Scène nouvelle & qui vraiment 340 Plaît , dit-on , merveilleusement
L'on y void aussi notre Sire , Et cela , je croi , c'est tout dire ; Mais , de plus , Madame y parest :
Jugez , Lecteur, ce que c'en est.
345 L'auguste Reyne sans seconde , Thérèse , en Charmes si féconde , S'est relevée en un estât Qui luy fait disputer d'éclat
Avec la claire AvAirr couriérb 350 Du Monarque de la Lumière.
J'ay sceu de la Voix de l'Echo Que la Princesse Monaco , D'Attrais & de Vertus ornée , Avoit augmanté sa Lignée
355 D'un Amour du Sexe charmant Et des Délices l'Aliment.
Je ne puis dire de Nouvelle Ni plus agréable & plus belle .
A quiconque a de 1 Amitié
360 Pour la plus charmante MomÉ Des deux qui composent le Monde, Et dessus qui l'autre se fonde.
Le brave Baron de Busca , Chérissant cette Moitié-là
265 Plus que le Trésor d'un Avare , A pris Mademoiselle Amarre Pour l'Objet fixe de son Cœur Où loge beaucoup de valeur, Qui le rend digne de la Charge
370 Que vous voyez cotée en marge.
Pour prendre T Amoureux Ebat, A l'aimable de Belébat Canillac, que beaucoup l'on prise, A soumis sa jeune Franchise.
375 Achevons & mettons enfin Que le Poëte Célestik Qui, beaucoup plus que Géographe, Fit l'autre jour cet Epttaphe Qu'en ma Lettre on trouva si beiu ,
380 Se nomme le Père Carneau , Célèbre & docte Solitaire, De qui la Vie est exemplaire.
Je dis tout ceci malgré lui, Voulant m'en vanger aujourd'huy
385 Pour avoir, par sa belle Veine , Rendu ma Muze toute vaine, Car voicy ce qu'il dit , Lecteur, Qui peut bien enfler un Autfaeur -
Changer tous les huit jours de différantes feces , En donnant à tes Vers de nouvelles Préfaces , C'est beaucoup de Travail mais qui te coûte peu : Ta Muse a le moyen de se rendre divine En prenant si souvent tant d'attrais & de feu Dans les briUans Regards de ta grande Héroïne.
211 — Du i3. Février 1667 (Robinet).
395 He bien ! pourray-je astre blâmé D'avoir le bon Père nommé Apres cette Insulte flateuse , Qui me rendroit l'Ame orgueilleuse Si , tout triste & tout déconfit ,
y^kh fin du présent Ecrit Je ne conessois que , sans grâce , Il Caudroit , selon ma Préface , M'aller pendre tout à l'instant.
Je ne le feray pas pourtant ,
305 Si non au Col de quelque Belle , Et d'autre façon. i... bagatelle, Quoy qu'on dise que maintenant Tout soit de Carême-Prenant.
Je fis ma Lettre , telle quelle , 3 io Tantôt debout , tantôt sur Selle , Et , je vous assure , assez tôt , Le Treize du Mois plus courtaut.
A Ptris, Cké^ F, Mnguit , rus d€ U H0rp4 , mmx trois Rois. Av$e PrivUége du Roy.
(Btblioth. nat., Lc^, 22. Rét. — Biblioth. Mazarine, 296. A^.
— Biblioth. de l'Aracnia, B. L. 11 802.
— Biblioth. de M. le baron James de Rothschild.)
LA MUSE DAUPHINE
[Par PERDOU db SUBLIGNY.] SECONDE SEMAINE.
Du Jeudy 17. Février 1667.
A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN
Comment , Prince , vous portez-vous Depuis la Semaine passée , Que je vous pris pour mon Espous ?
Selon ma petite pensée Vôtre embon-pomt n'en souffre pas ; Vous avez les mesmes appas Que devant nostre Mariage ?
Dieu veuille que , depuis le sien , Chévreuse , qui s'en trouve bien , Ne maigrisse point davantage.
Ce Duc nous donne icj le Bal
D'une manière fort aimable.
Son dernier , outre bonne table ,
Avoit vingt lustres de crystal.
Sans contredit aussi c'est un Duc sans égal ; Mais bon Dieu » qu'en revanche il est insupportable !
Parce qu'il voit que l'on sçait bien Qu'il n'a point son pareil au Monde ,
659 ^^^* "* ^^ '7* P^^^ 1^ (Subugny). 66o
Parce que son Espouse , avec son doux maintien , 3o Sçait fort bien qu elle-même est aussi sans seconde ,
On ne sçauroit avoir un cœur ou bien des yeux
Qu'aussi tost ce ne soit pour eux.
Mais vrayement., Prince , il faut que ces gens au plus vite Fassent des Enfans des plus beaux , 35 Car , s'ils sont toujours sans égaux ,
La liberté des cœurs est cuite.
« Est cuite » est un fort plaisant mot ; Vous riez , je croy bien, de me le voir écrire. Mais dans le Carnaval tout vaut :
30 C'est un temps où Ton met tout cuire.
Qu*avecque nous , Seigneur , ne courez-vouè le Bal Pour bien passer ce Carnaval ?
Nous voyons icy des merveilles ; Le Coureur de Ntnr ny Buscon 35 N'ont point d'aventures pareilles ,
Et ce qui s'est passé sur tout chez un Tendron
Vaut les plaisirs de mille veilles Que n'assaisonnent pas un incident si bon. Je ne connus jamais ce tendron que de nom , 40 Mais dans Tlsle chacun l'appelle
L'aimable & charmante Bourgon ; C'est assez pour la croire telle.
Parmy les Masques à grand train Qui coururent le Bal chez elle , 45 Une tres-prompte Damoiselle
Qui devoit épouser sans faute au lendemain Notez aue cela rend l'htstotre eocor plus belle) Ne pût attendre si long-temps :
A quartier . viste , & sans chandelle , 50 Elle rendit, dit-on , un des Masaues contens ,
Et, sur quelques sermens qu'on luy seroit fidèle , Fit présent d une Montre & de quelques rubans.
Jusques aux rubans , Bagatelle I Mais cette Montre estoit par malheur un présent 55 Du futur époux de la Beile ,
Et la chance à lu^-méme arrivoit justement. Le pauvre Cavaher en avoit bien dans l'aisle ;
Us s'épousèrent toutefois.
Elle n*en est pas moins haute & puissante Dame . 60 A cela prés que quelque fois
11 en enrage dans son ame.
Admirons cependant comme on change à Paris : On voyoit rarement enrager des marys D'avoir dépucelé leur femme.
6s Mon style passe le galant ,
Ma bouche vous semblera grasse ;
66i 212. — Du 17. Février 1667 (Suwjgny). 662
Mais , mon chaimant Epoux, il faut que ce temps passe ,
Tout est de Caresme prenant.
On voit donc bien d'autres affaires 70 A Paris , dans cette saison ,
Qu'on n'en voit dans vôtre maison , Quoy qu'on n'y prenne point de passe-temps vulgaires.
Quoy que Monsieur de Perigny Ait rendu du Balet la beauté sans seconde , 75 Vous ne voyez point là de belle Sevigny
A bons grands coups de poings faire battre le monde. Comme elle alloit en masque un de ces derniers jours ,
Des gens que vous voyez toujours
A son sujet prirent querelle ; 9o La cause fut qu'en parlant d'elle »
L'un d'eux accordoit bien qu'elle avoit l'air charmant ,
Qu'elle estoit belle asseurement ,
Mais , ajoûtoit-il , pas tant belle.
Pareille impieté ne méritoit pas moins ^5 Sans doute que des coups de poins ;
Mais coups de poins à gens d épée , Pour venger un pbjet digne de mille Autels ,
Et de qui la France est charmée !
Ah I cruel Edict des Duels !
Cete Semaine estant passée, Adieu le Balet de mes Sœurs.
On dit qu'on a dans la pensée De vous donner d'autres douceurs.
Depuis quelques jours on travaille A préparer le Carousbl , Qui se doit faire dans Versaille.
Jamais la Cour n'aura rien veu de tel , Si j'en crois ce que l'on en pense ; Le Roy , qui sçait l'Art de braver Tous les Roys en Magnificence , Y va traitter toute la France , Si LA France s'y veut trouver.
Parmy tant de plaisirs & de tant de manières . Je pense qu'on ne songe gueres '®5 A ce que font tous nos Voisins.
On vient cependant de me dire Que la Guerre est prés des Confins, Et que les Genevois n'auront pas dç quoy rire ; Que le Duc de Savoye a fait passer les Monts *'® A Quatre ou cinq mille piétons ,
Et huit cens Chevaux oui , sans trêve , Mettront par tout le feu dans l'Estat de Genève.
Je ne me trompay pas trop fort Quand je dis , l'An passé , qu'à la fin l'Heresie "3 En aurpit cet Esté jusques dedans son Fort ;
663 lia. — Du \j. Février 1667 (SuBuoinr^. ^64
Voila déjà l'effet de cette Prophétie.
Les Génois auront bonne part Aux premiers hazards de la Guerre Que va faire le Sxvoyart , * *^ Car il prétend que , de la Terre
Dont ils sont Nlaistres aujourd'huy, ViNTi-Mn-LE & DiNAN de plain droit sont à luy. Comme leur Republique à faire cette perte Ne pourra consentir si-tôt , **^ A bon entendeur demy-mot ;
C'est-à-dire , Seigneur , que voila guerre ouverte.
S'il est vray que ie dernier mois Leur convoy de CADii soit arrivé dans Gbnbs Avec deux milions de Piastres à la fois , '^^ C'est de quoy, s'il en faut , payer des Capitaines.
Cet E^AT , quand j'y pense , est bien riche à présent
Et devient grandement puissant.
Son Sénat autrefois cedoit tout aux grands Princes Et , sans leur envier les honneurs Souverains , ^^^ Se contentoit de vivre avecque les Humains
Dedans ses petites Provinces ; Mais , SsiGNEna , ce n'est plus cela :
Les tiltres que l'on donne aux testes Couronnées Ne sont plus trop pour ces gens-là, '^ Depuis certain nombre d'Années.
Je yeux qu'ils leur soient deus» j'en ay peu mal au cœur ; Mais il me souvient bien d'une vieille Sentence Qui dit que , quand on est au faiste de grandeur , On doit craindre la décadence.
*^> Croyez-vous que I'Anglois soit en Paix au Printemps ?
Il me semble qu'on met long-temps A commencer la Conférence Dont on nous donnoit TEsperance.
On dit que le Liégeois a révélation *><> Que c'est chez luy que se doit faire
Cette Negotiation.
Je le veux croire pour luv plaire ; Mais on ne me verra luy conseiller jamais De dire ou'il y fasse faire »>5 Tant de Loges pour les Valets
Et les chevaux des hostes qu'il espère ; Qu'il ne publie aussi qu'on y fait des Palais. Les plus habiles gens de France & d' Allemagne . Les plus spirituels de la Grande Bretagne . ^^^ De la Suéde & des Estats
Iront là pour leurs Potentats ; Ce ne sont point des railleries ,
665 aia. — Du 17. Février 1667 (Subugny). 666
Et , quand il fait sçavoir que ses plus grands travaux Sont à bastir des Escuries , «^ Il semble qu'il n'y doive aller que des Chevaux.
Fort insensiblement nous disons des Nouvelles Et nous avons quitté les plaisirs de la Cour ; Mais n'importe , achevons, puisqu'elles sont si belles : On n'en a point , Seigneur . de telles chaque jour. 170 Le KOT DE Pologne respire :
On dit qu*un de ses bons sujets [Sedominskii
A presque ruiné les perfides projets Des traîtres révoltez contre ce pauvre Empire. Le Butin & les prisonniers '?5 Que le Cosaque & le Tartare
Avoient faits dans ces mois derniers .
Par leur irruption barbare , Sont revenus dans le Païs Et chez les Polonnois fidelles »
^^ Par la défaite des Rebelles
Qui peu de jours devant les avoient envahis. Casimir toutefois craint toû|ours de plus belle ; Les Turcs , joints à ces scélérats , Menacent ses tristes Estats **5 D'une ruine universelle.
11 demande secours à tous les Roys Voisins Et vingt Ambassadeurs occupent les chemins. Déjà mesme un Courier est arrivé dans Rome , Le vingt & un du mois passé , '^ Pour en demander au Saint-Homme ;
On peut juger par là combien il est pressé.
Le Turc entreprend trop : il en veut à Candie , Qu'il voudroit bien oster aux bons Venhiens , Et pour cette entreprise , à mon gré tres-hardie , '^^ Il arreste en ses Ports tous les V.usseaux Chrestiens
Et les force à charger les choses nécessaires
Pour avancer là ses affaires.
Il va , d'autre côté , rompre avec I'Empereur Sur un prétexte asses bisarre , ^^ Et , d'un autre , il se joint au rebelle Tartare
Qui contre Casimir marche avecque fureur. Je conçois peu sa Politique , Que presque, tout le monde craint ; Mais . de quelqu esprit fin pour ce coup qu'il se pique . Qui trop embrasse mal étraint.
Premièrement , Swgnbur , qtioy que le Monde die Qu'il prendra cette Année asseurément Candie ; Que , cette Capitale estant prise demain , Il faudra dans un An dire : Adieu la Sicile , ''** Adieu Ports d'Itaub , Adieu PaÏs Romains ;
Chacun n'estime pas la chose si facile :
îo-.
667 212. — Du 17. Février 1667 Sobligny;. 668
Venise ne craint point cela.
Depuis un temps k MioiQnu Ville , Pour soutenir ce siege-là , 2i5 Avec force Officiers s'est jette dans la Ville.
Ah mais , me dira-^'on , le Turc est bien puissant Et la République » au contraire .
Va tous les Jours s*afïbiblissant ; Encore un de ses Chefs, & d*un rang peu Vulgaire , aao Cadet du Duc de Parme enfin , [Honœ FanèMj
Dans les Isles de Sdille a finy son destin : Cela n'avance point de beaucoup son afTaire. Venise est sage , cher Dauphin :
Nous n'avons qu'à la laisser faire.
325 On vous rappelle à vos plaisirs ,
C'est assez parlé de Nouvelles.
Adieu , Comble de mes désirs ; Jeudy prochain encor nous en dirons de belles.
A Paris, Cke^ Pierre Le Monmier, rue dés Mathwins , an Feu Divin 1667, Avec Privilège.
(La Muse Dauphine , etc., 1667 — yoy. le n** 209 , coL 640 , — pp. 13-24.
LETTRE EN VERS A MADAME
[Pab Charlbs robinet.]
Du 20. Février lôôy.
Muse qu'on flale de divine ,
E6sa]rez à la devenir
Et faites que , dans TAvenir,
Vous teniez de vôtre Héroïne.
Que vous feriez de bruit si vous lui resaeoibliez ,
Et si , comme Elle , vous aviez
Tous ces Charmes d'Une belle Ame Qui font voir c^ue le Ciel épuisa ses Efforts
A dessein de rendre Madame Aussi belle par là que du costé du Corps !
Par cette noble Ressemblance Vous attireriez soa amour ,
669 2i3. — Du 20. Février 1667 (Romket).
Et Ton ne verroit point en Cour De plus parfaite Intelligence.
■3 Par bonté , je le sçais , Elle vous fait accueil ,
Et vous en fait assez pour vous enfler d'orgueil ;
Mais ce seroit bien autre chose.
Là donc , cultivez-vous toujours de plus en plus Et de l'Original qu'ici je vous propose » Contretirez en vous les divins Attribus.
Les Tartàrbs» ces francs Espiègles Qui vivent sans aucunes Régies , Ont à leur tour eu sur les Doigts Far les Trouks des Polonois »
>5 A qui , comme l'on sçait • n'aguéres Us avoyent taillé des Croupières ; Et , de Bateurs étans Batus , Bien loin de faire les Testus Et de vouloir tirer Revanche ,
^ Leur OsT tout honteux se retranche, Et n'ose plus montrer le nez A ces Sarmathbs r'alliez.
Mais , las I pour cela , la Pologne N'est pas à la fin -de Besogne ,
35 Car ces Tartares de mat-heur^ Qui par Tordre du Grand Seigneur Se sont joints aux Tourne-Casaques, Que Ton appelle les Cosaques , Doivent , avec d'autres Secours ,
40 Tout désoler, aux premiers jours, A Tentour de certaine Place Devant qui rOTOMANs Race, Qu'on voodroit voir au Berniquet , Désire planter le Piquet.
45 Déjà , ce dit- on , sa Haotesse , Avecquc beaucoup d'alaigresse , A fait porter diligemment Le Bâton de Cohmanssment , Conune aussi I'Ensbione &le Sabre,
50 Dessus un Cheval qui se cabre , Au Bassa qui doit aller là Conduire ce beau Siége-là , [fiére, Ce Grand Seigneur , d'humeur fort Bouillant d'une ardante Colère
75 Contre le Sarmathe affligé , Dont il se tient tres-outragé , Pour n'avoir pas de belle sorte Envoyé Quelqu'un à sa Porte En qualité d'ÉiiBASSAOBUR ,
^Ce qui beauboup lui tient au cœur.
16 Elle TOUS en liiit
C'est pourquoi le Polonois Sire , Afin de détourner son Ire , En envoyera promptement un Qui ne sera pas du commun ,
65 Et, d'autre* part , à tous les Princes, Des plus grands jusques aux plus Il dépéchera des Couriers [minces , Dessus d'alaigres Destriers , Pour en avoir quelque Assistance
70 En cette pressante Occurance.
Mais cnacun d'eux sera ravi De se signaler à Tenvi Dedans cette commune Cause ; Ainsi do moins je croi la chose.
75 Déjà l^ vaillans SuéDOIS^, Cherchaos matière à leurs Explois , Se promettent dans cette Gubme De bien jouer du Cimeterre Et , toute raillerie à part ,
80 D'abatre du moins, pour leur part , Vingt mille des Mahones Cornes Qui, ne pouvans soufirir de Bornes, Voudroyent, par des progrez divers.
Se planter par tout l'Univers.
S5 Mais nous en avons assez d'autres , Beaux Musulmans ; gardez les vôtres.
Je trouve plein d'un grand loisir Leur Monsieur le Premier Visir , De faire, en guise de Fusées ,
90 Voler des Bombes embrasées En si nombreuse quantité Dans la Capitale Crré Du beau Royaume de Candie , Et l'Entreprise est bien hardie
95 Qu'il fait de la réduire enfin Dessous le maudit louo Turcain.
Quoi qu'en Guerre il soit tres-ha- Je pense que le Marquis Ville [bile,
21 3. '— Du xo. Février 1667 (Roamsr).
Et tous les Chefs VéNimNs , 100 Aussi vaiUans que bons Chrêtieiis, N'auront pas moins d'intelligence Et de guerrière Expériance , Et que , comme il ataquera , Tout de même on se défendra.
105 Incertain aussi de Tissue, Craignant de faire une Bévue , Il tâdie , comme fin Regnard , De fedre Paix avec Saint Marc ; D'autant plus que le Sultan même 1 10 Se trouve en un besoin extrême D'avoir ses Troupes en un Bloc »
S'il veut donner un si grand Choc
A la POLONOISB COURONNR ,
De la façon qu'on l'en soupçonne.
115 Le jeune Prince Ragosqui , Qui rime avec Lubomirsqui , Qu'inspire un si mauvais Génie , Voudroit de la Transstlvanie AbMii Chasser le Compère Michel ,
lao Qui lui cause un triste Martel , Et , comme chante le Proverbe , Pour lui couper sous le Pied l'Herbe Employant le Sec & le Vert , De tous tes mcqrens il se sert.
125 Mais quelquesoBiGNBURS de Hongrie, Voyans la chose fort aigrie, Moyennent l'Accommodement , Afin d'arrêter l'Armement Qu'on prétexte de leur'Querelle ,
'^û Mais qui met beaucoup en Cervelle Les Hongrois & les Alemans , Craignans fort que les Otomans , Qu'on tient sujets à fourberie , Ne leur fassent supercherie.
155 L'Espagnol & le Portugais N'ont encor fait Trêve ni Paix , Et chacun d'eux , d'une Ame fiére , Est toujours en Garde meurtrière.
Les Anglois & les Hollandois , MO Que l'Hyver contraint d'être cois , Témoignent n'avoir pas envie D'être en repos toute leur vie , Mais de vouloir, à ce Printemps, Estre derechef Combatans.
145 C'est des Régions étrangères
Ce qu'avec ses Ailes légères Répand la Dame du Renom ; Après auoi je vais tout de bon Dirt d'Ici d'autres Nouvelles , >5o Dont voici l'une des plus belles
Monsieur le Cardinal de Retz , Ayant essuyé tous les Trais De la plus averse Fortune , Avec une Ame non Commune ,
155 Mais telle que l'ont les HéROs Nais pour les illustres Travaux , Est venu , tout brillant de Gloire , Consommer sa noble Victcnre Aux Pieds du plus grand Potentat
' ^ Qui jamais ait régi I'Estat. [qoe Un Trait d'œii de ce cher Monar- De sa Faveur portant la marque .
A foudroyé le Sort £ilal Ennemi de ce Cardinal ,
»^5 Et l'on revoid enfin en France , Avec joye» une autre Eminence , Car, en un mot , jusqu'à ce Jour, La Pourpre a fort orné la Cour , Et puis les Vertus Cardinales
'70 Accompagnent bien les Royales.
Mais , à propos de nôtre Cour , Les Ambassadeurs , l'autre jour, !
Y complimentèrent la Retne , Cette excellente Souveraine ,
175 Dessus l'aimable Evénement De son heureux Agcouchcmbnt , Lequel nous donne une Princesse j Qu on admire déjà sans cesse , Et qui , se faisant bien nourrir
>^ Avec Mie aussi fait fleurir Une Troupe de jeunes Charmes Qui causeront bien des Allarmes.
Ensuite ces Complimenteurs , Qui parurent bons Orateurs ,
«85 Furent , par l'ordre du Grand S»e . Tous conviez , pour leur Bien-dire , A se divertir au Balet ^1
Et traitez en Festin complet. '^
On a , d^uis le Treizième , 190 Dancé trois fois ce Balet même Qui, changeant encor beaucoup plus De Visages que Prothéus ,
Avoit lors deux autres Entrées Qu'on a beaucoup considérées , Tvcs Sçaroir des Moftss & Mahoms , Jj^ Ûeux tres-perverses Nations.
Molèn)
Le Bal aussi par fois se donne , Où des mieux Ton coilationne ; Puis la CoMéDiE , en son Jour, 200 Divertit de même , à son tour, D«4|i Par quatre Troupes différantes iffir Et oui sont toutes excellentes.
2^ La Chasse enfin & les Festins , £Smi Les chers Amis des Intestins , '^ Et les beaux Concerts de Baptiste , Qui n'est point un Anabaptiste , Font les Ebats du Carnaval Chez le Monarqob sans égal.
Mais ce sera bien autre chose , >|<>De la manière qu'on en cause , Demain & les deux Jours d'après , Et l'on ftit de rares Apprés , A cet Enet , dedans Versailles, Où l'on ne i>aye point de Tailles.
*»5 Dci Gens aui ne sont point Menteurs M'ont carié de cinq cent Piqueurs , Employez à larder des Viandes , Toutes exquises & friandes , Dont nôtre magnifique Roy i» Veut qu'on régale en bel arroy Tous & chacuns Messieurs les Mas-
[qubs, Qui , sans commettre aucunes fras- Voudront aller voir sagement [ques, Ce nouveau Divertissement >>5 Duquel je vous promets de mettre ' Le Uéuul en mon autre Lettre.
La Princesse de Monacho
• Etant relevée à gogo ,
Et même plus fraîche & plus belle , >^Pour s'en féliciter chez elle ,
Avant-hier, y donna le Bal
Avec un Festin sans égal.
Entr'autres Têtes principales ,
Les belles Altesses Royales >35 Y charmoyent les Yeux & les Cœurs
Par mille & mille Attrais vainqueurs.
Et toutes les Dames parées ,
Afin d'être illec admirées ,
Avoyent , parmy leurs Ornemens , M» Tant de Perles & Diamans
2i3. — Du ao. Février 1667 (Robinet).
Qu'on auroit juré que la Sale Etoit une Inde Oeientale.
C'est ce qu'on m'en a dit en gros :
Aussi je tranche en peu de mots ; »45 Mais , si j'en apprends davantage , Vous l'aurez dans quelqu'autre Page.
Le sage & preux Marquis o'Alui , Qui de SouRDis l'est aujourd'hui , A , pour couronner sa Constance , ^50 La plus belle qui soit en France , Epousé l'illustre Fouilloux.
O le noble Exemple pour vous , Indignes Amans de nôtre Age , Qui n'avez rien qu'un Feu volage !
«55 Achevons par l'Evénement Arrivé tout nouvellement.