CHAPITRE VII
tit et qu’un bol de punch flamba devant nous, Campbell me dit :
« Maintenant vous pouvez me faire toutes les questions possibles : je suis prêt à vous répondre , à moins que notre promenade ne vous ait trop fatigué. Dans ce cas nous lèverions la séance et je vous conduirais à votre chambre.
— Non pas, répliquai-je. Je ne connais pas de moment plus agréable que celui-ci pour la conversation; et, pour commencer, je vous demanderai combien vous avez de domestiques, et s’ils sont tous des convicts.
— Je dois en avoir une vingtaine. La majeure partie a été prise parmi les déportés; seulement vous saurez qu’on ne leur donne pas ce nom , ni celui de convicts. Ce serait une injure : on les appelle hommes du gouvernement.
— Je ne l’oublierai pas. D’après l’échantillon que nous avons vu ce matin , des serviteurs de ce caractère doivent vous donner bien peu de satisfaction.
— Ils sont moins mauvais qu’on ne pourrait le supposer d’après leurs antécédents. Considérez que ces gens-là n’ont pas été élevés pour mener la vie pastorale ; ils ont été ramassés dans les rues de Londres ; ils sont nés et ils ont vécu à la lumière du gaz. Il faut donc métamorphoser des escrocs, des faussaires, en bergers, en bouviers ou gar- 70 j
çons de ferme , et cette expérience n’a pas de trop mauvais résultats, puisque la colonie a pris un si grand essor. Quant à moi personnellement , je serais injuste de m’en plaindre, car mon habitation est en pleine prospérité. Je n’ai même pas la peine de la diriger; j’en laisse le soin à Paddy, qui gère celte affaire à merveille.
— Vous avez eu, sans doute, la liberté de choisir parmi les condamnés ceux dont la profession et le caractère vous ont paru les meilleurs ?
— J’ai fait comme tous les autres colons; je les ai pris au hasard. Le gouvernement ne donne aucune information sur la vie antérieure des déportés. Une fois débarqués dans la colonie, ils sont regardés comme des hommes nouveaux, à qui toute latitude est donnée de commencer une vie honorable. L’administration réserve d’abord les hommes qui conviennent à ses travaux ; elle met ensuite à part ceux qui lui paraissent trop dangereux pour être livrés aux colons, et ceux-ci ont à choisir parmi le reste, sans autre guide que la physionomie des convicts et leurs réponses plus ou moins satisfaisantes.
— Le gouvernement accorde-t-il indistinctement à tout le monde la faculté de prendre des déportés en service?
— Non. Il examine les demandes qui lui sont adressées et les rejette toutes les fois que le signa-