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tes difTérentes prisons de I*aris. — L'ancienne Préfecture de police. •» Le général en chef Lullier. — Allocution. — Le général Duval. — M.Coré, le directeur régulier, est incarcéré. — Le serrurier Carreau. — Le preniier otage. — UmeCoré et Mme Braquond. — Admirable conduite des employés de radministration normale. — Recommandation de M. Conjean. — Sa lettre au procureur général. — Mesures immédiatement prescrites par M. Lecour. — Influence de ces mesures sur le sort des otages. — Efforts pour sauver M. Bonjean. — Raoul Rigault et Ferré prés de la cellule de M. Bonjean. >- Une letti-e de Ferré.
Les prisons administratives de Paris, — les seules dont nous ayons à nous occuper, — sont au nombre de huit : Hazas, maison d*arrét cellulaire, destinée aux prévenus; — la Conciergerie, qui est la maison de justice, où Ton enferme momentanément les accusés qui doivent comparaître devant la cour d'assises ou les tribunaux correctionnels ; — la Santé et Sainte-Pélagie, maisons de correction pour les individus condamnés à
moins d'un an et un jour d*emprisonnement; — Saint- Lazare, maison d*arrôt et de correction exclusivement réservée aux femmes et divisée en plusieurs sections, où Ton peut garder sans contact les prévenues, les jugées, les jeunes filles retenues en correction paternelle et les filles publiques; une infirmerie où l*on traite certaines maladies spéciales est annexée à la maison ; — la Petite-Roquette, maison d'éducation correctionnelle pour les garçons ; — la Grande-Roquette, dépôt des condamnés, où les grands criminels attendent leur départ pour les maisons centrales, la déportation outre mer ou Téchafaud. — En temps normal, tout individu arrêté est écroué d'abord dans une prison attenante au Palais de Justice et qui est le Dépôt près la Préfecture de police, divisée en deux parties distinctes, l'une destinée aux hommes, l'autre attribuée aux femmes, que surveillent les sœurs de Marie-Joseph. Cette énorme geôle, contenant cent quatre-vingt-quinze cellules et de vastes salles, est disposée pour la détention individuelle et pour la détention en commun; construite dans les dernières années du second Empire, elle est en fortes pierres de taille, et outillée de manière à défier les tentatives d'évasion. Les salles du commun pour les hommes et pour les femmes s'étendent sous le gracd escalier du Palais de Justice qui fait face à la place Dauphine.
La façade occidentale du Palais est aujourd'hui dégagée, car l'incendie a détruit les vieilles constructions qui la masquaient encore aux jours de .la Commune ; elle était alors littéralement enveloppée, et le Dépôl avec elle, par les bâtiments de la Préfecture de police. Celle-ci était un assemblage de maisons branlantes, juxtaposées plutôt que réunies, et que l'on avait utilisées, vaille que vaille, selon les nécessités du service. Au bout de la place Dauphine, un porche que l'on pou-
LE PRÉSIDENT BONJEÂN. Cl
vait, en cas de besoin, fermer à Taide d*une porte en fer, indiquait l'entrée de la Préfecture ; à gauche, au rez-de-<^haussée, la loge du portier principal, à côté le poste des officiers de paix; à droite, le bureau des passeports; au-dessus, les bureaux de la deuxième division. Au delà du porche, la rue de Harlay-du-Palais, de Tautre côté de laquelle une grande maison où Ton avait installé, au rez-de-chaussée, le service actif des mœurs auprès du poste des brigades centrales; dans les étages supérieurs, les différents services de la première division et de la police municipale. Un couloir en bois, rejoignant ces bâtiments annexés à Tancien hôtel des premiers présidents au parlement, conduisait aux bureaux politiques, au cabinet et aux appartements du préfet, qui dominaient la cour de la Sainte-Chapelle. Dans la rue de Harlay-du-Palais était établie la Permanence^ où Ton prenait le nom et le signalement des gens arrêtés avant de les envoyer au Dépôt, qui éjait côtoyé de fort près, à Touest et au sud, par les masures où la préfecture de police était à l'œuvre jour et nuit.
Le 18 mars 1871, vers sept heures du soir, M. Coré, directeur du Dépôt, acquit la certitude que la Préfecture de police et le Palais de Justice avaient été évacués par les autorités régulières; resté sans ordre, il s'adressa à M. Place, inspecteur général des prisons de la Seine, et n'en put recevoir aucune instruction. On savait que l'insurrection était maîtresse de Paris, on se sentait bien prés de la Préfecture de police, contre laquelle un mouvement serait certainement dirigé ; on se tint clos, on enjoignit aux sœurs de Marie-Joseph d'avoir à revêtir des costumes laïques et Ton attendit. Le personnel des surveillants, presque tous choisis parmi d'anciens sous-officiers, était à son poste. A
onzft heures du soir, le 101® bataillon, l'un des plus ardents pour la Commune, s'empara de la place Dauphine, sous les ordres d'un certain JoUivet, qui fit une perquisition dans la Préfecture de police afin d'y découvrir im prétendu dépôt de 40000 fusils, dont pas un n'existait.
Pendant que Jollivet et ses hommes saccageaient les bureaux de la première division, Lullier, qui dès lors prenait le titre de général en chef, arriva à la tête d'une troupe de fédérés. Les deux bandes fraternisèrent un peu; on échangea quelques verres d'eau-de-vie, des poignées de main, des vivats, et Lullier, obliquant par la rue de Harlay, passant sur le quai de l'Horloge, entra dans la cour du Dépôt. La foule armée qui le suivait s'y précipita. A peine éclairées par un réverbère, les murailles montraient les solides barreaux protégeant les fenêtres ; la porte en fer était fermée. On l'attaqua à coups de crosse, à coups de pierre, à coups de pied ; chaque heurt retentissait comme une détonation d'artillerie dans l'intérieur du Dépôt. M. Coré fit ouvrir la porte et parlementa avec Lullier; les fédérés, dont la raison, surexcitée par la victoire et par le vin, n'était pas indemne, vociféraient et demandaient que tous les gardiens fussent passés par les armes.
Un sous-brigadier de surveillants, nommé Pierre Braquond, homme de sang-froid et de rare énergie, dit à Lullier : « Est-ce que vous allez nous laisser égorger par tous ces gens-là? Vous êtes leur chef, dites-leur de respecter de vieux soldats! » Lullier, qui n'était rien moins que cruel, se tourna vers ses hommes et leur fît cette allocution : u Citoyens, vous allez me jurer de ne faire aucun mal à ces employés : je les connais ; ce sont de charmants garçons : levez la main et jurez de lie point souiller la victoire du peuple I » Les fédérés jurèrent et se mirent à crier : « Nos camarades 1 nos
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