CHAPITRE VU. . iâ
— Quel est ce désordre? dit Campbell. Comment se fait-il que je vous trouve , vous, Paddy, dont la conduite est ordinairement plus régulière , mêlé à cette scène de pugilat ?
— N'y faites pas attention, monsieur : nous nous sonunes rencontrés ici par hasard entre compatriotes. Comme la journée est chaude, et qu'il n'était .pas possible de se mettre en route à cette heure, nous nous sommes rappelé un divertissement de notre pays : c'est un exercice qui fortifie les muscles et qui donne du jeu aux articulations.
— Singulier amusement qui vous a mis l'œil en cet état! dit Campbell.
— Oh! nous n'avons pas de dames ici, s'écria Paddy. Il n'y paraîtra plus la première iois que j'irai à Sidney; alors j'aurai recouvré tous mes avantages.
— Soit; un proverbe français dit : « Chacun u prend son plaisir où il le trouve. » Du moment que vous ne vous êtes pas enivré, je n'ai rien à dire, à condition toutefois que vous m'expliquerez votre présence ici d'une manière satisfaisante. Pourquoi avez-vous quitté la ferme dont je vous ai confié la direction?
— Je suis parti ce matin pour courir après l'un de nos hommes qui avait disparu la veille. C'est maître Field, que ses camarades appellent Wellington. Depiiis deux ans que vous l'employez
i'SÙ LES CONVICTS EN AUSTRALIE.
comiiie berger, il n'a jamais pu réusôr à arriver jusqu'à Sidney pour voir sa femoie, qui est en service chez, une dame de la ville. Cette aubei^eci est recueil où sa navigation vient toujours échouer. Dix fois il est parti de la ferme avec votre permission; dix fois il est revenu sans avoir poussé plus loin que cette maison » où il avait dépensé son temps, son argent et noyé sa raison dans tes bouteilles.
— Ce n'est que trop vrai, dit Campbell; et il est donc encore ici?
— 11 est tout près d'ici, étendu sur le ventre au soleil. Quand je suis arrivé, il était déjà tellement ivre qu'il ne m'a pas reconnu : il m'a pris pour un constable. C'est vainement que j'aurais voulu lui feîre quitter la table en ce moment : autant aurait valu disputer à un ours im os qu'il ronge qu'enlever à cet ivrogne le pot d'eau-de-vie où s'absorbaient toutes ses facultés.
— Mais il n'avait pas d'argent , dit Campbell ; je n'ai pas réglé le payement de ses gages depuis le dernier jour où il a dépensé tout son ajFoir dans ce même cabaret.
— Il a reçu la visite d'un partit ou un ami, je ne sais tequel , un jeune honune sans exp^ence que sa femme lui avait envoyé et qui a payé sa bienvenue. C'est un émigrant libre ; sa visite m'avait paru sans inconvénient. Hier soir il. est parti.