CHAPITRE VIII. i
^îononiie. IJ posa à terre la crosse de sa carabine, 3t porta machinalement la main à son bonnet :
« Yous êtes ici, madame Bari^? dit-il : j'en suis Fâché, et, si j'avais su vous y trouver, nous n'y serions pas venus; mais ces damnés constables n'ont cessé de nous poursuivre depuis deux jours ; nos chevaux ne peuvent plus nous porter ; et puis nous avons f^im et soif. Vous savez, madame Barry, qu'on ne recule pas devant la nécessité.
— Était-il nécessaire d'adopter un genre de vie si criminel , lorsque vous étiez traité avec tant d'indulgence dans la maison de mon mari?
— Voyez-vous , madame Barry, je ne dirai pas que j'aie été maltraité chez vous ; mais ce genre de travail ne me plaisait pas, et, d'ailleurs, on cherche toujours l'occasion de reprendre sa liberté. Je m'étais entendu avec une de mes connaissances du pays : un matelot qui retournait en Angleterre, et il m'avait caché à bord de son navire , mais j'ai (Hé trahi; la police a enfumé le bâtiment pour m'en faire sortir. J'ai été conduit devant les magistrats. Vous entendez bien qu'il avait fallu faire des sacrifices pour déterminer le matelot à favoriser mon évasion. Ils ont prétendu que je lui avais fait une petite cargaison de plomb emprunté aux ateUers (lu gouvernement , et ils m'ont déporté à vie dans <îet enfer qu'on appelle Port-Macquarie. Voyezvous , madame Barry, les hommes qu'on envoie en
ce lieu maudit ne yaleni pas grand'chose quand ils y amyent; mais seraient-ils des anges, ils ne tar-j deraient pas à deyenir pires que des démons, tant la yie qu'on y mène est affreuse. On brave tout en pareille situation, et voilà comment il se fait que je suis sur la route, traqué comme une bête fauve; mais gare aux chasseurs! dit-il en frappant violemment le plancher avec sa carabine.
— Vous avez donc oublié celui qui fortifie et qui récompense ? Qu'avez-vous fait de la Bible que je vous ai donnée ? Ce livre divin vous aurait soutenu, et vous aurait appris à supporter les maux de cette vie dans l'attente d'une vie meilleure.
— On n'a pas l'esprit à lire à Port-Macquarîe , je vous assure ; et, si quelqu'un s'y avisait de montrer une Bible, les autres le tueraient, dans la pensée qu'il est un délateur.... Du reste, ce n'est pas le moment de songer à tout cela ; il faut que nous soyons cette nuit à vingt milles d'ici ; je vous demande bien pardon de vous prendre des chevaux, les nôtres sont hors d'état d'aller plus loin; veuUlez aussi nous faire donner quelques vivres.
— Je ne refuserai jamais des aliments à celui qui a faim , dit Mme Barry. Quant aux chevaux , vous n'avez qu'à les prendre vous-même, Bob; je ne puis volontairement me rendre complice de votre fuite et des méfaits que vous commettez chaque jour.