‹ Les convicts en Australie (volume 2)Chapitre 31 sur 112 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

— Souflert! m'écriai -je; et quelle souffrance a-t-il donc éprouvée ?

— Il a été pendu, reprit-elle.

— Pendu? et cette nouvelle ne vous empêche pas de faire si tôt de secondes noces?

— Ah! monsieur, cela ne nous a pas surpris, mon fiancé et moi ; il y a bien longtemps que nous avions prév^i ce coup-là, et que je l'avais prédit à mon mari, ti'était un maladroit. »

Je donnai deux dollars à Mary, et elle partit toute joyeuse. Cette feimne ne m'a jamais dérobé un mouchoir, et son nouveau mari était un journalier fort paisible qui, à ma connaissance, n'a pas eu de démêlés avec la justice.

J'ai dit que les jugements étaient très-sommaires. Cependant de nouvelles ordonnances ont limité l'arbitraire des magistrats et donné aux accusés quelques garanties qu'ils n'avaient pas autrefois. Dans l'origine de la transportation, les magistrats étaient investis de pouvoirs illimités, et l'on cite encore à Sidney l'exemple d'un juge qui prostituait scandaleusement la justice. Cet homme remettait invariablement à huitaine les causes des accusées du sexe féminin, toutes les fois qu'elles avaient des traits agréables. La douceur extraordinaire de la sentence prononcée contre elles excitait ensuite la surprise générale. On fit une enquête, et on apprit que depuis bien des années les belles recluses 10 «

(^6 LES GONVICTS E19 AUSTRALIE.

étaient conduites à rhahitation particulière de i*iDcorruptible magistrat, et mises en liberté après Tentrevue. Cette découverte amena la révcycation de sa seigneurie.

Après Taudience, les tiraillements de mon estomac m'avertirent que l'heure du repas était arrivée. Le gaz brillait dans les .rues et versait sur Tétatege des boutiques une lumière resplendissante. Je me mis en quête d'un hôtel respectable. Le maître de la maison, en habit noir et cravate blanche, la chemise ornée de boutons en diamant, les mains couvertes de gants de coton blanc , me reçut avec toute sorte de déférence et m'introduisit dans la salle à manger. La table était dressée, la nappe blanche, les cuillers et les fourchettes luisantes, et la porcelaine neuve. Il y avait donc quelque chose de satisfaisant dans les préparatifs du festin. Restait à savoir si le menu répondrait aux promesses du couvert .^ La carte me fut l'émise; elle se composait d'un potage à la tortue , de soles , de filet de bœuf, de volaille et de différents plats d'entrée. Ceux des convives qui dédaignaient le produit des brasseries avaient à choi^ entre le Champagne, le madère, le sauternes, ou du moins la contrefaçon d^ ces vins,, provenant des vendanges australiennes. Au dessert, la table ftat couverte de raisins , de melons, de pêches, de groseilles, et enfin chaque convive eut le droit d'absorber le contenu d'une bou-

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