XVII SEMAINE
Du Jeudy seiziesme Septembre 1666.
A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN
Pour payer la bonté suprême Que vous eûtes, Jeudy, pour moy , Quand i*allay vous parler de mon amour extrême, Jhc veux, Prince, me plaindre au Roy > Et l'avertir en conscience ,
Comme on le doit Chrestiennement , Que vous estes assurément Un des fieffez voleurs de France.
Je mérite vostre courroux 10 De vous parler de cette sorte ;
Mais chacun sent son mal : celuy qui me transporte Ne peut pas me réduire à des termes plus doux.
J'aUay , l'autre jour , à Voicennes Pour voir comment mon cœur , que je vous ay donné 15 Depuis plus de dix-sept semaines ,
En ces lieux estoit gouverné , Et véritablement vous m'y fistes caresse : I Vous abandonnastes soudain Vostre Menotte à ma tendresse ; » Mais ce fut pour y faire un coup de vostre main ,
Ce fiit pour me voler mon Ame Qui sur mes lèvres se rendoit, ^
Dans l'espoir de donner un baiser plein de flâme A cette main qu'on me tencloit.
n Que vous fistes le coup avec adresse extrême!
A peine ce baiser j fut-il appliqué
Que je sentis , à l'heure mesme , Que mon ame m'avoit manqué. Mais enfin que feray-je. Prince?
10 • Une Muse sans ame est une Muse mince.
Si vous gardez la mienne ainsi Et que vous vouliez que je vive , Il faudra désormais que par tout je vous suive ; Car, sans ame, en ce Monde, on ne vit point aussi. B A tous hazards , je vous la donne ,
itA Etmi. I 19-^ Mtnotte,