CHAPITRE VIII
la colonie. Son mari lit pour elle encore davantage; il lui donna l’éducation qui lui manquait. L’esprit de Marguerite Catchpole , enrichi dès l’enfance par les émotions les plus vives, identifié avec les beautés d’une nature sauvage et poétique , devait profiter mieux qu’un autre des soins et de la culture , tout en conservant cependant son originalité.
Quand je la vis , chez Campbell , elle était encore vive , malgré son âge avancé , et on retrouvait sui sa figure les traces de « ce teint basané et chaud de la bohémienne , de ces yeux brillants , bruns et intelligents, de ces joues rondes, de cette taille déliée, » que lui donne son biographe, le révérend Richard Cobbold. Son inari, mort en 1827, lui avait laissé deux filles , un fils et le titre de mistriss Barry de Windsor, près les collines vertes d'Hawkesbury.
Les déportés qui, comme elle, acquièrent sur cette terre nouvelle la considération et la fortune, sont, d’ailleurs, très-nombreux. L’hospitalité qu’offrit le docteur à Mme Barry se prolongea, parce qu’elle avait besoin des soins et des conseils de la médecine. Dans sa compagnie, nos soirées passèrent avec une extrême rapidité. En général , elle n’aimait pas à parler de sa vie aventureuse ; mais elle faisait volontiers exception pour Campbell, dont elle estimait le caractère et qu’elle regardait comme un ami sûr. Rien de plus varié et de plus intéressant que ses récits; rien de plus animé que son
style. On sait que son premier fiancé était capitaine d’un navire contrebandier. Marguerite n’avait pas approuvé cette carrière illégale ; mais on voyait bien qu’elle n’y avait jamais blâmé que la fraude et la révolte contre les lois. Cette vie de périls et de combats, qui met en action les facultés de l’homme primitif, avait pour elle des attraits dont le sentiment se révélait dans chacune de ses paroles.
Mais elle était destinée à partager avec nous une dernière aventure qui fit la plus puissante diversion aux précédents ennuis de notre solitude. Depuis quelques jours, le bruit courait que des bushrangers ( coureurs ou rôdeurs de bois ) avaient paru dans les environs. On donne ce nom aux déportés fugitifs qui vivent dans le désert, et qui exercent des brigandages sur les habitations des colons. Plusieurs bandits de cette espèce avaient été vus, disait-on, dans notre propre district; ils avaient mis au pillage une station voisine. Personne n’avait été maltraité, parce que les bushrangers n’avaient rencontré aucune résistance ; mais ils n’avaient pas épargné les menaces aux habitants, et, l’un des domestiques de la ferme ayant mis quelque lenteur à leur donner une selle de cheval, ils avaient appuyé sur sa poitrine la bouche d’une carabine, en accompagnant ce geste des plus violentes imprécations. Leur bande était-elle nombreuse? C’est ce que personne ne pouvait dire au juste. Les récits variaient