FILS DE JUDAS, ME PRENEZ-VOUS POUR UN NIAIS
Livide de rage, il me saisit violemment le bras, et il se disposait à me faire un mauvais parti, lorsque je le pris par le collet, et, le poussant vers la porte avec une vigueur évidemment supérieure, je m’écriai :
« Par la barbe de Moïse, juif, vous vous ôtes attaqué à plus fort que vous. Sortez d’ici au plus vite, et sans dire un mot. Je vous conseille de profiter de la permission que je vous donne. »
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Il disparut avec tous les signes du plus violent dépit, et en avalant, comme on dit, une couleuvre de digestion difficile.
Avant mon départ , je rencontrai de nouveau ce digne compagnon. Il eût évité volontiers une reconnaissance; mais je lui fis voir, par un geste, que je désirais lui parler.
« Eh bien ! lui dis-je de l’air le plus naturel , avez-vous jeté le grappin sur quelque imbécile depuis notre dernière entrevue?
— Je vous demande pardon, répondit-il en portant respectueusement la main à son chapeau, je reconnais que j’ai manqué de tact. La faute en est aux vêtements grossiers que vous portiez ce jour-là, et qui vous donnaient une tournure bien différente. Avec d’autres habits , vous m’auriez fait , comme aujourd’hui , l’effet d’un gentleman , et je n’aurais pas pris la liberté de vous adresser mes petites propositions. »
II m’exposa alors que les capitaines payent souvent une prime qui s’élève jusqu’à soixante-quinze francs par recrue destinée à former leurs équipages. C’est une avance dont ils ont soin de s’indemniser à coups de martinet! N’importe, un appât si considérable est bien propre à stimuler l’industrie d’un honnête recruteur. Telle est du moins l'observation que m’adressa le faux marin. Il n’étàit rien de mieux qu’un déporté muni de ce qu’on appelle un