‹ Les continuateurs de Loret. Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autresChapitre 73 sur 247 · XV. SEMAINE. Du Jeudy deuxiesme Septembre · texte numérisé non relu

XV. SEMAINE. Du Jeudy deuxiesme Septembre

A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN

Estes vous fasché , comme on dit ,

Et conceûtes vous du dépit De vous voir appeller un conteur de fleurettes ?

Vous seriez délicat & fier Si vous vous rebutiez de mes Amours discrettes

Pour un petit mot familier.

Voyez-vous , Monsbignei» , je suis Amante et Muse ,

Et • quand mes sentimens jalons Obligeront mon cœur à se plaindre de vous ,

Il faut toujours que l'on m'excuse.

Alors que vous me fâcherez ,

Je vous feray voir ma colère ;

Alors aue vous me complairez ,

Je tascneray de vous complaire ; Et , si vous vous olaignez de cette liberté

A vostre Maman Mareschalb ,

Elle est sincère , elle est loyalle , Et j'en feray mon Juge avecque seureté. Elle ne sera point pour l'un plus que pour l'autre ,

[la maHcfaala da La MoUi»SoQdanooQrt|

a C portmt simplement XIV. Semaine.

iA n ma hiHra.

19 A Elle ne aéra point plua pour Tun que pour

[rtutre.

a35 166. — Du 2. Septembre 1666 (Subugny). »36

ao Car elle est ma Maman aussi bien que la vostre.

Mais laissons là ce différent :

Peut-estre , en ce mois de Septembre , Le mal qui jusqu'icy m'a fait garder la chambre , Avec l'aide de Dieu , ne sera pas si grand , 35 Et j'iray, Monseigneur , vous demander moy-mesme

Comme vous voulez qu'on vous aime.

Broillb est enfin l'Epoux de son Objet charmant, Et , si )'en croy ta médisance , Le lendemain l'Espouse avoit l'œil si dormant jo Qu*on a crû qu'ils avoient travaillé pour la France.

Ce fut Dimanche , au soir , que le festin se fit , Et le reste sur le minuit.

Mais ce reste est peu nostre af&ire ; Passons , Prince , & laissons les faire.

35 La mesme nuict du mesme jour,

Que DE Broille faisoit sa Nopce , On m'a dit que le Rot fit la Medu-Noce Avec les Dames de sa Cour.

Je suis toute hors de moy-mesme 40 D'avoir mal à la jambe icy.

Pendant qu'on les regale ainsi Avec magnificence extrême.

Gagnastes-vous quelques bijoux A la galante Lotterie 45 Que LE Rot fit en suite a ces Objets si doux ,

Et dont chacun tira sa riche pierrerie ? Il n'appartient en vérité Qu'à ce magnifique Monarque De donner de la sorte une galante marque 50 De tant de libéralité ;

Et Je ne pense pas que sa grandeur suprême Nous donne lieu jamais de trouver son égal , A moins que mon Amant Rotal Ne le coppie un jour luy-mesme.

55 On m'a dit qu'un Prince charmant ,

Revenu depuis peu d'un glorieux voyage , ^ Et tout surprenant pour son â^ , Estoit du divertissement :

C'est le jeune Saint Pol , Prince , que je veux dire. ^Qu'y pensa-t'on de luy ? le remarauastes-vous ?

Soit dans Rome , soit dans 1 Empire , Tous les Princes qu'il vit , il les effaça tous. Plus de vingt Souverains ont vanté sa sagesse , Son air, sa grâce & son adresse , 6$ Et je croy mesme , sur ma foy,

Qu ils en portent envie au Rôt.

32 Â sur la my-nuit.

^ 166. — Du '2. Septembre 1666 (Subught). 238

Laissons le entrer au monde avecque tous ses charmes : Il est du moins aussi galant Qu'il sera terrible & vaillant , 70 Lors qu'il faudra prendre les armes.

Son voisin , Monsieur de Crussol , A ce que m'en sont venus dire Des gens du Comte de Saint-Pol, Ne souffre plus tant de martire ; 75 Sa playe enfin se guérira

Et , s'il plaist au bon Dieu , Prince , il vous reverra. Four moy, j'enrageois dans mon ame D'entendre le bruit journalier Dire que l'on verroit bieii-tost finir la trame 80 De cet accomply Cavàllier ,

Et je sentois au double augmenter les allarmes Que j'en avois de jour en jour , Quand je songeois qu'avec la Cour La sage Montausier en verseroit des larmes.

85 Le CoiTTE DE Vaillac se porte aussi bien mieux ,

Et , malgré la gent peu Chrestienne Qui fait mourir le Monde en mille & mille lieux , Pour peu que dans le lict la fièvre le retienne , Soudain qu'il sera sur ses piez , 90 Nous luy pourrons tous deux faire des amitiez.

Le Duc DE Mazarin luy-mesme • Qu'on faisoit mort encor avec audace extrême , N'est , dit-on , non plus mort que rien , Et , Dieu-mercy , se porte bien.

95 II semble » Monseigneur , qu'on ait haste qu'il meure

Parce aue l'on sçait bien que, sans De profundis , Il doit aller en Paradis ; Mais ce n'est pas encor son heure.

Quand pour leur piété des Seigneurs comme luy 100 Devroient viste mourir pour mériter un Temple ,

Il fout qu'ils vivent pour rexem|>le Et pour édifier autruy.

A propos de vie exemplaire , Discourons un peu du Saint-Perb.

105 II n'est , dit-on , rien de si beau

Que les ordres que ce grand Homme Met dans les affaires de Rome , Afin qu'avec repos il descende au tombeau. On tient qu'il pourra vivre encor bien des années ;

8^ À Alors qne je longctw qu'tyec toate la Cour. 1 95 Â Qji'on a haitc. Uà U grande.

93$ i66. •'^ !>u fl. Septembre 1666 (SuBnoiff). 240

110 Mais hxj, se sentant alfoiblir,

Et n'étant pas certain du coup des destinées , Ayant causé la Paix , il cherche à Teitablir. Enfin , ce Papb toat Auguste , Mon Prince , veut mourir en Juste , 115 Ce qui me persuade assez facilement

Que , dans un dernier Consistoire • Nostre Duc de Vendôme enfin aura la gloire D'estre fait Cardinal indubitablement.

Le Duc DE Chaunbs , cet lUustre , I30 Qui remplit là sa Charge avec un nouveau lustre

Et qui pour son grand Rot ne veut perdre aucun temps , Sceut SI bien ménager ces coups de conscience Qui mettoient le Saint Perb en ces beaux sentimens Qu'enfin il en eut audiance.

125 Le Pape , qui ne pût la donner que du lit ,

Ne l'escouta pourtant , en faveur de la France , Que pour voir seulement ses lettres de créance Et témoigner le cas que toujours il en fit. Mais nostre adroit Monsieur de Chaunbs , 130 Au lieu de s'arrester aux protestations ,

Qui ne sont que clés contes jaunes En pareilles occasions , Prit son temps , comme un habile homme , De le prier , au nom du Roy , 135 De conférer la pourpre à Monsieur de VandÔme ;

Et Ton le fera que je croy.

Je voudrois posséder assez d'intelligences Pour, après le Cardinalat, Le faire élever au Papat , 140 Car j'en espererois au moins des Indulgences.

Son Pttisné , Monsieur de Bbaufort, En défnt du calme & du sort , Arriva devant la Rocrbllb , Le vingt & trois du dernier mois , 145 Et sa Flotte est toujours fort belle

Et digne , m'ft-t'on dit » du grand Nom des François. Le lendemain matin , il entra dans la ville ,

Dont le Peuple accourut par mille Le recevoir au bruit des acclamations.

150 II a bien mérité tout l'honneur qu'on luy porte ,

Et c'est le moins qu'on doive aux Héros de sa sorte Que de leur aouhakor des beaedictioiis.

On dit que le Duc de Navaille L'y regala splendidement 155 Et fit bien les honneurs de son gouvernement.

1 19-136 Cês 18 vers sênt SMppriwm dans B C. 14S Â courut.

a4i 16^ — Du 2. Septembre 1666 (Subuoht).

Il ne fait rien vaille que vaille ; Il n'en est, dit-on, point, qui sçachent mieux les lois

De la belle magnificence , Et je Tav veu passer à la Cour , autrefois , 160 rour un des plus galant de France.

Enfin Ton fit , hier , marcher Tous les illustres Volontaiiuss Qui , depuis si long temps . vouloient se détacher Pour aller sur la Flottb avancer nos affaires ; Us doivent , dans ce mesme Port , Se joindre à Monsibur de Bkaufort , Pour aUer joindre après la Fïxym db Holuli^b ; Mais , Mon Prince , j'ay du soucjr Qu'entre ceux que le Rot commande Il fosse partir Bkoillb aussi.

Je répondray sur cette affiûre , Si l'on veut , ce qu'a dit le Rot Lorsque l'on l'a voulu détourner de le faire , Qu'il sERorr le MtEimm a furidre cûrr Emplot. Mais, Monseigneur, cela n'importe :

Depuis Dimanche seulement Il se voit embrassé par un Objet charmant , Qu'il est assez cruel de quitter de la sorte , Et ce sont de rudes tourmens , Ma foy, pour de pauvres Amans.

Apprenez moi le Nom des autres , Tant des gens du Rov que des vôtres , Car je souhaitterois de k faire sçavoir Aux amis qui me viennent voir.

Il ne faut point qu'icy j'oublie

Qu'environ vingt Vaisseaux Anglois

Ont brûlé , dans le Port de Vue , Cent trente-neuf Vaisseaux aux Marchands Hollandois.

Voila des coups éoouventables ;

Mais aussi leurs Qiefis obstinez Négligèrent par trop les avis charitables Que Messieurs les Estats leur en avoient donnez. Ils se croyoient si fort asseniez en leur rade

Qu'ils se mocquoient de l'incartade

Et , ne sçachans pas que I'Anglois , Pourveu qu'il fut suidé par Un Hollandois traître ,

Ainsi qu'il l'estoit cette fois ,

Frandussoit tout passage en Maistre ,

Ils s'en sont laissez attraper

Et tres-vilainement duper.

Chacun se mêle d'en écrire

156 A Miif auêi n'ett-il pw un Doc vaille que 173 A Alors qu'on fa ^nln. f vaille.

iSi-i84 Ca quatre Vers sont subîmes dans B C.

Page 1