Du 18. Juillet 1666 (Matolas
Ib nous vouloient jouer un tour, Croyans décendre en nôtre terre ,
80 La veille du puissant Saint Pierre , Où l'on fait coûtumiéremant Des Feux de joye au Bord Normant.
Deux Frégates d'humeur gaillarde , Croyans qu'on êtoit hors de garde ,
85 Vouloient , avec un bateau plat • Prés du Havre faire dégât; Mais le Gouverneur de la Place , Dont la vigilance outrepasse Les surprizes des Ennemis ,
90 Dans les environs avoit mis Sentinelles & bien du monde»
Qui tenoient l'œil au guet sur l'onde, Et défendu pareillement Ce brillant divertissement.
95 Aussi-tôt donc que maint Gendarme Vid l'Anglois , il donne l'alarme A ses Voizins trés-vigilans Pour acueillir les Assaillans , Qui , voyans bien sur nôtre Côte
100 Qu'ils avoient pu conter sans l'hôte, S'en êtoient vite retournez Avec , au moins , un pié-de-nez.
Le Duc de Saint-Aignan, trés-Brave, Courageux, vigilant & grave ,
105 Couroit vers eux fort promptement, Vaillamment, agréablement; Mais la nouvelle luy fut dite , Et son seul nom les mit en fuite.
Si par-tout on trionfe d'eux ,
iioNe sont-ils pas bien mal-heureux?
On me l'a dit, ou bien je rêve , Que le Polonois a fait trêve , Ou la fera dans quelque-temps , Pour treize, quatorze ou quinze ans,
115 Avéque le Duc Moscovite?
Et l'afaire n'est pas petite , S'il est vray qu'il ait fait la paix , Car il pourra mieux dézormais Combatre & ranger les Rebelles
120 Qui forment des Ligues nouvelles ; Mesme on dit que les Otomans , Fâchez de ces événemans , A ce Roy font sans artifice De grandes ofres de service.
135 Monsieur Colbert se porte bien Et son mal à prézent n'est rien.
La Cour, qui l'estime & qui l'aime ,
En ayant un r^et extrême.
Voit avec grande gayeté "io L'heureux retour de sa santé , . Qu'il employé avec zélé inmiance A l'utilité de la France , Et nous vo}r.on8 incessamment Qu'il veille infatigablement.
"35 On balye , on pare Vinceine Pour nôtre Roy, pour nôtre Reine Et les principaux de la Cour, Qui feront là quelque séjour , Dans le mois d'Août ou de Septem-
140 Jusques à celuy de Décembre, [bre,
Les habitans de Magdebourg Pour l'Electeur de Brandebourg Ont telle estime & déférance Que , sans être plus en balance ,
145 Us reçoivent , avec raizon ,
Illec très-bonne Gamizon , [mes , Jusaues au nombre de mille nom- Soldats , Oficiers , Gentils-4ionmies, Qu'à propos aussi-tôt on mît
150 Sous les Loix du Colonel Smit.
L'Impératrice est à Gandie Et va bien-souvent à Dénie Prendre le passe-temps fort beau , Tant sur la terre que sur l'eau , «55 A la chasse , à la promenade ; [lade. Mais , Dieux , on dît qu'elle est ma- Ce bruit , véritable ou trompeur, Pour l'Empereur m'a fait bien peur.
Au moment qu'on faizoit , à Pra- 160 Une réjouyssance vague [gue ,
Et que les Alemans joyeux De tous cotez faizoient des feux, Dans les places & dans les rues Et sur toutes les avenues , 165 Pour cet Hymen Impérial Qui rend leur cœur plus jovial , Des poudres , êtans transportées Par des personnes trop hâtées , Eurent un funeste destin.
t7o Avant que d'être au ma^zin , Des susdits feux trois étincelles , Prenans promptement en icelles , Luy servans comme d'ameçon , Acrurent de telle façon