je m'apprête. »

Une heure après, Jean, des pieds à la tête Bardé de fer, n'est plus un épicier ; C'est Galaor prêt d'aller en conquête.

Flore triomphe et sourit au guerrier.

« Femme, » dit-il, « si l'insolent s'entête, « Voici de quoi le mettre à la raison. »

Il lui montrait im énorme espadon.

En ce moment quelqu'un frappe à la rue :

« Avant d'ouvrir, dans l'alcôve du lit « Cachez -moi bien : mais au moindre délit « Vous me verrez lui sauter à la vue. »

Le cuirassier, par la femme introduit, Jusqu'à sa chambre à pas de loup la suit, tt Sommes-nous seuls?» dit-il à Tépicière.

Flore hésitant : « Oh ! parle, sois sincère ;

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