Les continuateurs de Loret. Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689)
Le volume que nous publions aujourd'hui contient la suite des gazettes rimées, depuis le i®"" juillet 1666 jusqu'au }f décembre 1667. Là copie en était entièrement prête , les premières feuilles en étaient même composées lorsque le baron James de Rothschild a été enlevé par une mort si prématurée aux études historiques et littéraires. Nous avons fût de notre mieux, en nous inspirant de son souvenir et de son exemple» pour mener à bonne fin l'impression et pour dresser les tables sans lesquelles un ouvrage de ce genre ne peut avoir une véritable utilité <0.
Les principaux événements qui remplissent le second semestre de Tannée 1666 et Tannée suivante sont : la guerre entre l'Angleterre , la Hollande et la France, guerre à laquelle mit fin le traité de Breda (31 juillet 1667); la guerre entre l'Espagne et le Portugal; la lutte entre le roi de Pologne Jean-Casimir et les partisans de Lubomirski . le siège de Candie par les Turcs; enfin la revendication faite par Louis XIV d'une partie des Pays-Bas espagnols, et la prise de possession par Tannée française d'Arras , de Douai , de Lille , etc. A côté de ces hits qui occupent naturellement là plus grande place dans nos gazettes , n convient de citer les mariages du roi de Portugal et de l'empereur , la mort du pape Alexandre VII et Télection de Clément IX , la chute du chancelier Clarendon , etc.
(1) Noos Mwcna Intercalé dans la table alphabétique quelques corrections au tome I. Voy. notamment ics articles Bëuam, MimardemirChampri et yiii.
m AVANT-PROPOS.
Les nouvelles étrangères tiennent une grande place dans les lettres en vers comme dans la gazette en prose. Ces nouvelles avaient d'autant plus d'intérêt pour les lecteurs que jamais la diplomatie française n'avait joué un rôle plus actif ni plus brillant. Servi par des agents d'un dévouement et d'une habileté incomparable, Louis XIV était alors l'arbitre de l'Europe. Sans connaître le détail des négociations confiées aux Lyonne, aux d'Estrades, aux Courtin, aux Grémonville, aux Retz et à tant d'autres hommes d'une habileté consommée , on pouvait constater l'ascendant que la France exerçait sur la Hollande, l'Angleterre, la Suède, le Danemark, la Pologne, l'Allemagne, l'Italie et le Portugal. Ainsi s'explique la prédilection d'un grand nombre de lecteurs (prédilection à laquelle les gazetiers font eux-mêmes plus d'une fois allusion) pour les informations venues du dehors.
Les nouvelles de l'intérieur concernent spécialement la cour. A côté des menus faits de la vie du roi , du dauphin , de Monsieur, de la reine et des princesses , nous y trouvons des renseignements sur les occupations et surtout sur les plaisirs des courtisans: chasses, bals, concerts, comédies. Les noms de Corneille, de Molière, de Racine, de Vi^ reviennent fréquemment sous la plume des gazetiers , qui nous parlent longuement à* Attila , du Médecin malgré luy, du Sicilien, de Tartuffe, âtAndrmiaque , de La Veuve à la mode, etc. Un sujet sur lequel ils ne se lassent pas de revenir rc'est le Ballet des Muses. Les détails qu'il» nous donnent sur ce magnifique divertissement n'ont pas tous été relevés par tes historiens du théâtre : ainsi personne , à notre rannaissance , n'a cité le passage où Robinet parle des deux pièces composées par (^inault pwr le ballej 0).
Parmi les détails curieux pour l'histoire des mœurs nous n'ea relèverons que deux : le comniencement de la modç du café (^) et l'inai^uration de l'éclairage public à Paris (').
(i) Les deux pièces de duinault , représentées par les comédiens de rhdtel de Bourgogae , ne peuvent SToir été que Us Poètes et Les OraUurs latins et Us Philosophes grecs, Voj. U lettre du 12 Juin 1667. col. 878.
(2) Voj. la lettre du 2 décembre 1666. col. 525.
0) Voy. la lettre du 29 octobre 1667, col. 1068.
AVANT-PROPOS. vti
Les 126 lettres qui composent le tome II sont dues à trois auteurs (tiflèrents: Sublîgny, La Gravette de Mayolas et Robinet. Subligny continue la Muse de Cour pendant tout le second semestre de Tannée 1666; û se repose pendant le mois de janvier 1667, ou plutôt il con^cre tout son temps à la réimpression de ses lettres qui portent désonnais le titre de Muse dauphine ('). Il reprend sa gazette ordinaire au commencement de février; mais, en dépit de la faveur du 'roi et du dauphin, il est bientôt obligé de l'interrompre. Les lettres qui nous sont connues s'arrêtent au 7 avril 1667.
Nous ignorons pour quels motifs Subligny abandonna sa publication. Il est possible que sa gazette ait disparu faute de lecteurs , car le poàte lui-même se plaint de ce que le public répond mal à son appel (>) ; il est possiUe aussi que certaines épigrammes sur des personnages haut placés de la cour aient paru inconvenantes dans un recueil dédié au dauphin, et que la Muse ait été interdite par mesure de police. Subligny fait directement allusion à des plaintes qui auraient été portées contre hiiW, et, quand on voit, par exemple, avec quel sans-gêne il parle de la jeune comtes de A^ontlaur (-♦),. on n'est pas trop sijrpris de ces réclamations.
L'Ig^fiothèM de tu su{^ession nous parait d^autam plus probable que cette mesure aurait coïncidé avec l'entrée en fonctions de M. de La Reynie comme lieutenant criminel; or, cet impitoyable magistrat s'occupa tout d'abord de la presse , se fit communiquer des numéros <fes divers journaux qui paraissaient alors et les soumit à un examen aévère. Il n'y eut pas jusqu'à Tinoffensif Robinet qui ne tremblât de voir supprimer ses lettres^'). Cette crainte est peut être le principal motif pour kquel legazetier consacre de fréquents paragraphes i la louange du chef de la police (^).
(1) L'achevé d'imprimer de la réimpression est du 7 février 1667. Voy. tome 1 , col. 909.
(3) Lettre du ao décembre 1665 , toiAe I, col. 533. (1) Lettre do 24 mars 1667, col. 749.
(4) Lettres da 34 février et du 17 mars 1667, col. 677, 7J5.
(5) Vojr. la lettre du 3 avril 1667, col. 777.
(6) Voy. col. 806 , 875 , 910 , 1067.
vm AVANT-PROPOS.
Il n'est pas impossible que les lettres de Mayolàs se soient continuées jusque vers la même époque ; cependant celles que nous connaissons ne vont pas au-delà du 19 septembre 1666. L'exemplaire de la Bibliothèque de l'Arsenal s'arrête au même point que celui qui fait partie de la collection de M. le baron James de Rothschild. Bien plus» le lecteur qui a formé ce dernier recueil l'a continué , après quelques semaines d'interruption , à l'aide des lettres de Robinet (■), ce qui semble bien démontrer que la gazette de Mayolas avait cessé d'exister (^).
Le plus régulier de nos auteurs burlesques est Charles Robinet qui ne prend aucun repos pendant les dix*huit mois qui nous occupent et rime en conséquence 78 lettres.
C'était renouveler l'assiduité et le succès de Loret; aussi Robinet» parlant des vers qu'il adresse à Madame , dit-il avec satisfaction dans sa lettre du 22 novembre 1667 •
Depuis qu'ils sont à vous on a vu , sans Remède , Cinq Muzeurs , y compris un fameux Ganimède , Donner du Nés en Terre avec leurs beaux Rébus.
Quels étaient ces << cinq museurs » ? Nous pouvons bien citer Mayolas, Boursault et Subligny, mais nous avons vainement cherché qui pouvaient être les deux autres. Nous avions espéré trouver quelques renseignements dans les registres de la corporation des libraires de Paris; cet espoir a été déçu. Pendant les années 1665 , 1666 et 1667 les seuls privilèges relatifs à des lettres en vers qui aient été présentés au syndic de la librairie sont celui de Mayolas, enregistré le 8 juin 166$ (^\ et celui de Subligny, enregistré le 17 mai 1666 (-♦). Robinet, qui avait
(i) Vojr. col. 394.
(3) Peut-être rimprimeur Charles Chenault fit-il continuer par quelque autre auteur les lettres de Mayolas. Il avait un public qui tenait à ce genre de productions; aussi se rendît-il acquéreur, au mois de juillet» des Uttres eu vers à Madame que Robinet avait jusque là fait débiter par Fr. Muguet. Voy. col 917.
(5) Bibfioth. nat., ms. franc, n^ 21945 , fol. 39.
(4) Ibîd., fol. 48 , V>.
AVANT-PROPOS. a
obtenu un privilège le lo décembre 1665 (0, négligea de le faire enregistrer. L'omission de cette formalité devait lui causer dix-neuf ans plus tard de graves ennuis lorsque , après une longue interruption , il voulut faire revivre sa gazette (*).
Robinet montrera pendant sept ans encore la même régularité ; aussi ses lettres furent-elles véritablement populaires quoique le nom de Fauteur fiit à peu près inconnu (3). La meilleure preuve de cette popularité, c'est que les épltres de Robinet furent réimprimées en Hollande. Lui-même se plaint du procédé du libraire hollandais , qui pourtant oe devait nuire qu'à l'éditeur parisien et ne pouvait atteindre le poète U). Ce fut pendant la campagne de Flandre que le libraire Corneille Jansz, qiû publiait X^Gazette d* Amsterdam , eut l'idée de donner à ses abonnés, sous forme de supplément, une réimpression des lettres en vers. On lit dans le n"" de cette gazette qui pprte la date du 15 septembre 1667: «^ Les curieux auront à l'heure de la bourse la Gazette burlesque de Paris, n Le n"" du 22 septembre de la même année porte : « Vous aurez
(1) Vp7 cerne 1 , col. 489.
(3) Le aenl sntcvr auquel noof ayons pensé pour compléter la liste des cinq « museors « est l'airocat hrbier d'Aocour, à qui Ton attribue divers écrits en vers buriesquss. Sans parier de YOmguitU paar Im èréimre mt Stcrttpoar twipiekir UsjésMiigs de brûler Us livres (Paris, s. d. [1664] , iB-4 et in-ia) , on nage parmi ses oufiages une Lettre em vers libres à «a amjf sur le retranchement desfestesparM, Perefixe» vAgviqme d€ PmriSt lettre dstée du s8 décembre 1666 » qui parut au commencement de 1667 et qui a élé rcprodaite dans le TnUeem de la vie et in gonvememeni des cardinaux Richelieu et Ma^arin et de Cêiheri (Cologne , P. Marteau , i693< pet. in-8 , 304), et une Lettre en vers libres à un amy sur le mande" meni de M. Farduviqne de Paris portant d^ense de lire le Nanveau Testament traduit en français , imprimé à Mam (Paris , 1668 , in-4). Ces deui éphres se rapprochent besucoup du genre de nos gazetiers, bien qu'eues ne portent que sur des faits particuliers et différent par cela même d'un journal. On doit au mimtt Barbier d'Aucour divers opuscules qui ne manquent pas de rapports avec ceux qui composent le higage littéraire de Robinet ; on en trouvera la liste dans les Mémoires de Niceron , XII 1 , 323-327, et haa te DicHûumsire de Chaufepié, art. Barbier. M. Ch.-L. Livet croit que Barbier d*Aucour est l'auteur éei ObtfervmHùUS sur mue comédie de Molière intitulée le Festin de Pierre , critique publiée sous le nom d'un âear de Socbenoiit , d'ailleurs inconnu. Vojr. Œuvres de Molière , éd. Despois et Mesnard* V, 41.
(3) Ce qui montre bien que le public ne connais«ait guère le rom des auteurs qui rimaient les gazettes, c'eit qae Foucault , ayant acheté la charge de procureur>|^u roi aux requêtes de l'hôtel , rapporte dans ses Mmetret ^ik a L^ret ^ lui consacra quelques vers ; or, c'est dans les lettres de Ma/olas et de Robinet ,
âi-eept aaoia après la mort de Loret , que se trouve Aipportée l'entrée en charge de Foucault. Voy. la
^k eiphabétiqae » article Foucault.
(4) Voy. i« lettre du 8 octobre 1667, col. 1038.