‹ Les continuateurs de Loret. Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autresChapitre 133 sur 247 · Du 24. Décembre t666 (SitsuoNr · texte numérisé non relu

Du 24. Décembre t666 (SitsuoNr

Les moyens de finir la guerre.

On dit qu'on s'en ennuyé enfin dans rANGLEmas , Que Ton fera la paix bien tost , sans contredit , Et que sur ce sujet une Lettre est pressante ; Mais la caution est méchante , Quand c'est Monsieur On qui le dit.

Monsieur Courun revient en Franci , Pour aller la seconde fois , Dit le mesme On encor, traitter avec TAnglois : En ce cas , à la Paix je verrois apparence.

Qu'on la fasse , Sbignsur , ou qu'en n'en fasse rien, Les EsTATS sont tout prests à se deffendre bien ;

Et déjà , depuis trois semaines , Trente-six Vaisseaux neub que l'on a bit basâr

Ont trente-six vieux Capitaines ,

Qu'on ne verra point démentir.

L'on arresta , dit-on , la semaine dernière , Prés de la Charité , leur charmante Borbxl »

A quatre pas de son Hostel.

Je veux vous conter la manière

Dont elle prit ce tratttement :

Ce fut , Seionbur , fort plaisamment.

Pendant qu'on luy crioit : « la bourse ! » avec audace

Et ^ue tout son monde trembloit ,

L'aimable fille cajolloit

Ses trois voleurs de bonne grâce.

Vous attendez que , sans rumeur,

Enfin cette belle personne Leur donna son argent de cet air cajoleur? Tout de mesme , Dauphov , au'elle donne son coeur.

Quand il semble qu'elle le donne.

Un Laquais courut au Lo^s

Pour en donner viste l'avis , Et I dans le mesme temps , l'Ambassadeur son Père Fit sortir tous ses gens contre ces trois Filous ,

Qu'ils rouèrent de mille cous.

Encor sont-ils heureux que , dans ce sort contraire, Le plaisir d'avoir eu son entretien charmant Leur coûte une douleur si foible & si légère.

Un innocent & tres-honneste Amant En a bien quelquefois le trépas pour salaire.

aS Ci Vers wum^Bê dam A.

4S itf Ce fiit tssez plaisamment.

$6 A Tout comme elle donne ton cfletir.

5S-67 A Un Amant , de ton entretien,

Q)ii paroist tout remply de chaimea , Ne remporte qoe des allarmet, Qlii fort aottYont ne vallent rien ,

Et ces bonnestes gens, de sa cajollerie, Qjii sembloit à leur gré leur de^ir to«t < N'eurent rien que àlU coups . pertct avec foric , Dont ceux de sa maison les vinrent estretner. Lorsque le Roy le sceut il en fitt en eolert; Maïs à eela, SiMiitint. que fidre ?

577 ^^^- "* ^ ^4* Décembre 1666 (Subugny). 578

On n'avoit pas dans les Faux-bours Encore mis de Corps de Garde jo Et dans la Ville on n'auroit garde

De venir faire de ces tours.

Toutefois » Monseigneur , c'est une étrange chose ? Malgré le Chevallier du Guet , Qui peut seul mettre par effet 75 La Police qu'on se propose ,

Les Filous sont de nnes ^ens , Qui trompent les plus ddigens ; Et, deauoy que le Guet se flatte , Des gens , ce dernier soir, furent dévalisez lo Par quatre voleurs , déguisez

En enfans du bon Hypocrate.

Il est vray qu'on les prit, mais quelle invention Pour faire une indigne action !

Ma surprise en est sans seconde.

S5 Sans doute , Prince, ces çros fins

Ont pensé que les Medecms Pouvoient en asseurance assassiner le monde.

A ce propos d'assassiner.

On m'a dit une étrange histoire , Et je ne sçay , Seigneur , si vous la pourrez croire , Parce au'on ne la peut qu'à peine imaginer.

Un Père, chargé de famille ,

Voulut pistoler une fille

Qu'il avoit de son premier Lit , En faveur des enfants d'un second mariage;

Et ce paricide maudit

En auroit assouvy sa rage Si le Ciel, ennemy d'un semblable forfait , N'en eut point empesché l'épouventable effet. La Forest d'Orléans fut le témoin du crime : Ce fut là qu'il mena cette pauvre victime. Qui ne craignoit rien moins qu'un monstre si nouveau , Et que son Père pust devenir son bourreau.

Quand, sous couleur de compagnie , Ce tigre l'eut conduite au plus secret du bois : « Ce n'est point pour cela qu'en ces ueux tu me vois , » Ma pille, c'est, » dit-il, « pour t'arracher la vie 1 » On dit qu'il y joignit un petit compliment

Et quelque amitié patemçlle

Pour qu elle le prit moins crûment ;

Mais, charmant Dauphin , bagatelle!

Jamais à civilité telle

On ne fit un remerciment.

7go ^^''^**' vojrec-vout. | 102 ^ Qpi o'attendoit rien moins qu'un forfiitt $i

'•^9 A Qtt derniert soin, stns qu'on se flatte, 1 [nouveau.

D*t gens furent dévalises. '

%oa. — Du 14. Décembre 1666 (Subught}.

La pauvrette fut obligée

De se préparer à la mort,

Tant qu'enfin, se voyant manquée , Elle fit pour sa vie un vigoureux effort. Alla prendre aux arçons du cheval de son Père

Un pistolet qui luy restoit Et, comme à redoubler le cruel s'apprestoit, EUe-mesme tua ce tvgre sanguinaire.

Elle se mit aussi d'elie-mesme en prison Et Messieurs d'Orléans jugeront cette affaire. Qu'en dites- vous , Seighsdr? ie tiens qu'elle eut raison

Et, quov que le Juge aecide

Ou veuille dire de cela ,

Selon mon sentiment, c'est là

Faire sans crime un Parricide.

Le Marquis de Sourdis est mort.

Qu'il a vescu , Dauphin , dans un glorieux sort ! C'est faire , à mon avis, ses louanges entières Que dire, sans chercher des termes plus exquis ,

Que ce vieux & riche Marquis Estoit homme de bien de toutes les manières.

On dit que le Marquis d'Alluy A d'ORLÉANs la Survivance; Entre nous, mon Prince , je pense Qu'on n'en pouvoit trouver de plus digne que luy.

Dites-moy, je vous en supplie ,

Si le Duc DE Beau- Fort est icy de retour. On m'a dit aujourd'huy qu*il estoit à la Cour Et qu'on en ressentoit une joye accomplie.

S'il est bien vrajr qu'il soit icy.

Je veux m'en réjouir aussi Et le complimenter avec toute la France. Croiriez-vous que j'en sçay que ce Duc de Beau-Fort Remplit , par son retour, d'une telle espérance

Qu'on ne voudroit pas estre mort ?

Un petit Prince , qui se nomme

Le beau Chevalier de Vendomme, Croit que rien ne peut plus l'empescher de partir Pour aller avec luy sur la Flotte de France , Lors que cet Amiral , au Prin-temps qui s'avance , Retournera dans Brest pour la faire sortir.

I20w4 Et comme à redoubler encore il t'appres-

[toit.

1 26 A D'oQ aocidcnt comme eeU.

ly^ A Qjae ce vieux & fameux Marquis.

148 A Qsk'iï ne voud'oit.

1 5 i-i 53 i^ Se croit déjà prett à partir Pour aller commander une Flotte effrojable QMand , au Printemps prochain , cet Oiiae

fredoatable.

5Si

aoa. — Du 34. Décembre 1666 (Subugity)*

Avez-vous sceu la repartie

Que fit ce jeune Prince au Roy»

Lors qu'il luy demandoit à quoy

Il pretendoit passer sa vie ?

« Envoyez-moi sur Mee. » dit-il, « avec vos gens , "» Et pour l'Esté prochain agréez mon service; » Et comme ce grand Roy Teut remis à deilx ans : « Fattes-moy , > reprit-il , « un peu plus de justice ;

» Vous li voudrez lors sans effet ,

» Et les autres auront tout paît. »

Je souhaite , Seigneur • plus qu'on ne le peut croire,

Qu'il ait bien tost de beaux emplois :

Ce sera , je croy, cette fois Qu'il me pourra venir de beaux sujets d'Histoire.

Je ne sçay quel bruit court du Comte de Quelus , Que l'on croit tout d'abord & puis qu'on ne croit plus. On veut (^u'on l'ait sauvé des mains des Mousquetaires

Qui le conduisoient aux grands Jours.'

Mais ce sont de grandes afiaires :

J'en croy d'autant moins ces discours Qu'il faudroit, pour un coup de cette force extrême, Qu'un mortel eut osé se jouer au Roy même.

Hé Dieu I quand le lis quelquefois

Les Annalles de Henri trois , Où Tun de ces Quelus meurt tout couvert de gloire , Au retour d'un Duel entrepris pour son Roy ,

O fortune I dis-je , 6 Histoire , Combien differes-tu de tout ce que je voy 1

Adieu ; je n'ay plus de Nouvelles, Du moins que j'estime asseiz belles ,

156 A Qp'il fit ces derniera jours au Roy. 162 if ff Ah 1 PAtTES MOY, 9 dit il. 16s A Je souhaite , ma fey. fia Cour ?

1^176 A Parle-t'on quelque fois de Quelus à Vfiçait-on, Momsbionbur, le bruit épouvantable Qpi court îcy depuis un jour .

De cet infortuné coupable ?

Je tremble à vous le raconter.

Comme pour le reconfronter [Damb,

Oo l'eut , dit-on , conduit au Puy de Nostre- Le Marquis d'Espimcha , doutant que les

[témoins Ne pussent à la fin perdre une si grande ame, Qjiand elle le craignoit le moins , Ramassa beaucoup de Noblesse Du voisinage d'alentour , Alla sur le chemin l'attendre & son retour Et , Dc consuhant rien pour lors que sa foiblesse,

Q}ii le faisoit se deffier <^e MoMsiEUR DB Q.UELU8 so pOt justifior,

Au mépris de vingt hallebardes ,

De plus de trente Fuzilliers

Et de plus de cent Cavaliers ,

Mit en pièces toutes ces Gardes ,

Tua tant qu'il n'en trouva plus Et leur osta des mains le Comte de Qjjblus. Il auroyt esté vraj si ce fameux coupable

Se tilt alors trouvé capable

De jouir d'un semblable sort ;

Mais d'EspiNCHA ne l'eut que mort , Et ce que les Archers des Grands jours de

rNARBomiB Avoient fait tout d'abord qu'ils virent le combat

Avoit esté l'assassinat

De ses fils & de sa personne.

180 j4 Dans un fameux duel.

583 202. — Du 24. Décembre 1666 (Subuont). 584

185 Pour vous pouvoir entretenir.

Pourtant I'Imperatricb , à la fin , est venue Où depuis plus d'un an elle en voulpit venir ; A son gré Vœnnb l'a veuc.

Son Entrée a charmé les yeux 190 Des peuples arrivez de mille & mille Ueux •

Et fort contenté tout l'Empire.

C'est une Nouvelle à vous dire.

Mbnisb , un certain Espagnol , A sevré le Roy Cathouque 195 D'un Royaume dans I'Amerique ;

Il s'en Éidt , dit-on , Roy luy-mesme : est-il fol ?

Encore un coup , adieu, mon PuNct ,

Car je n'ay plus rien de nouveau

Dont l'espèce ne soit fort mince, soo On voit tous les jours croistre l'Eau ;

On fait observer la Police

Avec une exacte Justice ;

On tient toujours Paris fort net ;

Les Nuits y sont bien éclairées 205 Par les Lanternes qu'on y met ;

Règlement toutes les soirées

Personne n'ose aller sans feu.

Mais c'est trop lanterner , Adieu.

ExTRAICr DU PRIViLÈGB DU ROY.

Par Lettres Patentes du Roy, signées & scellées du grand Sceau de cire jaune , en datte du quatorziesme Avril 1666 , il est permis à Alexandre Lesselin... [Voy* tome L col 9^5)-

A Péris , Châ^ AUxandn Usulm , au eom de la nu Dauphéiu, âêwml U Pont-meitf,

l'Extrait du PriviUgi, la signaiun ds fauttur et l'adresse dm libraire ne se trouvent que dam A.^BC plaçant ici la date, ^ Bu termine par le texte du privilège rapparié à-dessus,

192 A Et c>tt une Nouvelle à dire. . | 196 >4 11 est fol.

{A La Muie de G>ur 1666 (vojr. tome 1 , col. 909), pp. 24^-252. B La Muae Dauphine 1667 — 2S2-290.

C La Mute Dauphine 166S — 282-290).

LETTRE EN VERS A MADAME

[Pak Cnarlis robinet.]

Du 36. Décembre 1666.

C'est trop faire Quartier . Belle Altesse , aux Douleurs

Le Cœur d'une grande Héroïne

Ne souffre pas qu'elle s'obstine A pousser des Soupirs & répandre des Pleurs. L'Amour voudroit aussi vous voir d'une autre sorte Employer ces beaux Jours que le Dueil vous emporte Par Exemple à refaire un aimable Héros. Pour le Bien de l'Esut & vôtre propre Gloire , Faites viste ce Coup : on le juge à propos ; L'on en fera parler la Suite de l'Histoire. Et cependant voici vôtre nouveau Tribut ,

Après ce beau petit Début.

Précieuse & grande Henriette .

On espère que la Diétk

■5 Fera au Bien aux Polonois Plus que celles des autres fois.

En ce Lieu, Ton éleut n'aguere Un Maréchal, lequel sçait plaire, Appelle le Sieur Oborski,

*Qui n'est pas un Je ne sçai qui , Mais un tres-galant Personnage Intelligent , courageux , sage.

Les Nonces , comme bons An^is , Furent . dit-on , en suite admis

»5 A baiser la Main à leur Sire , Apres que Luy, qui sçait bien dire P entens ce brave Maréchal) , Eut fait un Discours fort légal.

11 fut suivi de la Harangue

^oEncor d'une autre belle Langue .

A sçavoir du Grand Chanceuer Dont l'on fait un Cas singulier ; Lequel, par de dignes Semonces , Convia ces Messieurs les Nonces

35 A s'acquiter de leur Devoir De tout leur cœur & leur pouvoir.

Or, ayans promis de le faire , Nous verrons un peu cette AfiEsdre.

Mais les Polonois sur les Bras 40 Ont encor d'autres Embarras , Car ils ne sont pas encor quites D'Affaire avec les Moscovites , Et l'on écrit de Lieux divers Que leur TRxrrÉ va de travers , 45 Ces Drôles estans moins dociles Depuis qu'ils ont dedans leurs Villes Etoufé l'intestin Discord Et même condud leur Accord Avec le Goth & le Vandale , 50 Qui Tend leur fierté sans ^ale.

Un Prince, nommé Locouis , [Lobiwwttej Par des Complimens bien construis.

Ayant salué , dans Scot^Vienne , L'IicpéRATRiCE Autrichienne ,

55 Lui présenta maints Cavaliers En bonne mine singuliers.

Dont estoit le Seigneur Ignace Qui , seulement pour la grimace , Voulut paréstre iNCOGNrro

^ Et passer là pour un Zéro ,

2o3. — Du 26. Décembre 1666 (Rornir).

Derant la Rejne de son Ame.

Mais bientôt à l'illustre Dame Il découvrit , le Chapeau bas , L'humble Esclave de ses Appas.

^5 Elle , de parole & de geste , Dans sa gloire fit la modeste .

Et receut des mieux dans sa Cour Son noble Prisonnier d'Amour.

Ainsi donc , en cette Avanturc ,

70 Tous deux , de bénigne Nature , Se traitans fort humainement.

Ils entrèrent ensemblement Et seuls , dans un Lieu de retraite , En Conversation secrette ,

75 Qui dura l'heure entière au moins.

Or , quoy qu'ils fussent sans Té-

[moins, On sçait à peu prés ce qu'ils dirent , On sçait à peu prés ce qu'ils firent.

Ils se parlèrent du Damier,

•• Et même ils purent v jouer .

Car on avoit , en belle game , Pour lors la Prinqpale Dame.

Quoy qu'il en fût, une heure après, L'Empereur quittant ses Attraits ,

*5 Elle parut comme une Amante Fort satisfaite & fort contante.

En cas qu'un Tiers soit survenu (Ce qui sera bientôt conu) Dans leur première Conférance ,

30 Comme U n'est pas hors d'apparance, Le Bassa de Budb vraiment Pourvoid non moins diligemment A tout le petit Equipage Nécessaire pour son Ménage ,

95 Envoyant même un riche Bers Pour bercer le beau petit Tiers.

Cette chose est assez comode « Et ce devroit estre la mode [joints.

Que , dès ç[u'on verroît deux Con-

«•o D'autres prissent ainsi les Soins, Par obligeante prévoyance , D'envoyer avec diligence Tout ce qui pourroit convenir Au petit Poupon à venir.

«®5 Mais , las 1 d est de si sots Hommes Dans le fâcheux Siècle où nous

[sommes.

Qu'ils ne pourroyent voir un tel soin Sans en avoir quelque Tintoin , Et, d'autre part, la Médisance

■ !• Est si maligne que je p^ise Qu'elle gloseroit sur ce Point.

Bien donc , qu'on ne le fasse point.

De la Ciri du tres-SAnn* Homme (C'est comme qui diroit de Rome)

■ 15 On écrit une Nouveauté Qui vaut la peine , en vérité , D'estre dite & d'estre écoutée.

Peut-estre vous l'a-t-on contée ?

A tout hazard je vous l'écris ,

lao Comme je la sçais d'une Iris gi

Laquelle a beaucoup de mérite , Et de la sorte me l'a dite.

Des Motkes de Camaldoud A Frescati £adsans leur Nid

>25 (Ou bâtissans leurs Monastère) , Comme on poussoit à fonds l'Affiûre Et qu'on fouilloit des Fondemens , Vieux tout au moins de deux mil

[ans.

Un Bruit sourd, dont on s'émerveille,

130 S'oid & met la Puce à l'Oreille fleurs. Tant aux Moines qu'aux Travail- Ceux-d pour lors font les bailleurs.

Et ne vont plus (voyez l'adresse) En Besogne que d'une fesse.

135 D'où vient cet Engourdissement ?

C'est qu'ils croyent très- fermement Que ce Bruit indioue une Cache Où quelque beau Trésor se cache , Et (ju'ils désirent fort entr'eux

140 Qu'il ne se montre qu'à leurs Yeux. Mais leur finesse est apperceue , N'estant que de fil blanc cousue , Et les Patres, plus fins <}ue niais , Les font agir de si bon biais

145 Qu'enfin on trouve le Mystère , Mais tout autre au'on ne l'espère.

On apperçoit dans le moment , Non sans beaucoup d'étonnement, Deux Lumières qui s'éteignirent

i5^Sit08t que l'Air elles sentirent ; Et c'estoyent de ces vieux Romains .

De ces grands Hommes plus quliu-

[mains, Deux des Lampes mooMBOsnRLEs , Immortelles , inextingiiibles ,

155 Dont le Secret meurt avec eux.

Or, à la lueur de ces Feux , Reposoit leur fameux Camille, Dont la Gloire en l'Histoire brille,

2o3. ~ Du 36. Décembre 1666 (RoBmtr).

Ce célâ>re & grand DicTATsim »

i^DoQt raspect fier fit encore peur A cette Troupe Spectatrice De sa Personne Dictatrice , Qui, dans ces Ombres de la Mort , Sembloit même braver le Sort.

165 On le conut à deux MéDiiLES Valans plus de cent Richedales , Où son Buste & sa Qualité Esiorent d'un & d'autre Costé.

Et c est comme les plus grands

[Hommes !?• Depuis AùàM, mangeur de Pommes, Ont vu tenniner leur Destin Et comme passeront enfin ' (Néœnité certe un peu triste) fpiste. Tous ceux qui viendront sur leur

>75 On discourt encor de Débats , De Factions & de Combats , Dedans le Royaume d'Ecosse Où croissent peu de Pois en Cosse.

Des Brouillons se sont gendarmez ,

i^Et, ce dit«on , marchent armez De Faulx & de grosse Massue , Crians par tout : mort , teste , tue ! Mais on ajoute neantmoins Qu'on prétend avec quelques soins

1^5 Disriper leur fiere Conorte, Et qu'on s'jr prend de telle sorte Qu'on a déjà tué cinq cens De leurs plus vaillans Combatans.

Le dernier Mardi » fut bénie '90 Avec grande Cérémonie , fJ*J2»Par l'EvESQUE db Périgueux , L'Eglise au Bâtiment pompeux Des AuGUSTiNS portans Sandale , De qui l'Ame est toute Royale.

»95 Le jour d'après , où le Soleil Voulut éclairer TAppareil , '"^î^ Notre Archevesqub Vénérable , '•^ D'une prestance au^nt Papable Que sbit aucun autre Mortel, >«> Au Maître & mapiifique Autel , Célébra la première Messe, D*un air qui , je vous le confesse »

Comme on conoit sa Probité , Vous inspiroit la Pieté.

*>5 Au reste , une grande Musique , Sous Feedw AMD, Maitre authentique,

Faisant des Accords tre»-charmans Et des Voix & des Instrumens , Du Spectateur charma l'Ouïe

210 Durant cette Cérémonie ; Si bien que chacun s'en alla Fort content d'avoir esté là , Hors deux ou trois qui, sans resource.

En ce Lieu, perdirent leur Bource,

»i5Que des Filoux devotieux ^r zèle mirent devers eux.

Mais à quoy pensé-je ? j'oublie Le Point qu'il faut que je publie :

Que le Pbre de nôtre Roy ,

320 Ayant réduit dessous sa L07 Le Boulevard où THeresib Entretenoit sa Frénésie , Comme il estoit des plus pieux , Etant de retour en ces Lieux

aa5 Apres cette pénible Guerre , Fut poser la Première Pierre , De ce beau Temple , sous le nom (Qui le rendra d'un grand Renom) De Notre-Dame de Victoire,

230 Ce Prince consacrant ]a Gloire De ses plus célèbres Explois A la Rbyne de tous les Koys.

C'est ce que Louis Quatorzième , A son Exemple , fait de même ;

235 Et c'est d'où vient à cet Estât Tant de Bonheur & tant d'éclat.

La Roohatte

Monsieur Colbert de Saint Pou- Sujet d'une haute Louange [ange , (On en jureroit sur le Nom) ,

a4o,Est digne Evesque de Mascon.

Chez les Reugieux d'un Ordre Où l'on ne trouve rien à mordre , ^it Vivans saintement à mon gré , n^JS

Ce nouveau Prélat fut sacré

245 Avec beaucoup d'éclat , n'aguere , Comme il sied bien en tel Mystère.

Tout alla d'autant mieux aussi Qu'un Père, nommé de Fuaa , Qui surpasse tous les Génies

a5o Pour de telles Cérémonies , S'estoit meslé de Celle-là , Et je dis tout, disant cela.

Non, ce n'est pas encor tout dire, Car je trouve , achevant de lire

255 Le Mémoire qu'on m'a donné ,

ao3. — Du 26. Décembre 1666 (Romsr).

Qoe d'un tres-opQlent Disné nusieors Gens à Teste fendue Furent régalez à l'issue ; Entre lesquek , au premier rang • ^60 Estoient TETesc^ue Consacrant Et les deux Assistans , je pense ; Et Toila tout en conscience.

Veillez dire un DspftoruiiiMS Pour le Sieur Makouis de Sourds.

^ Enfin, ce brave Personnage , En Y An quatre-^ringt de son Age , A succombé dessous Clotom Qui , las 1 lui serroit le Bouton Depuis mainte & mainte Semaine ,

270 Perdant son escrime & sa peine , Tant dudit Seigneur de Sourdis Les jours se trouvovent bien ourdis.

Mais, comme il niut que tout tre-

[passe Et, bon ffré, malgré ses Dents, passe

275 Dessous la Pâte de la Mort , Bien qu'il fut courageux & fort Et qu il sceût si bien se défendre.

Il lui Callut 9 Mardj, se rendre.

Son GoUVERKEMBirr d'ORUÊANS

s8o Vaqua dedans le mesme temps

pub

An Rot <^m voudra le demande ; Je ne croi pas que ]j prétende.

L'auguste Balbt des Nkof Sœois , Où Ion Toid d'excellens Danceurs.

SS3 Divotit toujours à merveiUe

La Cooa des Cours la nompareille, Et , parmi les Obieti poupons Lesqueb font là des Pas nûgnoos , Toussi , cette Gsacb naissante,

^90 De plus en plus est ravissante; De FiENKE , qu'on ne sçauroit voir Sans mille Attrais appercevoir.

Dedans sa Danse parêt telle Qu'on meurt de dancer «vcc Elle, ^^

»9$ ^ du LUMtB • l'ASTSE LoMum mH

Qui des Cœurs s'empare soudain , ^ Par sa belle & forte Influance , Les prend lUec comme en Cadance.

Divine Altesse à qui j'écris ,

300 Vous sçavez tout ce que je dis ; Mais, coomie ma L^tre est publique, Aux Lecteurs aussi je l'indique.

Sur ce , je ferme m<m Cornet Jusqu'en Six cens soixante & sept,

305 Et par là, sans la Date mettre.

On peut voir de quand est ma Lettre.

.{ PMrh , Ckê^ F. MmfMtt , rwê éê im Hmrpe , 0mx trmt Mm. AvtcPrivUégt àm Rûy.

(BiblMtk. Bat.. U> . 22. Rés. ~ BÎUioth. Momne . 996. A>

^ BiWiotfa. de rArwr.al, B. L. 11803.

— BÎUiotli. de M. k Wreo Jamet de Rothachild.)

(le Date

Fm DBS LSmES EN VERS DB L'AlflciB l666.

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par Cnarlis ROBINET.] Du 2. Janvier 1667.

Bon Jour, bon An, belle Princessel Puissiez-vous , selon mon souhait, Passer tout ce Soixante & sept Avec une pleine alaigresse.

5 Que les Jeux , les Ris , les Amours Fassent pour Vous de tous les Jours Une Trame d'Or & de Joye ; Que tout y âate vos Appas Et que , même en Hyver, on vove

i<> Les Fleurs y naître sous vos pas I

Mais ce n'est pas assez encore ; Si le Ciel écoute ma voix , Vous aurez un Fils dans neuf mois , Plus beau que l'Enfant qu'on adore.

15 Auguste & noble San^ des Dieux , Voilà quels sont mes )ustes Voeux Pour Vôtre Altesse sans seconde ; Apres quoy, je vais parcourir Presque toute la Terre & l'Onde,

>oEt de cent Peuples discourir.

Dans les Indes Orientales , Comme dans les OcaDENTAUss , On se donne maints horions Entre diverses Nations ,

>5 Pour la Canelle & pour le Sucre , Dont il se tire un très-beau lucre; Pour la Muscade & le Petun , A présent aimé d'un chacun ; Pour le Girofle & le Gingembre,

>o Pour le Corail. l'Ivoire, l'Ambre, Pour l'Indigo , pour le Coton , Dont un Coussin est assez bon ; Bref , pour Diamans & pour Perles, Qui n ont pour rime cjue des Merles.

35 Mais on dit que certams François Sont là du Commerce les Rois ,

Et, quoy qu'on puisse faire ou dire.

Qu'ils ne tont que batre, ({u'en rire.

Et , pour tout dire rie à rie , 40 Tirer le Profit du Trafic.

Ceux que Sauvages l'on appelle , Peuples de nature cruelle , Les Iroquoîs & les Japons , Au lieu de Perdrix & Chapons ,

45 Font souvent servir sur leurs Tables, Dans leurs Banquets plus délecta- Les Hommes lardez & rôtis, [blés , O quels Mets ! ô quels Appétis I Chez ces gloutons Antropophages

50 N'allez pas, si vous êtes sages Et si vous voulez que les Vers Quelque jour dissèquent vos chairs.

Les Cnraoïs, autres Gens barbares.

Ennuyez du Joug des Tartares ,

55 Qu'ils voudroyent tous voir au Car- Les devoyent, à ce jour de l'An, [can, Donner au Diable en bonne Etreine.

Je suis présentement en peine De sçavoir ce qu'ils auront fait ;

^ Mais cependant , moy, de bon hait • Ces Chinois au Diable je donne Et pour néant les abandonne • Pour n'avoir pas en temps & lieu Voulu se donner au bon Dieu

^5 Par les soins & par l'entremise Des Ministres de son Eglise.

Le Puissant Prince & grand Mogor, Sans prendre hors de chez luy Tes- A tout ce que le Cœur avare [sor, 70 Ptut souhaiter de riche & rare :

ao4 — Du 2. Janvier 1667 (Robihbt).

Les Perles , l'Or, les Diamans ; Ses Palais , ses Ameublemens Sont tous brillans de ces Richesses , Et telles en sont ses largesses 75 Que , ce dit-on , ses Courtisans Sont accablez de ses Présens.

Les Vaillans Peuples de la Perse, Dont fut Roy défunt Abtaxerce , Etoient venus sur les Mahoms 80 Avec de grosses Légions , Pour reprendre leur Babylônb ; Mais ils ont, tout du long de l'aune.

Eté pour leur peine batus , Et leur grand Sopht foit victus , 85 De telle sorte qu'il enrage , Apres un tel desavantage, la^môme ^ *voîr Doussé vers Baguedet, ▼iiiede A la mat'heure, son Bidet.

BabjloD».

Ces Mahoms oul>7RCS (il n'importe) 90 Font de grands Projets à leur Porte. S'il faut qu'ils en viennent à bout , vxi5L. Ceux de Saint Marc sont mal par Je les VOIS pnvez de Candie [tout : Et de toute la Dalhatie , 95 Et peut-être Eux mis dans les Fers, Ce qui seroit un grand revers. Mais » avec un Si , par merveille , On mettroit dans une Bouteille La Terre & les Cieux à la fois ; 100 Et, pour parler meilleur François , Si la Bouteille peut suffire , Le Miracle s'en va sans dire ; Mais Si... vous m'entehdez, Lecteur, Sans trop fidre le Raisonneur.

ip5 Les francs Taupins de Moscovites, Voulans étendre leurs Limites De l'un ou de l'autre costé , Comme ils ont conclud leur Traité Avecque la Gemt Snéooiss ,

1 10 Veulent avec la Polonoise , Ce semble , encore ferrailler Et, c'est à dire, batailler; Prétendans que son Mal redouble Et pouvoir pescher en Eau trouble.

115 En effet , cette Nation

Est toujours dans l'émotion ; Elle a certaine Intempérie Dont l'on ne peut la voir guérie , Et cela luy vient , ce dit-on ,

«aoD'un Mal nommé l'ELEcnoN, Mal tout-à-fait symptomatique :

On m'entend sans que je m'explique.

Pour promtement la secourir Et , s il se peut, pour la guérir ,

125 On l'a remise à la grand' DiérE.

Sans donc que l'on s'en inquiète, Il faut attendre , & l'on verra Si la Diète la guérira.

Les Danois , par leur Axliamce 130 Notamment avecque la France , Qui n'est pas un mauvais Appuy (Et plusieurs pourroyent aujour- Loin sur ce de me contredire, [d'huy, Assez justement le souscrire), 135 Sont à couvert à cette fois Du HouRAOAN des Sœîdois, Qui certe est un étrange Orage , Qui mit à deux doigts du Naufrage, N'aguére , ce RoTAUMB-là «40 Et l'écorna , par-ci . par là.

D'une manière assez notable Et que je croi peu réparable. * Mais laiasons-là les maux passez ; C'en est sur ce Chapitre assez.

M5 Ces Suédois , Gens plus belliques Dix mille fois que padnoues, ' Cherchent par tout maille à partir, Et Brémen Va bien sceu sentir.

Ah ! des Vcnsins de telle sorte 150 Sont bien fâcheux, le Diantre em*

[porte, Et prés d'eux on est peu certain D'avoir , comme on dit. Bon Matin.

LeslMPÉRUUx, dontks Aigles [gles Se trouvent beaucoup moins Espié-

'55 Qu'ils n'étoyent dessous les Romains. Soot d'alaigresse aujourd'huy pleins De voir leur jeune Souverains , Car, enfin , la chose est certaine Qu'à son Illustre Epous , Illec ,

160 La BeUe a dit Salamalec , Et qu'à ViflNME , fort décorée »

204* -^ Du 1. Jasrier 1667 (Rownbt).

Ils ont tous deux fait leur Entrée , Si bien que TInfante à présent Est , par un Sort assce plaisant , 165 Selon maints Avis tous conformes, iMPÉRATmicK dans les Formes.

^ Les HoroREs A les Musulhans Ont des Rixes à tous momens , Et, par effet d'Anthipathie, 170 Faisans de la moindre poutie Ou d'une Mouche un Élephan , Ils mettent leur Paix il TEncaii.

Les belles PROvmcES Uniks , Que gouvernent de grands Génies ,

«75 Font préparer leurs Osxs âotans Pour rentrer en Mer au Printemps , Si la Paix n'a banni la Goeriu:

Qui les brouiUe avec TAnolstexiie, Ce que Ton espère , la , la.

i<o Mais elles ont , outre cela , Leur grand Différant pour I'Oiungb, Lequel tire en lajgigueur étrange.

La UiLoXAMit des Akolois Envers le meiUcurde leurs Rots

i^A fait choir sur leurs Chefs coupa-

[bles Plus de trots Flbaoi; ^redoutables.

Mais il en est un qui leur plait , Je ne sçais par quel Interest :

Vous m'entendex bien, c'est la Gubr-^

190 Et, tâchans d'oster de leur Terre[RE, La Pestb & la Famine enfin , Ils donnent à l'autre la main , Encor qu'elle leur soit contraire.

Peu je pénètre ce Mjrstere ,

«95 Mais je plains fort le Potentat Qui soutient le Fais d'un Estât Que l'AsPECT ennemi des Astres Rend sujet à tant de Desastres , Et je conjure tous les Dieux

*^ De le rendre un peu plus heureux.

Le Vénitien magnanime , Que beaucoup j'admire Si j'estime De soutenir depuis trente Ans Tant de hideux Mahometans , 305 Nonobstant les Bruits de la Porte ,

S'applique de la bonne sorte A ses miUtinres Apprests, Dont la plttspart sont déjà prests , Pour éprouver, si-t5t que Flore 210 Fera ses beaux bouquets édore , S'ils seront lors des Ennemis Aussi mechans qu'ils l'ont promis.

Le Pbre Alexandre SBPnàifB , Qu'on croyoit à son heure extrême ,

215 A baisé les Mains à la Mort Qui pensoit terminer son Sort.

Ce cher Sogcesseur des Apôtres Dort , mange & boit comme les au- Et de Grand Vicaire de Dieu [très ,

aiû Fait les Fonctions en tout Lieu De façon vigoureuse & brave.

Qu'on tienne donc clos le Conclave, Et que Papables Cardinaux Pour le présent soyent en repos.

325 Naples est toujours allarmée

Tant par sa Montagne enflâmée ^^* Que par ces Gamemens maudits Que l'on appelle les Bandits.

Les Portugais ne sont en peine

230 Que de bien divertir leur Retnb , . Qu'ils regardent, en vérité , Ainsi qu'une Divmrré Parmi-eux du Ciel descendue.

Tant elle est de Charmes pourvue ,

235 Qu'on ne conessoit point chez eux Avant qu'avoir vu ses beaux Yeux.

Ah 1 que leur Roy, qui porte Fraize, De la posséder doit estre aise I Il l'est aussi , comme je crby,

240 Mille fois plus que d'estre Rot, Et n'estime plus sa Couronne Que pour en parer sa Personne Et mieux mériter l'amitié D'une si charmante Momé.

>45 Aussi, vous pui-je bien apprendre, Qu'il a dessein de la défendre Avec plus d'ardeur que jamais , Et cela je vous le promets.

Les Espagnols, sous leur Régente, S5« Dans les Affaires tres-ardente ,

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