‹ Les continuateurs de Loret. Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autresChapitre 51 sur 247 · IX. SEMAINE · texte numérisé non relu

IX. SEMAINE

Du Jeudy vingt-deuxième Juillet 1666.

A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN

De cette Maman Mareschallb Qui conduit vostre ame Royalle , Beau Dauphry , sçavez-vous l'humeur, Et , si je vous dis devant elle 5 Une fort plaisante Nouvelle ,

En rira-t-elle de bon cœur?

Pour vous , riez en , je vous crie ; Le sujet vaut bien qu'on en rie.

Vous sçavez , je pense , fort bien 10 Quel est le gros Arménien ;

C'est celuy qu'autrefois des Belles

Prenoient plaisir à plaindre icy ,

Et dont le sort & le soucy

S'adoucissoient souvent près d'elles.

15 Depuis trois mois qu'on Va repris

Et qu'il sollicite à Paris

Pour sa Marchandise perdue

Par parenthèse , nôtre Roy

Agit par trop de bonne foy 20 De vouloir qu'on luy restitue ,

Car je mettrois tout pour le tout

Qu'il s'est à dessein mit reprendre

Et que le Galant a pris goût

A se voir plaint d'un air si tendre ; 25 Depuis donc que l'on le reprit ,

Une assez pitoyable Brune

S'alla mettre aussi dans l'esprit

D'en plaindre à son tour l'infortune.

Passe pour plaindre , Beau Dauphin , 30 Alors Qu'il en vient fantaisie ;

Mais d avoir l'esprit si mutin

BC porUnt simpUmeKt VIII. Semaine— 1-8 Ces \ 18 ^ En vérité , Priwcb , le Roy. hmit vers ont iti snppriwtéi dans BC, 1 37 ^ Se mit aussi dedans l'esprit.

13 A Et dont la perte et le soucy. I • *

Si 148. -^ Du %2. JuiUet 1666 (Subuont). 82

Que de mourir de jalousie

Lorsque quelqu'autre est de moitié

Du phisir ^ue fait la pitié , 33 N*en déplaise à la belle Brune ,

La folie en est importune.

Cependant , il n'est rien si vray

Que cette, Dame pitoyable ,

Aux environs de Fontbnat , 4D Fit une escapade incroyable.

Contre une autre , après un Cartel ,

Elle s'y battit en Duel ,

Et , si l'autheur de ces querelles

N*eut dit , en se mettant entr'elles , 45 Qu'il estoit assez mal-heureux

Pour estre plaint de toutes deux

Et pour contenter leur envie ,

L'une ou l'autre eut perdu la vie.

. De grâce , mon Dauphin charmant • 50 Prenez soin que l'on expédie

Cet ARMENIEN promptement ,

Car, si le Roy n'y remédie ,

Comme il n'a fait aucun Edit

Contre ces Duels d'importance , >$ Je prevoy que , sans contredit ,

La mode en va venir en France.

Je n'entens parler à Paris Que d'une simple Caravelle ; On n'en a jamais veu de telle :

te Tous les vaisseaux Anglois , je pense , en seront pris.

Mais , à bien consulter 1 affaire , Croyez-vous qu'un tel Bastiment , Armé d'un canon seulement , En puisse si souvent tant faire ?

65 II n en sçauroit venir à bout ;

Ce n'est pas luy qui prend tout ce qu'il voit paroistre : On sçait que Saint-Agnan seulement en est Maistre Et c'est son nom seul qui fait tout.

Au grand plaisir de sa Province , 70 De son Espoux & de sa Cour,

L'Elegtrice de Brandebourg A mis au Monde un jeune Prince ; ^'ïïïSL^'iÇfJî A ^1^

., n ' t ' Doorg, noie SSJQlD 1666]

Madame de Bouillon , depuis , Est accouchée en ce païs ;, D'une Fille quy lui ressemble. ^ Mu;Tl^(;î*f

Comme ils naissent en mesme temps , Je voudrois , quand ils seront grands ,

}9j4 Dans on endroit que je tairay. 1 76-78 Â Je ne sçay pas encor si j'en seray dédit;

41 •^ BC on autre. Mais , du moment qu'on me l'a dit,

56 ^ La made en viendra dans la France. I je les ay mariez ensemble.

89 148. — Du n. Jmltet 1666 (SmjrnY). 84

Que l'on les mariatt ensemble.

Qui fut surpris ? ce fut FAnolois , 80 Quand il sceut que le Hollandois

Sous rAiiiiuL Rutter estoit à la Tamise ;

Ce n'estoit pas son sentiment Que cette Flotte en Mer se fut si-tost remise , Et ce dernier coup là le presse estrangement. 85 Ce grand Chef, à son arrivée ,

Luy prit quelaues batteaux d'avis , Qui des plus grands Vaisseaux auroient esté suivis , Si l'Escadre d'abord ne s'en fut pas sauvée ; Mais elle s'enfuit bien avant 90 Dans cette Rivière fameuse ,

Qui , peu de jours auparavant , Faisoit tant la nique à la Meuse , Et luy laissa , pour se poster , Le temps qu'il pou voit souhaitter.

95 Quand par Calais il prit sa route ,

Le Comte de Charrost, sans doute , Eut raison de l'y bien traiter, Car j'aime , en vérité , ce Monsieur de Rutter. Aussi m'a-t'on mandé qu'il luy fit un regale 100 Qui fut superbe au dernier point

Et d'une l>eauté sans égale ; Mesme on ne vous oublia point , Et Monsieur de Rutter luy mesme Y but vostre santé dans un respect extrême. 105 Faites-luy raison » Monseigneur :

Prenez un verre , qu'on le rince , ^ Et , vous montrant un galant Prince ,

Daignez luy faire cet honneur.

Toute la perte d'Angleterre 1 10 Ne l'empesoie pas de s'armer ;

On tient qu'elle doit mettre en Mer Cent quatre grands vaisseaux de guerre.

Cela doit faire un beau fracas , . Contre une Flotte de Hollande 115 Qui ne compte pas moins de Mâs

Et qu'un victorieux commande I

On veut déjà qu'ils soient aux mains , Et de nos PotiTs on nous assure Que des Pescheurs ont dit qu'ils estoient bien certains

Ii8-i90^ Et de DOS Pom on nous «rise Qpe des pescheura ont dît qu*ib estoient bien cer- | Qp'on se battoit vers la Tamim.

[tains

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ISO Qu'on se battoit yen rEiiBoucHURB.

\ Les vagues , depuis quelçiues jours , Aportent de certains bruits sourds Dans tous les endroits de la Rade , Et l'on ne sçait si c*est tonnerre ou canonade. 125 Mais on s'y trompe avec raison ,

Car, de l'air qu'on a veu la Hollande en découdre , On peut feire comparaison De ses canons avec la Foudre.

La Peste quitte Londre , à ce que l'on m'a dit , 1^ Ou n'y paroist plus si pressante ;

Mais on y craint le mal maudit D'une dangereuse descente Qui tueroit en un jour quatre fois plus d'Anglois Que la Peste n'a foit dans le cours de vingt mois. 135 Vous devinez , je croy, sans que je vous le die •

Qu(e c'est de I'Admiral Rutter Qu'ils craignent tous de r'emporter Cette fascheuse maladie ; Elle ne peut pas leur manquer :

MO II est tout prest à débarquer

Six mil hommes dans I'Angleterre , Et NoRT-BAY mesme croit qu'ils ont mis pied à terre.

Est-il vray que nostre Beaufort

Ait rendez-vous à la Tamise ?

14$ Tout le monde en parle à sa guise ,

Et peut-estre mesme est-ce à tort.

Les uns veulent que dans I'Irlande

Il soit depuis peu descendu »

Et d'autres , qu'il se soit rendu 130 Près de la Flotte de Hollande.

Entre nous , je sçay ce qu'il fait

Et le lieu qu'il tient en effet ;

Mais , pour complaire à tout le Monde ,

Qui le place selon soi) goût , 1)5 Je veux croire qu'il est dans tout les coins de l'Onde ,

Et que ses pareils sont par tout.

Un jeune PRmcs , que j'estime Pour mille charmes des plus dous , Et dont » si j'en pouvois aimer d'autre que vous . tte Je ferois mon cœur la victime ,

Le Comte de Saint Pol enfin , A ce qu'on dit, charmant Dauphin , Estoit dans Amsterdam , la dernière semaine ; C'est pour estre icy la prochaine :

165 Et je veux demander à ce beau Voyageur

Ce que l'on iait chez L'Empereur.

IJ7 ^«. ^^>^ BC. I 161 A Sainct-Paul.

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On y parle , dit-on , d'un beau feu d'artifice ;

On 7 fait de rares apprests ,

Et miUe ressorts y sont prêts 170 Pour régaler l'Impératrice.

On reprelsente pour ce temps

Mes SoBURS , Pégase , le Parnasse , Le Mont-Ethna dessous , avec Vulcain dedans ,

Qui forge une lourde cuirasse , 175 Et r Amour descendant des Cieux

Pour chasser Vulcain de ces Lieux ;

En suitte , l'Ethna doit paroistre

Armé de feux de tous costez .

Avec cent autres raretez 180 Qui sont autant de coups de Maistre ;

Et l'artifice finira

Par un Phénix qui brûlera.

Chacun à son ^é , dans Vienne ,

Donne ses explications 185 A ces représentations ,

Et l'Empereur , dit-on , y donne ainsi la sienne :

Qu'Amour, croyant que pour ses traits

Il luy viendra du fer d'EsPAGNE , Dit , en chassant Vulcain de ces Antres secrets , 190 Qu'il n'aura plus besoin du fer de l'Allemagne.

Mais Amour n'est rien qu'un enfEint

Qui se trompe le plus souvent,

Et je croy, bien plus tost, qu'loNACE

Ne fidt exiler par l'Amour 195 Ce Dieu foi^eron de sa Cour,

Que pour mettre la joye & la Paix en sa place.

Parlons de nos Braves François.

On dit que nostre grand Monarque

Ne veut plus que pas un s'embarque , aoo Ou diffère du moins leur départ pour un mois.

Mais , MON Prince , je vous demande

Ce que ces gens ont fait au Roy, Pour les mortifier d'une peine si grande

Et reculer tant leur employ.

305 S'il vouloit souffiir qu'un La Mothe ,

Que vostre Mareschalle appelle , avec raison

L'Espérance de sa Maison ,

Des Ennemis courût la coste ,

Ce que le brave & digne Espoux 3 10 De cette Maman accomplie

A fidt mille fois en sa vie

Luy respondroit de ses grands cous.

Enfin leur colère est extrême

De se voir tous ainsi remis ,

167-170^ J'ajr déjà sceu par un mémoire 1 Pour è l'iMMUtATRiCE en fiùre plut de gloire.

Qli'on y frit de nres apprests 1 1 78-1 79 Ces deux vers m, dans B C.

Et que mille ressorts sont prests | 196 A dans. — aia B C respondoit,

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