Novembre 1667 (RoBiNn
Qu'il soit batu par nos François.
Qu'il y songe , c'est son afoire :
Et moy. je m'en vais . sans mystère, 145 Fîiùr par an Evénement
Qu'on me conta dernièrement.
Le Cartsl UK8 âpbt.
Un Quidam , qui trancboic du
[Brave Comme un Espagnol de port grave.
Et tirant sur l'air fanfaron ,
sf o Soit qu'il fût Comte ou fût Baron , Ayant, pour matière légère, Fait un autre appeller, n'aguère , Pour se batre , vers Bagnolet , A coups d'Epèe & Pistolet ,
3JJ Et, ce dît-on , à cheval même , Celui-d , sans parêtrc bl£me , Receut gayement le Cartel , Qui luy fiit porté par un tel , Et fit , en souriant , réponse
a6oQue fort lui plaisoit la Semonce.
Le Fier-à-Bras ne manque point, Etant équipé de tout point [Geoi^, Et monté comme un vrai Saint- De se trouver au Coupe-Gorge ;
aé3 Et l'autre , non moins ponctuel , Au temps & lieu de leur Duel Se rend aussi , je vous assure , Mais sur une pire Monture Que la Monture à Dom-Guichot ,
170 Qui n'alWt le pas ni le trot , Avec un ï^iolet de Baie .
Une Bréte rouillée & sale , Et, tant seulement d'un côté , Un méchant Eperon croté ,
•75 Sans avoir Bote ni Botine :
Hé bien, n'avoit-il pas grande mine ?
Or, faisant beaucoup l'étonné De voir ce grand Déterminé, 11 l'apostrophe en ce langage.
iSo € Ho, bol Monsieur, quel Equîpagel » Je vous jure , par le Soleil ,
* Que je suis peu vôtre pareil,
» Et que je ne scaurois me batre
* Si vous ne voulez en rabatre.
185 > A pied, s'il vous plaît, batons-
nousl » — « Je le veux aussi bien que vous, » Dit ce Capitan Matamore , Qui n'êtoit rien qu'une Pécore , « Mais, sur mon Dieu, je ne le puis,
190 > Etant bote comme je suis. »
« Hé bien, «ditl'autre, d'Ame caûte, » Je veux tnen vous tirer la Bote. »
Il y consent, & celui-ci , Qui n'attendoit rien que ceci
199 Pour lui jouer un tour à rire .
Seulement a demi la tire Et , le laissant désespéré D'être de la sorte empêtré , Sur son Cheval monte au plus vite
j(w Et , tout franc , gagne la guérite.
En Novembre , le vin^-&-sïx , Je fis ces Vers , étant assis , Ftour son Altesse HHinuBTTE-AinfE , Plus adoraUe que Dune.
A Paru, ekt^ Ck. OmumU, Imp. A La., nuitU HthtUi. Âvu PnviUgi dt Se MajtiU.
.yGOQl^lC
LETTRE EN VERS A MADAME
[Par CatiLii ROBINET.] Du 3. Décembre 1667.
O Toy qui , chaque Jour. £û> un brillant Biouac ,
Phœbus. dont lei Rayons sont si chauds dans 1' ArntiqnB,
Fais couler dans mes Vers ta divine MutiQirB ,
Et les rends , on un mot , polis &. sans Michuc
1 Fais que , jusques aux Lieux d'où nous vient le. . . T&uc ,
On en trouve la Rime & belle & Pouthiue,
Et que le grand Objet pour qui je les El Beique
S'en puisse divertir, non Ab Doc & Ab hac.
Bel Astre, des Jours courts le lumineux Rbmék,
■« Cher Fils du Ravisseur de l'Enfent GumifàiK,
Inspire , inspire moy mille jolis R£k»,
Phcebus, si tu le fais, en mangeaatmon. EtxuKns,
J'en bois k ta santé six coups . demain..' Diiumcbe;
Oui . je te le promets , foy d'Autheur de Bnos.
15 Samedy, MomtBtm Â'-Madahb , Si bien unis de Corps & d'Ame , Et dont les beaux Individus De tant d'Appas sont revêtus , Fêtoyérent , d'un charmant stile ,
M Dedans leur pompeux Domicile , Nds visibles Divinitez .
A sçavoir les deux Majestbz.
Pour Prélude , la Symphonie , Sans faux ton ni cacophonie ,
'^ Les ravit , ainsi qu'autrefois , Apeu prés. Monsieur Saint François Fut ravi d'un Concert céleste ; Et , sans railler, je vous proteste , A part la Musique des Cieux ,
jo Que rien n'est plus mélodieux Qu'êtoit cette douce Harmonie Et merveilleuse Symphonie , Que conduîsoit le Sieur Richard, Qui devroit devenir Richard
JïPar la Symphonique Science, Où l'on peut dire , en conscience ,
Qu'il est un moderne Ampbion, Un autre Orphée , un Ariou :
Mais les anciens Epîthetes
40 Des Musiciens, Peintres, Poétei.
Sont, quanta la pluspart d'entr'ou.
De bons Biberons & de Gueux.
Après ce musical Régale , En ualerie , & non en Sale .
45 Pleine de Miroirs & Bufos , Qui pour rien n'ont pas été faits.
Et . ce soir-la , plus éclairée Que n'est pas la Voûte azurée Pendant les plus seraines Nuits ,
jo Par ses Flanî^aux épanouis Et ses éclatantes Etoiles, Pénétrans les nocturnes toiles ; En ce Lieu , dt-je , de Boybh .
Digne d'un étemel loyer,
jjOn ouit un Poëme tragique.
Dont la Rime est riche, énei^ac Et pleine d'élévation ; Je puis sans adulation
36o. — Du 3. Doecmbre 1667 (RoBiNn).
En amuer ce que j'avance ,
60 Et sOn Renom qui me devance En peut faire concevoir plus.
Pour le reste , comme je tus Avec un peu trop de Paresse Et ches lune& chez l'autre Altessk,
<j Je me trouvé si mal posté Que je ne pus , en vérité , Lorgner la Troupe Théâtrale ; Mais ce n'fitoît pas la Royale , Ni , je vous eq donne ma foy,
70 ParaUement celle du Ro^.
En suite, dans une Antt-chambre, Qui senK>it la Civette & l'Ambre , Les Escarpins on exerça , C'est ctMsme dire qu'on dança ;
7) Et le Bal s'échauffa de sorte , Du moins comme on me le rapporte (Car, pour moy, je n'en estois pas] , Qu'en figurant toujours des Pas , La Nuit , lors belle claire-brune ,
Bo Car il faisoit grand dair-de-Lune , Arriva dedans son Milieu.
Alors , je pense , en autre Lieu L'on alla bire , sans scrupule .
Ample & magnifique Crapule ,
85 Et , chacun ayant de tout^jxiint Très-bien rembourré son Pourpoint D'une quantité de viandes , .
Qui des Bouches arcbi-firiandcs , Sont , non pas sans frais & sans
[coâts,
90 Tous les jours les nouveaux Ragoûts, Rot, Rktne & toute la Séquelle , Tant Jouvenceau que Jouvencelle, Alla , de jour, & non de nuit , Trouver Dimanche dans son lit.
9) Mais, ce Dimanche, par mon ame, li blut bien changer de game , Car, comme il étoit de l'Avant Le premier, qui marche devant , Il fallut , en cène journée ,
looOuir prÂcher, l'apres-dinée , Sur le grand Jour du JoGKMBtfT, Entretien de peu d'agrément Et qui (la chose est bien certaine) Trouble fort toute ame mondaine.
10; Don CÔMB , ie grand GâNtiuL , Dessus ce sujet si Moral , Discourut , en citant maint Père , Tout-à-^t de noble manière ,
Et , par ses beaux raisonnemens
1 10 Et ses merveilleux Argumens, Tous cimentez d'une doctrine Energique autant que divine , Fit voir ie bec-jaune , en ce jour.
Aux Esprits forts de nôtre Cour .
113 Qui ne croyent ni Diso ni Diable Et prennent tout pour une Fable.
Ouy, je croy que, par ce qu'il dit , Sans nul doute , il les confondit :
Mais sçavoir si leur conscience
rioEn fut portée à repentance :
Je puis dire , sans rien d'absurd , Que ce n'est pas un cas trop sûr.
Mais que ce rare Evangetiste Marche toujours dessus sa piste ,
11; Et fasse pendant ces Avans
Toujours de ces Discours sçavans ; Peut-être qu'un de ses beaux Prêches Convertira de ces RevSches , Et peut-être que non , aussi ;
ijoMats qu'il en soit hors de soucy, Car, commea Dieu seulil veut plaire, Il en recevra le salaire.
Le Lecteur pourra s'étonner De me voir ainsi sermonner,
13$ Et dire , en m'envoyant au Peautre, Que je fai bien le bon Apdtre; Mais je l'avertis que voia Vray'ment le temps d'agir ainsi , Puis qu'il plaît a nôtre Saînt-PÉas ,
i4oCbef de l'Eglise nôtre Mark , De nous donner un Jsbilé , Par qui le Pécheur, plus brouillé Avec son adorable MaÎtrk , Peut dans sa Grâce se remettre ,
US S'il veut , pleinement , pour jamais , Sans aucun Si , ni Car, ni Mais.
On en publie Ici la Bols , 0£i l'on void , dans le Préambule , Les beaux Moti& qu'a Clément neuf
I )o D'accorder ce Jubilé neuf; Et de nôtre Prélat, si sage Et si merveilleux Personnage , On y void joint le Mandement , Qui nous prescrit fidellement
I a Ce qu'en tel cas il nous faut faire. Lecteur, suivons ce Formulaire Pour devenir tous Gens-de-Bien ,
io3 a6o. — Du 3. Décembre 1667 (RoBoin').
Et , ce faiMat . nous ferons bien. mj CondRoérent diez le Rot
De parétre en fon beI-«rroy.
Ledit grand Prélat Pehefixe ,
> Par un Ordre solide & fixe , Et , bref , émané de ses mains , Défend à ses Diocésains D'acheter, ni lire , ni suivre
Du Port Royal un certain Livre , i Où l'on croid avoir nullement Traduit le Nouveau Testament , Quoy tju'on voye qu'avec emphase On n'ait fait qu'un beau Paraphrase, Au lieu d'une Traduction
> De la naïve Diction. [baise
Pour moy, tré»-fort les mains je Au Port-Royal , ainsi qu'à Bése .
Et qu'à Calvin & qu'à Luther ; Et je dis , tout net & tout clair, i Que , certe , il est certaines choses Qui doivent £tre Lettres closes
Et des NoU-HE-TAKGÉRé
A l'Esprit le plus éclairé , Et que sinistre est la mé^ode
I De vouloir tout mettre à la mode.
Ainsi je signe , avec Ségdier , Sur ce Point pieux Chancelier, L'Arrest du Conseil donné contre ; Et qu'on sçache, en cette rencontre,
j Que je veux éviter le Sort D'aller faire Naufrage au Port.
Lundy dernier, de compte juste.
Dedans nôtre Sénat auguste , On ouyt deux rares Discours
19a Qui n'étoient pas d'à tous les jours ; L'un de ce Personnage insigne , Son Premier Présidant si d^ne Et de si célèbre renom , Sçavoir Monsieur de Lahoiohon ,
195 L «uire de cet excellent Homme Qui n'a point , d'ici jusqu'à Rome , En Eloouence son égal , Talon , l'Avocat Général.
Or, te Sujet ou la matière ,
MO Sur qui tous deux prirent carrière Aussi dignement que jamais , Etoit l'Ouverture des Plaids.
Mardr, le Bal , la Comédie Et la Chère & la Mélodie,
La belle Dame ReDoromée N'étoit pas des mieux informée Quand , n'aguére , elle rapporu
loCe que Clion vous raconta Touchant le Siège de Candie , Et faut qu'ici je m'en dédie :
Car les aerniers Avis , enfin , Dont )'ay l'esprit assez cbagrio .
I f Disent que la Cent Otomane , Cornue ainsi que l'est Diane , Et Monsieur son PsEnsK-Visa .
Ainsi donc plein d'un grand loisir, Tient encor bon contre la Place .
10 Malgré disgrâce sur disgrâce , Qui rend leurs efforts sans vertu , Ainsi que du Cogne-Festu.
On nous assure que I'Espagme, Craignant la prochaine Campagne 315 Commence de rendre la Paix Le cher Objet de ses souhaits , Et de vouloir avec la France Rentrer en bonne inteUigeace.
Elle fait bien , il est certain .
1)0 De mettre de l'eau dans son vin , Et le Parti qu'elle va prendre
Sn le peut aisément conqjrendre) robera bien des lauriers A nos redoutaUes Guerriers.
1)3 Ce n'est pas pourunt chose fùxt:
Je feray plui d'une Gasme Avant ^u'on en arrive là ; Mais laissons ce Chapitre-lA.