‹ Les continuateurs de Loret. Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autresChapitre 237 sur 247 · Du 24. Décembre 1667 (Robihetj · texte numérisé non relu

Du 24. Décembre 1667 (Robihetj

335 Les trouvans-là , selon leur gré »

Beaucoup mieux en Terre qu'en Pré.

Mais , sortant de son caractère Et devenant irréguliere , Voici d'Elle un contraire effet

230 Qui vous surprendra tout>à-fait.

Un Personnage atrabilaire , Songe-creux & Visionnaire , ^ En bouillant & croisant les bras , Médite un tour sur les Appas

335 Dont son Epouse étoit pourvue Et , dedans son humeur bourue , Fait lors , saturniennement , A peu prés ce Raisonnement :

« Toute Femme gentille & belle

240 » Veut , » dit-il , <c qu'on la croye-

[teUe, » Et même souvent , sans besoin , » Avecc^ue étude , avecque soin , » Sçait joindre l'Art à la Nature » Et coucher ainsi d'imposture ,

a45 » Pour attirer, de toutes parts , » Sur elle , en foule , les regards.

> Or, lorgnant une belle Femme , » On peut la convoiter en l'ame ,

> Et , si l'on peut la convoiter, 350 » Ensuite on peut la mugueter ,

» Et puis au logb s'introduire , » La cajoler, bref, la séduire ,

> Et , par un trop sinistre Affront , » Faire à l'Epoux germer le front.

355 » O que je crain , de par la mienne, i Que telle infortune m'avienne !

» J'en sens un trop cruel souci , » Et , pour m'en délivrer aussi , » Il est bon que je m'en défiasse. »

260 Alors , il trépigne , il grimasse , Et , comme il a longtemps resvé :

4( Voici l'Expédient trouvé , »

Dit-il : « il faut que je la vende.

» Elle est blonde, elle est grasse &

[grande;

265 » Elle a le teint & les yeux oeaux, » Et d'or j'en auray maints boisseaux » Du Sultan de Constantinople , » Qui tient sa Cour dans Andrino- Ayant de la sorte conclud, [pie. >

270 En même temps , il résolut

De se rendre au Levant belle-erre , Voyageant par Mer & par Terre , Et l'Histoire m'aprend qu'enfin Il exécuta son Dessein.

27s Mais voyez de sa Jalousie Quelle est l'étrange frénésie :

Il craignoit que sa Femme plût Et qu'on jettat un Devolut Dessus son charmant Bénéfice,

280 Et , par un aveugle Caprice , Lui même l'expose , la vend Et , de cette façon , consent Que chacun ses choux-gras en feissel Véramenté , cela me passe ,

285 Et la Jalousie est en Lui Bien irréguliere aujourd'hui.

Sur ce , Princbsse bonne & belle, Clion demeure vôtre Ancelle.

Le vingt-quatre, en chantant NoS, 290 Je concluds cet Ecrit tel quel.

APOSTILE.

Il faut enfin que je m'explique, Touchant mon Prophète Londrois :

Ce n'est qu'un Conte ênigmatique, Et c'est un Coc , en bon François.

A Paris, eht^ C. ChenauU, nu de la HnchetU

294 Cette facétie est fort aucieuMe. H nou% suffira de renvoyer à la Prenostication frère Thibart , réimprimée par MM. de Moniaiglon et de Rothschild (Recueil de Poéfies fninçoises, XII , 12) et eux Qjiestions et Propositions enigmatiques , vrajes, composées et mises en prose, qui u trouveat dam Ui Mots et sentences dorées du maistre de saigesse Caton {Paris, Pierre Grimetj s, d,, petit im-8 goth., fel

(Biblioth. Mazarioe, 296 A3.)

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ii3o

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par Charibs ROBINET.]

Du 3i Décembre 1667.

Je vai viste courir, terminant mon Biouac

L'Europe, TAmérique, & l'Asie & T Affrique ,

Pour vous narrer, en Rime , & non pas en Musique ,

De cent Peuples divers tout le petit Mic-mac ,

De ceux-là le Commerce , aux Climats du Tabac ,

De ceux- ci la subtile & rare PoLmquE ,

De ces autres encor la Ruse & la Ru Brique,

Et je n'oublieray rien , ny d'Ab hoc ny d* Ab hac.

Fort long est ce Circuit , mais il n'est de Remédb ;

Pour Madame j'irois où gîte Ganiméde:

Je le dis constamment & sans aucun Rébus.

Mais , avant tout , mangeons une tranche d' Eclanche ,

Puisqu'on peut faire ^as la Veille de Dimanche ,

Et l'arrousons d'un Vin qui n'est pas de Bibus.

15 C'en est fait , je sors de ma Caze ; Me voila perché sur Pégaze , Où tout Autbeur étant grimpé Se croid un Homme fort huppé.

Dieux , que cet Anima) va vite I

^ Déjà je me rencontre au Gîte Chez ce Crésus , le Grand Mogol , Qui ne lit famais dans Saint Paul. * Il a toujours , sur le Commerce , Maille à partir avec )a Perse.

35 Mais qu'aj-je dit ? Maille à partir ? Ab ! je suis plaisant , sans mentir :

lis ne partagent que des Perles , Plus grosses que des yeux de Merles, Des Diamans & Lingots d'or.

30 J'allois bien passer pour Butord Si , par une reprise sage , Je n avois corrigé l'Adage.

Voyons ce que fait le Persan :

Je le trouve en un grand hahan , 35 Touchant sa Guerre avec la Porte ;

Et , faux ou vrai , l'on me raporte Que , leur Trêve étant à sa fin , Il doit , peut-être dés demain , Aller fondre avecque vîtesse 40 Sur les Etats de sa Hautesse Et , du moins jusqu'à Bagadet , Vaillamment pousser son Bidet.

Le Turc, cherchant de la Besogne, Fait des Desseins sur la Pologne ,

45 Pour le prochain Printemps, dit-on.

Mais c'est un ancien Dictum , Que mal êtraint qui trop embrasse , Car Candie assez l'embarrasse , Et faut qu'il livre encor maint choc,

50 Avant que, pour lui, ce soit Hoc Et qu'il plante léans les Bornes Du vaste Empire de ses Cornes.

Cependant , Monsieur le Sultan , Qu'on dit un vrai Petit Sathan ,

55 Fait dans le Serrail des Merveilles Qui sont, en Amour, sans pareilles.

iiSi

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