CHAPITRE VI
Coop d'œil sur let paysages de l'ialérieur.
Après un court séjour à Sidney, notre bàQment fît Voile pour retourner en Angleterre. Je n'a^viis
eu que le temps d'étudier la physionomie de la ville et de visiter les environs. J'emportais le regitl de n'avoir pas fait d'excursion lointaine. L'occasion d'examiner, en plein désert, les éléments A la colonisation , se trouvait ainsi perdue pour moi On sait qu'un grand nombre de déportés sont placés chez les colons à la campagne. Leur vie est toute différente de celle des prisonniers retenus dans la ville. C'est avec beaucoup d'intérêt que j'aurais pris sur le fait l'existence patriarcale de?colons. Semblables aux peuples pasteurs derhistoiiv ancienne , ils conduisent leurs troupeaux dans de vastes solitudes, et exercent en dehors de Faction légale, une autorité presque absolue sur une Iroupe nombreuse de serviteurs. Mais ces domestiques eux-mêmes ont un caractère tout particulier et tout nouveau. Quelle dilférence entre ce noble
LES CiOUYICTS EU AinSTBAUE. HZ
ii fidèle Jac(db qui, poxsc épeaser Raebel, l'objet de ses â&ctions^ eensacre sept années an service de lidum:, €i les maiheitKevjL jœtement ffétris par les trihmaux de leiur pays , cpie le goinemement donne aux hahitamfci de FAnstralie poor les aider dans kurs travaux l
Quelle inSuence exeree sur le moral des déportés la solitude où 3s vivent en plein air et livrés à ein-mânes ? Régime trop doffx , selon les uns , imnitoirefficaee selcm d'autres. Grave question qui dinse les meiliears écrits.
Pendant notre traversée de retour, il m'arriva fhs d'ime fois de conmuniqisier au capitaine Brovn rexpressioa de mes regrets, et iî ne manqua jamis de me répondre que toutes ces prétendues <|nestions étaient questions oiseuses.
' Les ^okfmrs^ sont des voleurs , dîsaît-il ; il faut l« châtier sévèr«!weiit ; prima, pour les punir; wwid«, pear les empêcher d!e recommencer. »
Cette 9hil^90pfaie pratique ne me convainquait pas. Je n'avais plus la ressource du docteur pour édaircir mes dmites. Campbell était resté dans la «)lome, oè le gouverneur avait été trop heureux de profiler de sa bonne volonté et d'utiliser ses services. J'arrivai donc en Angleterre avec cette espèce dTnquiétude que Tesprit éprouve quand il u'est pas satisfait sor quelque point. Loin de s'affaiblir avec le temp&, ce malaise moral ne fit que -0 h
s'accroître. Quelques années plus tard j'acceptai, avec une sorte d'empressement, l'offre qui me ftit Mte de prendre le commandement d'un navire chargé de déportés, pour la Nouvelle-Galles du sud.
Ma première visite fut pour mon ami le docteur. Sa fortune avait prospéré. Non content d'exercer son utile profession avec succès, il avait acheté des terres dans l'intérieur, et il faisait exploiter une ferme qui eût produit des revenus considérables, si Campbell n'avait fait les frais de continuelles expériences sur le moral des convicts qu*il y avait placés. Dans la ville il soignait, en vertu de ses fonctions officielles , le corps des déportés ; à la campagne, il avait entrepris la cure de leur âme. D avait conservé le souvenir des prisonniers amenés sur le Gouverneur 'Macquarie^ et il en avait pris quelques-uns sur sa ferme. Hais sa bienveillance avait été bien souvent mal placée. Le choix le plus heureux qu'il eût fait était celui de Paddy» qu'il avait mis à la tête de son exploitation, et qui justifiait sa confiance.
J'avais un très-vif désir de visiter cette ferme. Campbell mit la plus grande obligeance à le satis* faire. Un matin nous partîmes à cheval, et bientôt les toits de la ville s'effacèrent à nos yeux.
En Australie, le désert commence à la sortie de Sidney. Ce p^ys ofire le contraste le plus brusque de la civilisation et de la barbarie , du mouvement