OUI NOURRIRA L'ENFANT
Dans son enclos, grimpé sur un poirier, Jean de ses fruits remplissait un panier. Passe un galant, d'humeur vive et légère. Parlant d'amour à fille de vingt ans.
Quand le parler sourit à deux amants.
Et que le lieu leur paraît solitaire.
Ils sont bien près du moment de mieux faire.
Sur le gazon le couple va s'asseoir.
Ils folâtraient précisément sous l'arbre
Qu'habitait Jean. Lui, plus muet qu'un marbre.
Est tout oreille et tout yeux pour les voir.
L'amour est doux, mais parfois il amène.
Neuf mois après, plus d'un regret cuisant.
Lise déjà s'en tourmente, et, pleurant,
Dit à l'ami : « Qui nourrira l'enfant
« Que tu m'as fait? — Ne t'en mets pas en peine,
« Va, c'est celui qui de là-haut nous voit, »
Répond l'amant, montrant le ciel du doigt.
« — Moi ! cria Jean, vous me la baillez bonne :
(i J'ai bien assez, sans prendre ce surcroît,
« De nourrir ceux que ma femme me donne. »