Du 21. Novembre 1666 (Robinet
25oContenant la Trahison noire D'un Aristb , son Agcordé , Qui , par un tour de Débordé , ^rés son Contract Ta (quittée , Et qu'ainsi , d'une ame irritée ,
155 Elle va cherchant , à dessein De lui mettre un fer dans le sein.
Elle en auroit dit davantage , Sans qu'il survint un autre Orage , Nommé TOrage des Filous ,
260 Ausquels il falut • filant doux , Sacrifier deux ou trois Bources , Qui pour l'heure étoyent leurs re-
[sources.' Ensuite • un terrible Taureau , Bien moins ajgréable & moins beau
265 Que celui oui dessus sa crôpe Ravit jadis la Nymphb Europe , Vient tout à travers les Guerez , Guidé par le Destin expréz , Qui , de ses deux Cornes mortelles ,
sToEventre une des Arridelles Par qui ce Coche infortuné Est langoureusement trainé.
Mdgré pourtant sa tricherie , On arrive à l'Hôtellerie ,
t750ù chacun se propose enfin D'adoucir un peu son chagrin ; Mais à grand'peine est-on à Table
Qu'avec un bruit épouvantable Une Troupe de Cavaliers ,
aSo Ayans quité leurs Etriers , Entrent & sans cérémonie Lorgnent toute la Compagnie , Qui , les iprenans pour des Voleurs , Par ses cns explique ses peurs.
285 Mais Elle en est bien-tôt remise , Passant des peurs à la surprise , Quand l'un d'eux, prenant au Collet Tant l'Hermite que le Cadet , Leur dit à peu prés ces paroles :
390 « Ah 1 vous voici donc, bonnes Foies » Que nous cherchons depuis deux » Et voila de vos galans tours. Hours, » Sus, venez, mes Dames nos Filles, » Tristes Fléaux de deux Familles ;
395 » On s'en va vous mettre en un
[Lieu »
Sans achever, il dit Adieu Et se retire de la Sorte Avecque toute sa Cohorte , Et ce qu'icy j'ajoute encor
300 Est ûue ladite Arthemidor Est de Fontainebleau Native.
Là s'achève ma Narrative , Et , Quand le surplus je s^uray , Mes Lecteurs j'en informeray.
Les trois cent j'ay passé sans doute , Mais quov? je ne sçaurois finir Quand vôtre belle Altesse ou me lit ou m'écoute , Et je voudrois pouvoir toujours l'entretenir.
J'ay condud ces Récits le vingt du Mois Onzième , Quelques Ans après mon Bâtéme.
4 Pêtù^ Oui F. Mngiut, rue dé la Harpi , aux irais Kois, Avec privilège du Roy,
(Biblioth. nat., Le^, aa. Rét. — Biblioth. de M. le baron James de Rothachtid.)
LA MUSE DE LA COUR
, [ Par PERDOU de SUBLIGNY. J
XXVIL SEMAINE.
Du Jeudy vingt- cinquiesme Novembre i666.
A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN
Je vous écris à Saint-Grrmaik Ce que je vous dois d'ordinaire , Mais c'est d'une étrange manière :
Je trace mes vers d'une main 5 Et , de l'autre , je voy les pièces d'écriture
D'un procez qu'on me fait par méchanceté pure. Sollicitez pour moy, vous dirois-je aujourd'huy ; Mais j'ay qui me peut rendre un bien meilleur office Et qui , sans vous choquer, fera mieux mon appuy : lo J'ay la Candeur du Juge & sa rare justice.
Je devrois bien vous aller voir Et m'acquitter de mon devoir Vers vostre Maman Mareschale.
Je vous néglige par excez ; 15 Mais quand vous aurez des procez ,
Je vous permets , Sbigneur , une paresse ^ale.
Ne laissez pas que de m'a^rmer :
Je seray bien-tost hors d'affaire ; Mon sort n'aura plus rien d'amer, ao J'auray mieux le temps de vous plaire;
Je n'auray plus à me crotter Le long au Quay, des Galleries , Quand il faudra solliciter Pour répondre à des fourberies, aj Par parentese , Monsbignettr ,
On connoist bien-tost ceux qui sont de la faveur. Car on n'oblige pas le Roy comme les autres ^ De faire balayer devant son bastiment , Et l'on le fait exactement 30 Tous les matins devant les nostres.
BC t^orlent simplement \XV\. Semaine. | 14 >f Car je vous n^Iige à l'ezcez.
497 194- — ^u ^5* Novembre i666 (Subliony). 498
Mais revenons à nos moutons.
Je ne seray donc plus si maigre ny si mince , Et peut-estre alors , mon beau Puncb , Vostre Muse aura des tétons.
35 Nous dismes fort peu de Nouvelles ,
S'il m'en souvient » Jeudy passé ,
Mais aussi je fus traversé
D'avantures je ne sçay quelles ,
Qui fatiguent jusqu'à l'excez io Quiconque songe à des procez.
Disons-en cette fois de belles
Pour reparer ce deffaut là :
J'ay tout ce qu'il faut pour cela ,
Jusqu'aux Nouveautez de Ruelles.
4) Enfin MoNSiBUR de Caroivy
A donc les Médailles en ^de ?
Hé bien , Prince , j'en suis ravy.
Qu'à jamais le bon Dieu le garde
Du sort étrange & bien nouveau 50 Du mal-heureux Abb£ Brunbau 1
Je manquay bien , je vous l'avoue , Quand je vous dis que cet Abbé Avoit , l'autre jour, succombé Sous trois voleurs , dont l'un seroit mis sur la roue. 55 Un meurtrier tout seul , que mesme on croyoit fou ,
Pour le moins , autant que filou , Fit ce massacre épouvantable , Et j'allois pour vous en conter L'histoire toute véritable 60 Quand un petit Barbon me la vint contester.
« Ils estotent trois », dit-il ; « j'en viens de voir moy-mesme
» Un qo'on a pris ; l'autre est sauvé > Et l'autre , s'écHAPPANT d'une vitesse extrême , » De trois coups de Mousquet est chû sur le pavé. » 65 « C'est donc la vérité , » luy dis-je ?
€ Oui » , répondit-il , « tout de bon. » Or jugez si l'erreur est un si grand prodige , Et qui ne croiroit un Barbon r
Je n'en croiray plus que moy-mesme.
70 Changeons cependant d entretien.
On dit que I'Anglois ne vaut rien , Qu'il est plein d'un orgueil extrême , Et que son extrême fierté
U^ Onmt pourra voir des tctons.
^ A jmquet à l'excès.
*fiA TosjoQrt quiconque «des procez.
♦5 ^ M Calcavy.
58 A Et j'allois ainsi vous conter.
72 A Qu'il est tousjours fier à l'extrême
73 A cette extrême.
499 ^94* ""* I^ ^'* Notembre 1666 (Sobliont)* 5oo
Hors de Londrb , en un mot, ne Teut pas de traité. 75 A vostre avis. Dauphin , n'est-<e pas bien répondre
Et s'ei^quer sur tin tel point?
C'est à dire qu'il n'en veut point , Car qu'il nous dise un peu dans quel endroit est Londui.
Cela portera les Estats 80 A faire enfin si bonne guerre
Que les Fiers-à-bras d'ANGLETERRS Voudront faire la paix auand on ne voudra pas. Pour le Printemps prochain tout le monde s'appreste A combattre plus que jamais 8^ Et , quand on aura fait des firais ,
En vain ils chercheront quelque prétexte honneste A détourner le coup <jui les menacera On leur dira : « Messieurs » vous avez fait la beste ; » Le Loup , Messieurs , vous mangera. >
^ Quelqu'un m'est vrarment v«iu dire ,
Que le grand nombre de Vaisseaux Que les Estats mettront au Printemps sur les Eaux Ne les devra point faire rire.
On assure , DAUPmN charmant »
95 Qu'ils auront sur cet Elément
Prés de cent soixante Navires ; Que nous aurons aussi bien qu'eux , Sous des Chefs des plus belliqueux , Des Vaisseaux suffisans à gagner des Empires ; 100 Et , oue pour avoir plus d une corde à son Arc ,
Une Flotte s'appreste encore en Dannemarc. Hé ! que TAnglois pense-t'il estre Qu'il croit vaincre tant d'ennemis Et qu'iHure , dit-on , d'envoyer encor paistre 105 Et la Hollande & ses amb?
Il l'entend peut-estre de mesme Que l'entendoit hier un bouffon Qui , raillant plaisamment de cet orgueil extrême : « Vive Dieu I » disoit-il , « le secret en est bon. » 1 10 Le rusé , par cette superbe ,
Sçait qu'attirant les Hollandois Où Londres estoit autresfob , Ils n'y trouveront que de l'herbe.
Le bruit court que le Parlement 115 De sa Majesté BRrrANiQUB
Fait deffence aux Anolois , par Arrest authentiquç , D'imiter nostre habillement.
Cet Arrest fait bien pour nous autres :
90 >l Je me miis vrayment ImÎMé dire. j^ loa ^ ^ C pense-il.
94 A Comment ? on dit, Dauprin charmant.
ioi 194. — Du %i. Novembre 1666 (Si»uoict). 5o9
U m'estoit tousloiirs bien Gascheiix \y> Que des Messieurs basds comme eux
Pussent estre pris pour les Nostres.
U s'y fidt eocor du Can-Can
Entre le Duc de Bouquinxan
Et certains Comtb galîmt homme 115 Qui CoiTTE d'OssERY se nomme.
Ce Comte au Duc a &it appel ;
L'autre a refusé le Cartel
Et , comme Ton feroit en France Depuis qu'on j deffend ce sot ferraillement, 130 En a fait plainte au Parlement ,
Qui , dit-on , en prend connoissance.
Bien des gens , aunans le defily.
Du Duc BouQunnuif disent fy.
Et pensent qu'il ji'a point force esprit dans la teste ; ij5 Mais ces gens , Monssionsur , ont tres-mal rencontré :
Le refus d'aller sur le pré
Marque plutost qu'il n est pas beste.
Pendant que nous parlons d'ÀNOLOis , U faut, Princb , que jt vous die 140 Tout ce que j'en sçais à la fois.
On dit qu'ils ont , par perfidie , Fait une grande invasion Sur les Espaj^ols d'Amérique Et pris avec leurs biens leur habitation. 145 Ce coup-là , Monseigneur , dément bien la rubrique
Qui faisoit déjà croire à tous Qu'ils dévoient se liguer ensemble contre nous. Il est vray que I'Anglois est un Diable en intrigue , Qui soutient, d'un front sans égal , »5o Qu'il n'a point signé cette ligue
Parce au'il ne veut point auitter le Portugal. Voyez la trahbon & la malice extrême De dire qu'il a refusé Ce qu'il leur demandoit luy-mesme !
155 Le Monde est , parbleu , bien rusé !
Le General De Caracbnb A fait un tour aux Portugais , Dont les E^agnols sont bien gais.
U en tua huit cens , dit-on • dans une plaine , '^ Outre quinze cens prisonniers
Qu'il emmena ces jours derniers* Ce Caracbne là n'entend point raillerie Et l'on cËt qu'il a pris , par ces efforts puissans ,
'34 '^ Et cra^pent qu'il n't pat.
5o3 194. — Du a5. Novembre 1666 (SuBLKurr). S04
Le grand Mabtkb d'Artiii.bmb, 165 Qui vaut encore quinze cens.
Si I'Espàone a ce bien , on ne luy doit pas plaindre ; Elle souffre d'ailleurs un assez rude échec -. La peste met Madru) à sec Et de toutes parts s'y ûdt craindre.
170 Elle n'épargne point de rang , Frappant les Grands comme le reste , Et déjà sa force est funeste
A la Marquisb d'Almancan.
Quelles cruelles destinées !
175 Elle n'avoit que quinze années \
Et le CoMTB DE Palme , à qui ces tristes cous
Causent une douleur cruelle,
Estoit promis à cette belle
Pour en estre l'heureux Espoux.
180 Un Marquis , aussi , des plus dignes ,
Qu'on appelle De Guevara ,
Et Gendre du PRnccs de Lignes ,
S'il n'est déjà mort , en mourra.
Quelles grâces , Dauphin , ne devons-nous pas rendre 185 Au Ciel qui , jusqu'icy , nous en a sceu deffendre ?
Cette peste est chez les Anolois , Elle est dans I'Itaue , elle est dans I'Allemagne , Elle règne en Turquie , en Flandre & dans l'Espagne , Et tout visiblement respecte les François.
190 J'ay toutefois au Ciel à faire encor plainte
Du mal dont le Duc de Valois
Sent tousjours la cruelle atteinte :
Six dents luy percent à la fois.
La mort frappe une Créature 195 Parce que souvent la Nature
Est par trop lente en sa faveur;
Mais , loin d'avoir esté trop lente , Si ce Prince mouroit de fièvre ou de douleur, Ce seroit qu'elle auroit esté trop diligente.
200 Monsieur de Bellefons s'en va
Pour croiser le Canal avec Monsieur du Quesne
Et pour se préparer, dit-on , un Caneva
De ce Qu'il prétend faire en la saison prochaine.
Je tiens bien des Anolois à fonds 205 S'ils en rencontrent le Navire ,
Car c'est un admirable Sire
Que ce Marquis de Bellefons.
Il s'est déjà défait de tout son équipage Qui ne luy peut servir dans cet employ Naval ;
171 ^ Frappe. ! 195^ Faute que.
16S BC llADftlC
Digitizèd by VjOOQIC
5o5 194. «- Du 25. Novembre 1666 (Subugnt). 5o6
,10 Mais aves-vous veu le Cheval
Que son affection donne à son Roy pour cage?
On dit qu'il n'est rien de mieux pns ,
Que c'est un Animal sans pris
Et que , si quelqu'un le méprise , )i5 C'est c|u'il est luy-mesme un cheval
Et qu'il enrage que l'on prise
Les qualitez de son égal.
S'il plaist à Dieu , nostre Commerce , * Que TAnglois voit avec douleur II. Sera libre par sa valeur ;
Nos Vaisseaux n'auront plus personne à la traverse Et jusques dans Catbnne on se rendra d'icy. Comme d'icy mesme à Poissi.
A propos de l'Isus Catbnnb , 115 Monsieur de la Barre en a fait
Un petit Livre fort parfait.
f Desoi^ytion de la Franoe Bqainoxitle, cf-à&fwtX ippiyt OnyanM «t, par lea Espagnols, El Oorado. nonvdtomaot rtmlaa aona robilmanca da Roy: par le Stoar Le Febvra de la Bane, aon Ltoatenant tendrai dana oa Paii. 1 fwH«, CAm Fiêrn Kbom, 1068. JnA,]
Je ne m'estonne plus qu'il l'aime et qu'il s'y tienne ; Il seroit à soy-mesme extrêmement cruel
De n'aymer pas une contrée j)o Où règne le long de l'année
Un beau Printemps perpétuel.
Mon beau Prince , achetons ce Livre :
RiBOU le vend dans le Palais , Et , comme son Autheur se l>ique fort d'y suivre 3)5 Une Relation plus pure que jamais ,
Nous aurons le plaisir d'y lire De quel air De la Barre aggrandit nostre Empire.
Le Messie des Ottomans S'est fait Turc pour toute sa vie , MO Moyennant tous les jours vingt francs ;
Ah I bon Dieu 1 le plaisant Messie !
Je sçaîs encor des Nouveautez Qu'on m'apporte de tous costez , Dont ma lettre seroit galante ; M5 Mais , tousjours , mon papier finit
Quand j'en veux faire le débit.
Adieu , je suis vostre Servante.
J^p^"^ ' ^^l Alexandre Lesseh'n , am coin dé la rue Daupkim devant le Pont-ntttf. Avec Privilège
210 "st^n.ianBC. U signature detamtenr et Vadresu dm libraire ne
'î5^ plttf niye. se ironveni que dans A, — BC placent ici la date
{celle du 21 et non celle du 25 novembre), (A La Muse de Cour 1666 (voy. tome I , col. 909) , pp. ai joao. B La Mute Dauphine 1667 — 34a- 351.
C La Muse Dauphine 1668 — 343-351.)
UA
LETTRE EN VERS A MADAME
[Par Chablis ROilMBT.]
Da 28. Novembre 1666.
Moderne & réelle Minerve , Qui de U &bukuse & rancienne Fallas , Soit de Corps ou d'Esprit, éfacez les Appas , Je vais sonder pour vous ma poétique Verve.
C'est derechef le Jour où , par un sort bien doux , Je retaille ma Plume & compose pour Vous, Sans avoir autre But que celui de vous plaire.
C'est beaucoup entreprendre, après ce que j'ay dit , Et je suis un viai Téméraire , Mais vous êtes pour mon Ecrit Une Minerve débonnaire.
Il est , je croi , de mon devoir De faire à mes Lecteurs sçavoir ^ Que vos deux Altesses Royales , Qui nule part n'ont leurs égales , Ont quelques jours laissé la Cous Et fait à Paris leur Séjour Pour veiller, selon l'importance , A la chère Convalescence De Monsieur le Duc de Valois , Que de trop tjrranniques Loîx Menaçoyent ae la Sépulture Contre Tordre de la Nature , Qui ne feût que de mettre au Jour Ce beau Lys si digne d'amour.
Et dessus qui toute la Fiance Fonde une si haute espérance.
Mais le grand Desiin de nos Fleurs A la fin dissipe nos peurs Et veut, en calmant cet Orage , Convertir tout en bon Piésage , ' Si que ce beau Prince , à deux ans , Ayant jusqu'à vingt & deux dents , Nous marque par cette Avanture Sa force & sa vigueur future.
Pour rendre compte rie à rie , Comme je le dois au Public (Que le bon Dieu garde du Fronde).
Ajoutons que le Rot son Oncle
4i>Vinstpourlevok, Dimanche, exprés Dedans vôtre Royal-Palais, Et puis que ce charmant Monarque, Qui conduit si bien nôtre Barque, Fut voir la belle d'ARMAGN ac
45 Qui f s'ébatant au doux Trie-Trac Avecque son aimable Coittb, A d'un beau Fils accreu le compte De ceux qu'elle a ci-devant faits , Qui sont autant d'Amours parfaits.
50 Tout d'une traite je dois dire Que, Jeudy, pour tant soit peu rire, Puis que le Duc se portoit mieux.
Nôtre Mysantropb amoureux , Dont MouéRE est l'Audieur habile,
55 Parut dans vôtre Domicilie , Où sa Troupe , qui nous ravit , Fit miracle , à ce qu'on m'a dit.
Mais passons à d'autres Nouvelles,
So9