LETTRE EN VERS
A SON ALTESSE MADAME LA DUCHESSE DE NEMOURS
[Pai la GRAVETTE db mayolas.]
Du 8. Aoust 1666.
PuKCBSSE , à ce coup , je parie Que {dus d'une personne rie , Pour peu qu'elle soit en humeur.
Car la Le<^ce & le Lecteur, 5 A qui tout bon-heur je dézire , Ne sçauroient s'empêcher de rire
En oyant , voyant ou lizant Cet accident assez plaizant , Qui ne doit point passer pour fable , 10 Puis que l'histoire est véntable.
i55. — Du 8. Aoust 1666 (Matolas).
Sur les dix heures du matin , Dimanche , poussant mon chemin Vers la Grève , place marchande , Quoy que quelques gens on j pande,
15 Etant dlé dans ce quartier Avec un homme du Métier, J'aperceus une Populace Amassée en icelle place, Qui regardoit avec plaizir,
30 En ayant alors le loizir, Deux fiers combatans &deux drôles, Qui se donnoient des croquignolles Et , tous-deux étans bien ferrez , Se portoient des coups bien serrez.
33 L'un êtoit de couleur rougeâtre Et l'autre de couleur blanchâtre ; Ce n'êtoit pas petits Bidets , Mais bien deux fantasques Mulets
' Qui , se trouvans liez fort proche ,
30 S'entrebatirent sans reproche, [mens Leurs beaux premiers commence- Furent quelaues hannissemens , Et les secondes saluades Poursuivirent par des ruades ;
35 Dans les troiziémes incidens , Se mordirent à belles dens.
Un, plus méchant qu'un âne rouge.
Mangea l'oreille à 1 autre , d'où je Conjecture , dans cet instant ,
40 Que c'êtoit-là le plus méchant.
Cependant , la foule s'augmante , La troupe devient importante , Et les grands comme les petits S'arêtoient pour voir ces conflits :
45 Fenêtres , balcons & boutiques , Les plus rares , les plus modiques , S'emplissoient de bonne-façon , Les places valans un teston.
Les Maistres de ces bonnes-bêtes ,
50 Qui peut-être êtoient à des Fêtes , Au bruit de ces deux champions Et de leurs belles actions , Plus intéressez , s'aprochérent , Les fiatérent , puis les grondèrent ,
55 Mais enfin , réconoissans bien Que sur eux ils ne gaignoient rien , Avec le fer un chacun tâche De rompre leur çrossiére atache , Croyant , les éloignans d'un pas ,
60 Qu'après ils ne se mordroient pas ; Mais ces animaux , de plus belle , Lors , continuans leur querelle ,
36 Ils te mordirent.
Ne se sentans plus enchaînez , Furent cent fois plus éfirenez :
65 Se mordent & se font la guerre ; Ils se jétent d'abord par terre , Les quatre pies ou fers en haut , En se cul-butans comme il faut.
En vain , avec de grosses barres
70 On veut apaizer leurs bagarres ; En vain , on met flamberge au vant :
Us sont plus fougueux que devant , Et les armes dont ib se parent Vont droit à ceux qui les séparent.
75 Les grands combats , plaizans ou
[beaux.
Des lions , des coqs , des taureaux , N'ont point causé plus de délice Que ces deux Mulets dans leur lice ; Deux mille témoins de ce jeu ,
80 Qui ne dura pas pour un peu »
Pouront dire la même choze Qu'en rimes icy je compoze.
Je cxoj qu'encor il dureroit , Ou qu'à ^and'peine il finiroit
85 Et leur victoire & leur injure , Si d'avoine quelque mézure , Qu'on leur prézenta devant tous , N'ût enfin nny leur couroux.
Par l'ardeur qu'ils ont fait paroltre ,
90 Ils ont pu donner à conoltre , Tant à leur Maître qu'au Valet , Qu'il fait bon garder le Mulet.
En certains lieux de la Hongrie ,
La Gent y semble assez aigrie , 95 Car, de temps en temps, les Hongrois
A maints Turcs donnent sur les
[doigts.
Qui , dés qu'ils peuvent , se revan-
[chent ,
Tueùt, pillent, rognent & tranchent.
Ils ont mis mêmes , depuis peu , 100 La Ville de Turnaw en feu ,
Ou , du moins , on les en acuze.
Je ne sçay si le f urc s'excuze ,
Mais je sçay-bien , de ce côté ,
Qu'on brûla toute la Cité , «05 Horsmis l'Eglise principale .
C'est-à-Klire la Catédrale.
Des Jézuistes la maizon ,
Par bon-heur, miracle ou raizoo ,
Fut heareuzement garantie 1 10 D'une si cruelle partie.
1 55. — Du 8. Aoust i666 (Matolas).
En Eté principalement On doit hayr l'embrazement , Et brûler une Ville entière C'est agir d'étrange manière.
115 Le Sieur TnuBEirr a prézenté A nôtre Auguste Majesté Le Traité de la Paix conchie Et par la France rézolue Avec le Royaume d'Alger,
120 Qni nous laisse libre la Mer.
n ne faut pas que nôtre Phime Obméte la bonne coutume Qa'en ce temps elle a chacun an ; Bcrivons-<ionc comme Gusman ,
115 Tragédie en tout achevée , Fut reprézentée ou jouée Dans le Cdége de Clermont, Où de grands Personnages spnt Enseignans , instruizans sans cesse
i^La plus florissante jeunesse.
Les Danseurs du Balet du Temps Dominèrent bien du passe-temps ; Ds dansèrent tousd importance , Et le Mdftre de cette dance ,
1} L'adroit Chicaneau , qu'on vanta , Fort dignement s'en aquita. Les Violons & les Trompettes Toodioient d^aimables chansonnet- £t force Gens de qualité [tes ,
MO De la Cour & de la Cité ,
Mardy dernier, là se trouvèrent , R divers plakirs y goûtèrent , Admirans tous , sans fiction , La riche décoration
14^ De ce Téatre maniaque Où parut rOuvrage Héroïque.
n sufit de dire le nom De cet Auteur de grand renom Pour sçavoir si la Pièce est belle :
150 C'est l'éloquent Père RmEixE , Qui n'est pas moins grand Orateur, Qu'il est bon Versificateur, De qui le génie & le stile Ne doivent rien à feu Virgile.
155 Les Acteurs , richement parez Et tout-à-Ëût bien préparez , Avec pompe , avec m-ace extrême , Récitèrent ce beau Poëme.
fi8 AYce kl France. — 119 Entre le Royaume.
Maores
FDs da Roy
Brequigny, qui faizoît le Roy, 160 Le faizoit fort bien , sur-ma-foy ;
Le second joua bien son rôle
Et du geste & de la parole :
C'êtoit l'aimable de Breteuil ,
Qu'on voit en tous lieux de bon œil; 165 Ce Fils d'un trés-illustre Père
Et d'une trés-par£aite Mère ,
Lq septième de leur$ En&ns
Qui sont en vertus trionfans ,
Dont l'ame se voit ocwpée 170 Et dans la Robe & dans TEpée ,
Ce Fils emporta les cinq Prix ,
Récompense des beaux Esprits ,
Et ces cinq en ÉDut ving-&-quatre ,
Dont il n'en &ut que deux rabatre • 175 Qu'il a dignement moissonnez ,
Dont ses travaux sont couronnea.
De La ferté , dans son jeune âge , SeDecterre
Y fit fort bien son personnage ,
Dansa de plus fort gakment 180 Et receut un Prix justement ;
On voit bien par ce qu'il sçait faire
Que c'est le Modèle du Père ,
Comme Manicam & Poncet,
Qui , sans mentir, ont fort bien fait, 185 Et tous enfin , que dans ma Lettre
Entièrement je ne puis mettre :
RouvROY, Lamobrom & Caisti ,
Et de ViLÉNE ont bien dansé.
Quantité d'autres , ^ue j'honore , 190 Eurent alors des çnx encore ,
Quoy qu'Acteurs ils ne fussent pas
Dans cet Acte remply d'apas ,
Dont j'êtois le témoin à l'ombre ;
Et , parmy ce rang & ce nombre , 195 En ce beau champ si bien ouvert ,
J'ouys nommer Seignelay-Colbbrt,
Digne Fils d'un Père sublime ,
Qui s'aquiert une haute estime ,
Et les Trompetes à ce Nom 300 Rehaussans leur ton & leur son ,
Jouans & faizans des merveilles ,
Flatoient doucement les oreilles
De ce grand nombre d'Assistans
Qui s'en allèrent fort contans.
305 Therbze , ma Grande Princesse, Se porte bien dans sa grossesse.
Le Roy, qui fait tout justement ,
Reconpoissant le jugement, L'esprit & le sçavoir insigne 3IO De 1 Abbé de Ôrignan , trés-digne , Et les services merveilleux De ses deux Ondes vertueux « Assavoir, d'Arles l'Archévesque ,
[François Adhémar de llontaO de Orignan]
Et d'Uzez encore TEvesque ,
[Jaoqoes Adhémar de llonteil de Or^nan]
215 A choisy pour Coadjuteur d*Aiiea De la Soroone ce Docteur , Dcquoy content est tout le monde, Conoissant sa vertu profonde.
Dois-|e croire ce que l'on dit , 330 Que la Princesse de Madrid , C'est-à-dire l'Impératrice , Qui ne fait rien qu'avec justice , Doit diférer son partement , Son voyage & débarquement 225 Jusques à la fin de Septembre?
Si c êtoit jusques en Novembre , Tant d'Envoyez, tant de Seigneurs .
Légats , Princes , Ambassadeurs , Ayans fait beaucoup de dépence , 3)o Mourroient , je crojr, d'impatience , Et l'Empereur, qui m'est fort cher, Iroit luv-même la chercher.
Mais , étant à prézent fort seine , Elle épargnera cette peine.
335 Le charmant Prince Piémontois ,
[VIotor^Âmédée-Françoie de Sayoie]
Encore qu'il n'ait que deux mois , Semble qu'il en ait plus de quatre :
i55. — Du^S. Aoust 1666 (Matolas).
Son teint est plus blanc que l'albttre;
Il est déjà si gros , si gras , 340 Et l'on voit en luy tant d'apas ,
Que toute la G>ur de Savoye
Nage dans une mer de joye.
Je vous le dis pour le certain ,
Car je le tiens de bonne^main »
345 Et même bien-tôt on espère
Qu'il sera secondé d'un rrére.
Monsieur le Procureur du Roy, [^^ Qui £ait sa Charge , en bonne-foy.
Aussi-bien qu'Homme du Royaume,
250 Agissant en juste Econome , Alla , d'un au* fort jovial , Jusqu'à l'Hôpital général ; rgeoizes , Devant vingt Bourgeois & Bour- Qui sont bons Françob & Françoi-
255 Fit faire à divers Boulangers , [zes , Entendus , gaillards & l^rs , L'essay du pain , de la farine , Qu'on cuit, qu'on paîtrit, qu'on
Fr'afine.
Par son soin, on trouve au Marché
260 Tout le pain à meilleur marché.
Et son zélé en tout se remarque Pour le Peuple & pour son Monarque.
Altbsse , ces Vers fort récens Iront vous récréer aux champs.
265 J'ay fatt mon Ei4tre historique Trois jours après saint Dominique.
AParii, Cke^C.Ckinauit, Imp. &Ub., Aux Armes au Roy, me delà HiteheUt. Avu Priv. de S. M.
(Bibliotb. de l'Arsenal , B. L. 1 1800.^ Biblioth. de M. le baron James de Rothachîld. — Ce dernier exemplaire porte la date du 1 1 août , mais l'adresse du libraire n'a pas été changée.)
LETTRE EN VERS A MADAME
[Par Charles ROBINET.]
Du 8. Aoust 1666.
Les Philosophes l'ont bien dit , Il est certain , en conscience , Que l'Objet émeut la Puissance :
L'Axiome ne peut souffrir de contredit.
Oui , cet Objet émeut sans peine, Soit pour l'Amour, soit pour la Haine , Selon qu'il se peint à nos yeux ; Et quand la belle Gloire on aime , Elle passionne bien mieux
Dans un divin Sujet qui semble être Elle-même.
Ah ! ma Muse , qui n'a d'ardeur
Ni ne fait de Vœux que pour Elle ,
Le reconest bien à ce zèle
Qui croît sans cesse dans son cœur.
C'est que la charmante Déesse
Se peint en sa Royale Altesse
Avec tant de brillans Attrais , Qu'en Elle on jugeroit qu'EUe soit Incarnée ,
Ou que Madame , ayant ses Trais , Soit sa Cadette , au moins d'autant d'Appas ornée.
Parlant dans un autre jargon Et d'un Epbtolaire ton , En pouvoit-on dire autre chose Quand, plus vermeille que la Rose
^ Et plus blanche aussi que le Lys , Dont sur son Teint des plus polis n se fait un si beau mélange , On la veid briller comme un Ange, En ce Grand Cercle de Lundy, 30 Oti Monsieur Rey, tout ébaudy , Eut de son Altesse Audiance r Non , je le dis en conscience , On ne pouvoit en dire moins ; Et j'aurois entre mes Témoins
B Cet Ambassadeur de Pologne , Mortel , certes , de grave Trogne , ftmr vous assurer qu'on crut voir, Non sans en sentir le pouvoir,
I O vers , amis à Vimprission , a été rétabli ftr mu main du temps swr l'exemplaire de la BêUalkèque MoHomaU.
La Gloire Elle-même en Personne ,
40 Avec l'éclat qui Tenvironne.
Autour d'EUe , maintes Beaotez , Ou subalternes Déitez , [mes ,
Faisoyent un doux Assaut de char- Qui mettoyent les Cœurs en allar-
45 Et mes licentieux Regards , [mes ; S'émancipans de toutes pars , Tombèrent surplus de vingt Gorges Où I'Amour sçaxt faire ses Orges , Je n'en doute point, à gogo.
50 La Princesse de Monacho Etoit Tune de tant de Belles Qu'ainsi lorgnoyent mes deux Phi- Item, la mignarae d'Elbeuf , [nelles ; Objet encor tout clinquant neuf,
55 Et l'éclatante de Soubise , Qui n'est , ma fov, nulement bise :
Item , Madame d Arpajon , De I'Amour autre beau Donjon ;
i56. — Du 8. Aoust 1666 (Robinet).
Et de GRAMMOirr, geitte Covtbsse , Ayant la taille d'une Altesse ;
Dame ItKM, MaDAME de GOURDON ,
iu^M Qui des Cieux a receu maini Don , Et du Bellay, l'Illustre Fille, Dont le visage & resprit brille ; Item, du Ludre... ah 1 non vraiment, ^^^S'toT La Belle étoit en ce moment Fniee Dedans sa Chambre retenue * de»?' Pour légère déconvenue ,
aiyato. ^^ V^^ ^^^^^ asseurément
70 A ce Cercle quelque Ornement ; Mais enfin d'AupiERRE & de FmNNE, Par qui maint cœur encor s'allienne En faveur du plus beau des Dieux , Montroyent aussi là leurs fins Yeux.
75 L'Ambassadeur trouva ce Cercle (Et laissons là la Rime en ercle) Eclatant & beau tout à fait , Et s'en alla fort satisfait»
A quelque trouble près, dans TAme, ' 80 Et d' Amour un petit de flâme , Car, à vrai-dire , bêlas I comment . S'édbaper de son Elément Sans en sentir quelque étincelle , Eust-on r Ame la plus rebelle ?
85 II avoit eu pareillement , Honestement , civilement , De Monsieur publique Audiance , Avec un concours d importance De ceux qui composent la Cour
90 De ce Prince digne d'amour, Lequel , d'obligeante manière , Entendit la harangue entière Qu'il lui fit dessus le Déceds Qui nous cause encor des regretz ;
95 Car c'estoit , parmi d'autres choses , Qui pour mov sont des Lettres clo- Le sujet qui de son Païs [ses ,
L'amenoit en celui des Lys , Pour Taire la Condoléance
100 Aux deux Majestez de la France > De la part de ses Souverains (Avec , je croî , leurs Baise-mains) ëur la Mort de la Reyne Mère , Qui nous sera long-temps amére.
59 Vimprimi porte Duchesse. Nous adoptons la correction faite par une main du temps (probabUment par Robinet Mrmime) sur reximiplaire de la BibUoOàgne noHùttaU. Vây, lét Table alphabétique, article Gramont.
105 De Chaunb , habile & sage Duc , Dont les Discours sont pleins de Suc, A fait fort belle Entrée à Rome Et même . de par le Saint Homme , Du bel air été régalé ;
1 10 Mais c'est en gros ce que j'en sçai , Et dédans la prochaine Lettre Tout le Détail s'en pourra mettre.
Nous n'avons pas encore sceu Qu'à LisBONE l'on ait receu
1 15 La jeune Reyne Portugaise , Et , comme ce seroit fadaise D'en aller , dessus de £aux bruits , Faire des r^its mal construits , Il en fattt la Nouvelle attendre
120 Pour en parler sans se méprendre^ Je juge , Lecteur curieux , Que vous direz que c'est le mieux.
A l'égard de I'Imperatrice , Elle éprouve e^icor le Caprice
125 De l'incirconspecte Fébris , Qui chasse les Jeux & les Ris D'autour de sa belle Personne , A présent dedans Barcelone.
Cela met , je pense , en fureur
150 Son illustre Epous , I'Empereur , Et c'est avec raison , sans doute.
Quoi ? tandis qu'il est à l'écoute Et qu'il attend entre ses bras , Depuis si long-temps , ses Appas ,
1 35 II faut que Madame la Fièvre , A ce point insolente & mièvre .
En jouisse en dépit de lui Et la lui retienne aujourd'hui I Ah ! daignez vous mettre en la place
140 De l'infortuné Prince Ignace , Et vous sentirez la douleur Que lui peut causer ce malheur ; Mais il n'est vraiment pas en chance.
Et Dieu lui donne patiance 1
145 Un Feu cruel , un Feu goulu .
Beaucoup plus qu'on auroit voulu ,
Dévora deTuRNAU, n'aguére, .
La CrrÉ , dit-on , toute entière ;
Bravant , par ses brandons épars , 150 Grand nombre d'HEYDUCs & Hussars
Qui tâchoyent de lui couper bioche.
i56. — Du 8. Aoust 1666 (Robinet).
Il frkassa Bois , Pterre & Roche ;
Sa Dent ardante fut par tout ,
Et rien , de l'un à l'autre bout , 155 De s'en sauver n'eut privilège
Qu'un Docte & célèbre Collegs
Des Associez de Jbsus ,
Et la Cathédrale de puis.
Or ce feu , qui si bien dévore, 160 N'estoit de Sodome ou Gomorb ,
Ni, ma fov, non plus Feu Grégeois,
Mais , helas I un vrai Feu Turcois ;
Car des Turcs la maudite Engeance
L*av<Ht mis eq>rés par vangeance 165 Et pour le refus , ce dit-on ,
De quelque Contribution.
Au Collège des jEsurnss , Pères Sçavans , bons Casuites , Bref, Artisans des beaux Esprists,
170MARDY, l'on délivra les Prix Fondez par le Roy nôtre Sire , Qui des Lettres chérit l'Empire , I\>ur animer les Studieux , nn] Qui se font grands Hommes chez
175 Une Tragédie excellente , [Eux. Dont la Scène étoit fort brillante , Et même le Balet du Temps , Des plus moraux & plus galans , Cette Action accompagnèrent
180 Et tous les Spectateurs charmèrent.
^°™^ Le Sieur Trubert, & non Roger, ABDé08 Présenta le Tratté d'ALGER , «Ta^ N'aguére , à ce rare Monarque , Etant , comme Acte de remarque 185 Et pour les Marchands de grand En Arabe, Turc & François ; [poids, Et , de manière tres-dvile , Au nom du Bassa de la Ville , U receut , entr'autres Présens , 190 Deux Lions robustes & grans , Une Autruche, &, pour taire brindes, Force Chocolaté des Indes , Avec un Bassin bien mignard , Fait de Filigrane avec Art.
195 Je brûle que je ne raconte D^ Une Histoire , & non pas un Conte , ' Que j'ay sceu d'une belle Iris ,
Dont le mérite est de grand Prix.
Si vous l'entendiez d'elle-même ,
Comte Robert
loo Vôtre plaisir seroit extrême »
Taat cette Pucelle d'Esprit Dît des mieux tout ce qu'elle dit.
Mais, q^uoi qu'avec bien moins de Cette Histoire je vous rétrace, [grâce
205 S"il vous plaît , vous l'écoutereE » Ou la ferez lire ou lirez.
Deux Reugieux des Minimes , Ordre digne de nos estimes , Retournans, l'un des derniers jours,
210 Un peu par delà nos Fauxbourgs »
En l'un de leurs sacrez Repaires ^^^ (Ce qui veut dire Monastères) .
Quatre francs Détrousseurs de Gens, Deux desquels sembloyent Païsans ,
215 Ayans entendu , dans leur manche , Sonner Monoye , ou jaune ou blan- Qu'ils avoient receue à Paris , [che , Comme l'on croid , pour des Obfts, Se pro{)osérent , je vous jure ,
220 D'en raire promptement capture , Perisans que la Bource ils rendroyent D'abord qu'ils la demanderoyent.
Mais ces deux Minimes,^non Pérès, Ains, sur mon ame, deux bons Fré-
225 Encor fraîchement émoulus , [res Hauts-taillez & tres-rèsolus , Jugeans bien , à leur contenance , Qu'ils étoyent Gens sans Conscience Et qui , sans doute , avoyent dessein
250 De les décharger du Dindin , Bien loin d'en changer de visage , Amassèrent tout leur courage , Et résolurent , en courroux , De bien recevoir les Filoux.
235 En effet , lesdits quatre Hères , Qui les avoyent pris pour des Pères A l'ombre sous leurs grands Cha-
[peaux.
Bien plus doux à tondre qu'Agneaux, Et qui s'étoyent dit en leur stile :
240 « Ce sont de pauvres mangeurs
[d'huUe » Qui vont leur argent nous donner » Sans aucunement barguigner » , A peine eurent ouvert la bouche , Avec un ton assez farouche ,
245 Pour leur demander le Magot , Qu'eux , fedsans ferme ^sur l'argot , ârent i ces fèloos Apâtres :
« Si vous voulez des Patenôtres ,
» C'est deqeux de nôtre estoc .uod 250» Qui n'avons de plus que le Froc ,
» Un peu de Bure & la Sandale ,
» Peuvent vous faire ample régale ;
» Mais , si vous n*en estes contans ,
» Messieurs , nous sommes peu vos
[Gens, 255 » Et partant , pour de la Pecune ,
* Quelqu'autre part busquez For-
[tune. »
Les Sieurs Escrocs, un peu camus,
Ayant oui tel Orémus ,
Montrent deux Pistolets de poche , t6o Par qui la Mort son Trait décoche ,
A dessein de leur faire peur;
Mais ces grands Fratres , pleins de
En faisans une raillerie [cœur,
De leur petite artillerie , 265 Se jettent dessus le Collet
Des deux Filoux à Pistolet ,
i56. — Du 8. Aoust 1666 (Robinet).
Les desarment & s'en saisissent.
Leurs Camarades , qui frémissent De voir des Moines si vaillans ,
270 Cessans aussi d'être Assaillans , Tâchent d'enfiler la venelle ; Mais , oui da , pure bagatelle.
L'un des bons Frères court après , Et , sans se mettre en fort grands
275 Pareillement il les arreste ; [frais , Puis , tous deux , l'esprit en grand'-
[feste, Mennent, comme de francs Archers, En triomphe leprs Prisonniers , Que l'on met à l'instant en cage
280 Dedans le plus prochain ViUage.
C'est, ce m'a-t'on dit, à Gros-Bois, Où bien-tôt à quelque Haut Bois , Et cf oyez-le sur ma parole , Ils pourront terminer leur rôle.
J'a^ fait cecy trois jours avant la Saint-Laurens , A qm l'on fait des voeux pour la douleur de Dents.
^ jt Farts, Ck€^ F. Mugiut, rue de la Harpe , aux trois Rois
Avec Frivilige âa Roy.
(Biblioth. lut, Lc>, 23. Rés. — Bibliotb. Matarine, 296. A^.)
LA MUSE DE LA COUR
[Par PBRDOU db SUBLIGNY.]