‹ Les contes rémoisChapitre 38 sur 98 · L'ENFANT INTRÉPIDE · texte numérisé non relu

L'ENFANT INTRÉPIDE

D'humeur égale, active, bienveillante,

Sur leurs besoins a toujours l'œil ouVerl : Bon lit, bon vivre, et parfois au dessert Un plat sucré leur fait bénir Jeannette. Ils l'aimaient donc; la joie était complète Quand, le dimanche, à leurs plaisirs d'enfants Elle mêlait sa gaîté de seize ans.

Notre pasteur, un jour qu'à la grand' messe Plusieurs s'étaient surpassés au lutrin.

Après dîner, pour complaire à sa nièce. Dit qu'on prendra le dessert au jardin. Grande est la joie : on s'arme de corbeilles. En gambadant l'on arrive au verger.

C'était le mois où le vert cerisier Charme les yeux de ses boules vermeilles. Chacun de l'arbre embrassant les contours Fait pour grimper un effort inutile.

Quand, d'une échelle empruntant le secours.

Sur les rameaux Jeanne a pris domicile. Aux écoliers soudain sa main agile Jette au hasard le fruit tant désiré.

Mais les plus mûrs sont pour notre curé, Qui, sous la branche où va se percher Jeanne. Les yeux en l'air a tendu sa soutane.

Après le fruit, comme un oiseau léger.

Dans le feuillage on la voit voltiger.

Mais de son arbre enfin la ménagère

En descendant s'accroche et montre au jour

Ce qu'une fille, encore avec mystère,

]Se montre point, si ce n'est à l'Amour.

A cet aspect, d'une voix de tonnerre

Le curé crie : « Enfants, baissez les yeux !

« Ou vous perdez la lumière des cieux. »

Tous aussitôt ont le front contre terre ;

Mais le plus grand, loin d'imiter chacun.

Fermant un œil, répond : « Moi, j'en risque un: »

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Kl sans pâlir, bravement il vous lorgne L'endroit fatal qui doit lu rendre borgne. Il suffira sans doute à mon lecteur De ce seul trait, pour reconnaître un cœur Oui n'est pas né pour l'office de prêtre, Mais qui, de Mars un jour le compagnon, Dans cent combats, en dépit du salpêtre. Saura braver la bouche du canon.

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