Du 24. Avril 1667 (ROBINST
Il Doc
H5 Lors que , d'uu & d'autre côté.
De sa charmante Majesté, Ducs & Pairs, en bonne ordonnance.
Eurent aussi pris leur Séance , Le sage & preux Grand Chambellan
^ Etant à ses jpieds, en son Rang, Le Grand Seguier, toujours lui- Avec une vigueur extrême , [même , Qu'on ne peut trop exagérer, Se fit mille fois admirer,
355 Parlant sur le Sujet du Code Qui , reformant 1 ancienne Mode De mettre en estât un Piocés , Fera plaider à moindres Frais Et donner ( Chicanes cessées)
séoDes Sentences moins épicées.
Ledit fameux Chef de Thbmis , De plus , toucha d'autres EDrrs Concernant diverses Affaires , Et . du moins , autant nécessaires ,
3^5 Sur quoy le Chef du Parlement , Lamoignon , parla digpement , Ainsi que fit , à Torcunaire , Ce bel Esprit, plein de lumière , L'Avocat Génial Talon ,
«ToSans doute un François Cigbron.
Duo
Monsieur, le digne Frère Unique, Qui de belle Gloire se pique , Fut aussi de sa Majesté Manifester la Volonté , En l'exacte Chambre des Comptes , Où Ton rend rie à rie ses Comptes.
Monsieur son premiep- Présidant, Dont le mérite est transcendant , Harangua lors d'une manière Qui ravit l'Assamblée entière ;
Mais n'en soyez pas ébahi , C'est l'illustre NicolaÏ.
Or , avant lui , le Sieur d'AuGRS , Tres-humain , quoy qu'il rime à a85 Et TAvocAT Général Dreux [Tygre, Firent aussi fort bien tous deux.
Monsieur le Duc , avecque grâce , Aux Atdes alla prendre place , Encor sur le pareil Sujet,
«90 Et PussoR, en Stile bien net Et mémement rempli d'Emphase , Ravit l'AuDrroiRE en extase.
Apres lui , parlant à son.tour.
Le premier Chef de cette Cour
295 Fut alors l'Aimant des Oreilles, Par l'effet de ses nobles Veilles , Et , pour achever en un mot , L'Avocat Général Ravot (Car à chaque Saint sa Chandelle )
)oo Fit sa Harangue , aussi fort belle.
[Jacques 'Amelotl
Au reste, en toutes ces trois
[Cours, Ensuite de ces beaux Discours, Par une juste Déférance A la Souveraine Puissance , 105 On enregistra les Edtts
rSdit pour la RéÉnutioB des Piooédares de JusUoe , PBdit pour la réonlon à la Gooronne des Domaines amenés. FEdlt poor la siipitfaBSiQo des grands et petits Maistres des Baux et Forais , et on acrtre portant poQTotr aux Communautés de rentrer dans tours Usages, aTsodéiîanses de saisir tos Bestiaux pendant quatre ans.
Dont ces quatre en marge j'ay mis.
J'aurois encor bien des Nouvelles , Toutes curieuses & belles , Dont l'une regardoit le Camp 5>o Où le Roy s'ébat • en plein Champ,
A revoir ses nobles Miuces , Qui de ses Yeux sont les Délices ; Mais , mon Papier se trouvant cour.
Je m'en vais les saler jusques au premier jour.
î « 5 Adieu , belle & grande Princesse ,
Je vais vîte envoyer ces Vers dessous la Presse.
8i9 22i. '^ Du 24. Avril 1667 (Robihbt). Sm
Us sont du vingt-«ept Aprilis , Où le Printemps enfin se couronne de Ljrs.
A Paris , CJu^ F. Mngmt , rm$ de la Harpe , aux Trois Rais, Avec Primiige dm Itoy.
(BIbUoth. nat., U^, 32. Rés. — Brbliodi. Masarine, 396. A^. ' — BiUiotfa. de 1 Arienal , B. t. iiSos.
— Biblioth. de M. le baron James de Rothacfaild.)
LETTRE EN VERS A MADAME
[Par Charlbs ROBINET.]
Du 1. May 1667
Encor qu'un maudit Rbeumatisme , Aussi dangereux pour le Corps Que , pour l'Eglise , l'est un Schisme , Fist le Dragon sur moy, par ses malins effors , 5 Je ne laissav pas , 6 Princesse ,
Le dernier jour, d éoîre à vôtre belle Altesse , Tant j'ay de la servir de plaisir & d'ardeur , Et » même , ou par justice ou par galanterie , Maintes Gens d'Esprit & d'Honneur «^ M'ont juré qu'ils trouvoyent ma Lettre assez fleurie.
Mais ce Rbeumatisme bizâre , Qui furette de tous costez , D'une manière si barbare Redouble ses hostilitez , 15 Que je n'oserois me promettre
De pouvoir aujourd'hui vous fournir une Lettre . Ni , bien moins , de l'écrire un peu passablement . Quoi que , pour pompeuse matière , J'aye le Royal Campement ; 90 Mais je vais au hazard enfiler ma Carrière.
Le vingt d' Avril , Phœbus, montrant ses Rais propices . Tout exprés en faveur des Royales Mujces , On les veid défiler toutes de leurs Quartiers Et , de l'air noble & fier qui sied bien aux Guerriers , >5 S'avancer en bon ordre où le Monarque illustre
Devoit les visiter & les voir en leur lustre.
Chevaux & Fantassins , Officiers & Soldats , Pour plaire à ce plus grand de tous les Potentats . Avoyent , comme à l'envi , relevé l'Equipage
gii 129. — Du 1. May 1667 (RoBmrr). 823
p Et sur tout dans leurs yeux tracé leur grand courage ,
Comme s'ils eussent dû suivre leurs Etendards Du Camp de l'ExERacE en un vrai Camp de Mars.
Du beau nombre de ces Milices Etoyent Gardes François & Suisses , 15 Les premiers remplis de Cadets
Des plus lestes & des mieux faits ;
Item » du Corps les dignes Gardes , D'Ames preuses & non couardes , Et de qui tous les Offiders 40 Sont grands Moissonneurs de Lauriers ;
Item , les brillans Mousquetaires , Reconus vaillans Militaires , Et qu'on ne peut prendre sans Vert
Sous d'ÀRTAGNAN êi SOUS COLBERT ;
45 Item , Messieurs les vrais Gens-d'armes ,
Si propres aux grands Explois d* Armes
Et les Chevaux-Legers encor,
Aimans le belliqueux Essor,
Sçavoir tant ceux de nôtre Sire 50 ( Puis-qu'en détail , il £aut tout dire )
Que de la Reynb , du Dauphin
Et de Monsieur , son Oncle , enfin ; Item , pour achever la Liste ,
Suivant mon Mémoire , à la piste , 55 Le nombreux Régiment du Roy , infcntOTie
Tenu dans un si bel arroy
Par son Mbstrb de Camp illustre , ^''dÂS?^
Si galant dedans le Balustre ,
Et le R£oiMENT LyONNOIS , Inlmtefle
^ Dont le Chef , si je m'y connois . ^ "vmSS** ^
Ne voudroit céder à Personne L'Honneur qui s'acquiert chez Bellone.
Toutes ces Troupes-là , sans erreur, se montans A quinze miUe & plus bons Hommes Combatans ,
^5 Dont même j'oserois estimer les Centaines
Autant que les Miliers des Liions Romaines . Ne furent pas plutôt au Lieu du Campement, Qu'un Tapis Printanier couvroit superbement , Qu'on les veid , à l'instant , sans quiter les Epées ,
70 Les Pics dedans la main , ardamment occujpées.
Leur noble empressement fut tel qu'en demi-jour La Plaine fut changée ainsi (^u'en un grand Bourg, Rempli de tous costez de Maisons & de Rues Et , dans le même temps, de vivres bien pourvues.
75 En cette Martiale & nouvelle Cité
Etoit la Tante aussi de nôtre Majesté . Tout ainsi que pour Elle ornée ,
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De Pavillons eaviroanée , Avec qiuntité de Guidons , ^ Ayant mêmes ses Galeries ,
Ses Plates Formes , ses Balcons , Ses Sales & ses Ecuries , Et les autres Commoditez Nécessaires aux Majestez.
9> Les autres principales Tantes
Etoyent tout-a-fait éclatantes Et , tant ces Tantes-là que celles des Soldats . Occupovent bien trois quarts de lieue & quelques pas Sur le Riva^ clair du beau Fleuve de Seinb , 90 Qui n'égayoit pas peu la belliqueuse ScBifE .
Laquelle étendoit ses Cloisons De la Borde jusqu'à Maisons.
Sur le soir, Taimable Monarque Avecque maints Sbiohburs de Marque 95 Vint se promener en ce Champ
Et fit le tour du vaste Camp , Et c'est comment cette Journée De point en point fut terminée.
Le lendemain , sa Majesté , 100 Qui dort bien moins qu'elle ne veille ,
Et dont la Martialité Fait qu'aussi bien des Gens ont la Puce à l'oreille ,
Retint en ce Lieu , le matin , Où lors tous les Soldats • l'Epée nue à la main , 105 La receurent , remplis de joye ,
Au bruit de leurs Concerts & des belliqueux Tons
Des Tymbales , Tambours , Hauts-Bois , Fifres , Qairons,
Qui font abandonner à Mars une Ame en Proye.
Ensuite Elle disna dessous une des Tantes , > >û Et l'une des plus apparantes ,
Du Cornette , dit-oc , de ses Chevaux-Légers ,
Et puis , ce Repas fait , qui fut des plus légers ,
Elle donna ses soins à diverses Affaires ,
Sans doute de I'Estat autant de grands Mystères, I >5 Desquels , par conséquent , je me tairay fort bien ,
Et même d'autant mieux que je n'en ay sceu rien
Sur le Soir, lors que le Zéphire , Que Flore tient sous son Empire • Eut poussé jusou'au Camp ses soupirs amoureux , i9o Ce grand Rot nt ranger ses Troupes en Bataille «
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Où , quand c'est tout de bon , la Paiiq0B en plein^Drap taille Et remplit ses avides Vœux.
Ces Troupes, étans sur deux Lignes , Murent au SouvKRAm & lui parurent dignes 135 Des Soins que chaque jour nous voyons qu'il en prend ,
Et leurs r^ards de feu semMoyent aussi lui diie ,
De rang en rang , Qu'Elles iroyent par tout étendre son Empire.
Au reste , le brillant & céleste FuLHBEAn 130 Ne pouvoit éclairer un Spectacle plus beau ;
Rien n*étoit plus superbe & plus leste & plus riche
Que d'or & que d'argent briAoit sur les habits !
Et dessus les Castors eue de Plumes de prix I
Aucun là ne sembloit oc ni pauvre & ni cniche , 135 Et la Pompe , éclatant jusques sur les Chevaux ,
Ne montroit à nos Yeux par tout que des égaux.
Deux merveilleuses H^oimbs ,
Lors en Vestes & Capelines ,
Et les Heds dans les Etriers , 14» Sur deux aimables Destriers ,
A sçavoir la RfeYNE & Madame ,
Si belles , & de Corps & d'Ame,
Que c'est pour la Muze un grand Champ
Vinrent ensemble voir le Camp , •45 Certe , à la Teste d'une Troupe
Qui de I'Amour a Vent en poupe.
Toutes ces exquises Beautez
Qui triomphent des Libertez ,
Mêmement sur les plus hauts Trdnes , '50 Etoyent vraiment en Amazones ,
Et pourtant fort en diffëroyent ,
Car je pense qu'EUes avoyent ♦
Par une meilleure fortune .
Deux aimables Tétons chacune , '5$ Et , quoi que dessus leur fierté
Elles rehaussant leur beauté ,
Elles ne sont ni Lycantropes ,
Ni , comme je croy, Mysantropes ,
Et , pour l'honneur de leurs Appas , '^ Aussi ne le £siudroit-il pas.
Ces chères Sources de Délices D'un bout à l'autre ayant visité les Milices , Qui receurent de leurs beaux Yeux , Le faut-il demander ? mille coups furieux , '^5 On les veid retirer , en très-belle Ordonnance ,
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^Dtasu» une Emioence , Et ces Troupes » tout à l'instant , Comme par hommage éclatant Qu'elles vouloyent rendre à leurs Charmes • >7o Firent trois Salves de leurs Armes ,
Qui , pour ce soîr-là , tinrent lieu D*un assez raisonnable Adieu , Car ces Milices triomphantes S'allèrent retirer aussi-tôt sous leurs Tantes.
>75 Quant au beau Sexe , en bonne foy,
Il vint dessous celle du Rot , Où , dans une riante Sale , Les attendoit un grand Réffale , Et puis la Troupe alla soudain
>^ Chercher son Gîte à Saint GERMâiN .
Cela dura quatre Journées « Les Dames étans , chaque jour, De nouvelle &çon ornées Et plus charmantes que l'An omt , t*5 Mais qui , pour attraper ces Belles
Et pour être aussi charmant qu'dles ( Jugez si le Drôle étoit fin ) , Vint là montrer son nez , sous celui du Dauphin.
Dimanche , tout Paris sortit hors de lui-mime 190 Pour aller voir ce Camp ^ui fEusoit tant de bruit ,
Et veid avec plaisir extrême Ce Royal & charmant Déduit. .
Mais maint Prêcheur n'en fut pas aise , Car, ne vous en déplaise , 195 Etant dans la Chaire monté ,
Je vous le di , sans que je raille , Quoi que le dernier coup eust fort long-temps tinté , Il trouva seulement des Auditeurs de Paille.
Nôtre rare Auguste , Mardy ,
Non , je voulois dire Lundy ,
Renvoya ces salantes Troupes , Jusoues à nouvel ordre , en leurs premiers Quartiers , Et 1 on dit que, bien-tôt , en Pajrs de Lauriers ,
Elles iront tailler leurs Soupes.
^5 Déjà , le bruit en vole & se répand par tout ;
Plus d'une Nation en demeure à l'écoute. Mais attendons jusques au bout :
Nous devinerons tout quand nous sçaurons la Route ,
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Et » chez qui que ce soit • il ne fiiut pas qu'on doute 910 Qu il ne soit réduit à Quia
Et que nous n'en chandons Ici VicroRUé
Mais , pour achever nôtre Epitre , Passons à quelqu'autre Chapitre , Et mettons dans nôtre Narré 115 Que l'ABBé de Bar fut sacré
(Lequel , je croi , n'a pas nom Jacque ) EvBSQUB d'Acs , à la grand' Pasqub , Avecque un si noble Appareil Qu'on n'en void guère depareil ; »>• Et , comme c'est à juste Titre
Qu'il est coSiFé de cette Mttrb Et <|ue son grand mérite a fondé son Bon-heur, Qu'd en fut applaudi de force Gens d'Honneur.
Je ne pus cet Article mettre >>5 En ma pénultième Lettre ,
Non plus ^u'un autre que void , Des plus dignes de mon Souci :
. C'est qu'en nôtre Françoisb & docte AcàsâMm , Dont est Chbf l'illustre Siounta , *** On avoit, avec preud'homie ,
Receu Monsieur Colbbrt , l'autre Jbudt dernier.
Le Duc de Sahit Agnan , qui joint, de bonne grâce , Aux beaux Lauriers de Mars les LAimiBRS du Parnassb Et sert aux Courtisans de Modèle aujourd'huy, >35 De la part de ce Corps , l'alla prendre chez biy
Et le mena dans l'AssAMBLés « Qui d'alaigresse fut comblée De se voir un si grand Appuy.
Il y montra qu'en nôtre Langue ^ Il scavoit faire une harangue
Et du beau stile & du bel air , Et , prenant nôtre charmant Sire Pour le sujet de son bien-dire , Dessus un si beau Texte on le veid triompher.
M^ Enfin on reconnut oue ce sage Ministre
(Que Dieu gard de tout cas sinistre ! )
Etoit en tout un grand Mortel Et que , pour le payer des utiles merveilles
Que tout î'EsTAT doit à ses Veilles , >^ Les Muses lui devoyent chez-EUes un Autel.
La Chose me parêt bien juste :
U est leur Mécénas auprès de nôtre Auguste ;
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Oui , par lui , ce grand Rot leur répand ses Ênreors , Et ces Reynes de la Science, 355 Ces nobles & divines Sœurs ,
Veulent , pour cet effet , être toutes de France.
Deux des plus beaux Asrs libéraux Qui dépandent de leur Empire , Qu'après la Nature on admire 3^ Comme ses illustres Rivaux ,
A sçavoir la Pediture
Avec rARGHITBCnJRE ,
L'appeUent bien souvent aussi En leur Royale Académie , >^5 Et de son obligeant Soud
Lui demandent une partie ,
Si qu'on peut dire , Qu^ est seul aujourd'hui 1'
de bon sel ,
EsPRrr UNIVBRtEL.
Mais passons à quelques Nouvelles.
'70 Celles de Rome sont peu belles ,
Et le Cardinal Robbrti Fut , dit-on , n'afluére , averti »
Par Lettres du QuATORfliài^ , Qu'Alexandre , au Moment extrême,
375 Sentoit enfin pancher ses Jours
Par un tout visible decours.
Ce qui l'a contraint , sans attendre Le Éonnet qu'on lui venoit rendre, A partir pour aller en ladite Crré
2^ Sçavoir s il feudra fidre une autre SAnfréri.
J'ay sceu , de bon Lieu, que riiéRB Dessus les Moyens délibère .
De s'opposer aux PORTOOna , Et qu'il s'en va , sur nouveaux frais « ^5 Envoyer des Gens de Rapière
Les Rembarrer sur la Frontière.