‹ Les convulsions de Paris (volume 2)Chapitre 33 sur 46 · COMMUNE DE PARIS · texte numérisé non relu

COMMUNE DE PARIS

CABINET nu PROCUREUR DE LA COMMUNE.

Paris, 18 mai 1871.

Le directeur de Mazas laissera les citoyens Washbwne et Mac Kean communiquer avec le prisonnier Darboy,

Permanent.

Raoul Rigadlt, (Timbre ofllciei.) Procureur de la Commune.

Vu, 21 mai 1871.

Vous remarquerez les termes qui montrent bien le caractère de l'homme à ce moment. Je ne suis plus désigné comme «. le citoyeo

Wasliburne, ministre des États-Unis s, mais seulement a le citoyen Washbume », et l'arche vôque, au lieu d'être désigné comme c citoyen Darboy, archevêque de Paris », est seulement appelé c le prisonnier Darboy ».

J'avais jusqu'à cette heure visité l'archevêque six différentes fois, et c'est pour moi une grande satisfaction de penser que mes visites lui ont fait un bien réel Je lui apportais toujours des journaux et lui communiquais les nouvelles du jour. Notre conversation eut beaucoup pour objectif les etîorts que l'on faisait pour qu'on l'échangeât contre Blanqui, le grand communiste et révolutionnaire, alors prisonnier du gouvernement régulier. Vous serez frappé de son exposé clair et concis de cette question, qui se trouve parmi les documents que je vous envoie, et que je possède de sa propre écriture. Il m'a toujours fait des remerciments de ce que je le venais voir, et il eut la bonté de dire plus d'une fois qu'une des raisons pour lesquelles il aimerait à être rendu à la liberté, était qu'il désirait pouvoir dire au monde ce que j'avais été pour lui dans sa prison.

L'avant-dernière fois que je le vis, je fus très affligé de le trouver dans un état de santé plus faible encore que précédemment. La réclusion aggravait sa dyspepsie et abattait ses forces. Éprouvant à son égard une certaine inquiétude, je retournai le voir dans l'après-midi du dimanche 21 mai, porteur du permis spécial de Raoul Rigault, transcrit ci-dessus, grâce auquel je pénétrai facilement dans la prison; mais, une fois entré, je trouvai que ce n'était plus la même chose qu'auparavant. La plupart des hommes de service étaient nouveaux et la plus grande confusion régnait. Presque tous étaient plus ou moins pris de boisson, et ma présence sembla les gêner tous. Au lieu de la politesse ordinaire avec laquelle j'avais été uniformément reçu, j'étais traité avec rudesse. On s'opposa à ce que j'entrasse dans la cellule de l'archevêque comme j'avais fait antérieurement; on l'amena dans le couloir, où je ne pouvais l'entretenir qu'en présence des gardiens. Malheureusement j'avais à lui dire que je n'apportais pas de bonnes nouvelles, qu'il n'y avait pas d'amélioration dans la situation. Je lui dis que je l'avais trouvé si soutirant la dernière fois quejel'avais vu, que j'étais revenu pour savoii^ comment il allait et si je pouvais encore lui rendre quelque service. Il me renouvela ses remerciments et dit qu'il ne voyait rien qu'il pût avoir à me demander (^uant à présent. Après avoir encore causé avec lui quelques instants, je lui dis un adieu qui devait être, hélas I le dernier, mais en l'informant que j'avais reçu un permis permanent et en promettant de revenir sous peu.

Jusque-là, bien que souffrant dans sa santé et accablé d'anxiétés, non seulement pour ce qui concernait sa situation personnelle, mais l>our ce <|ui intéressait l'état de sa patrie, chaque lois que je l'avais vu, j'avais trouvé en lui non seulement de la bonne humeur, mais parfois même de la gaieté. Jamais je n'oublierai la bonhomie avec

laquelle il m'introduisit dans sa sinistre petite ceUule, me disant qu'elle lui servait à la fois de cabinet, de salon, de chambre à coucher et de salle à manger. Quoiqu'il comprit le danger de sa situation, il parlait comme préparé au sort quel qu'il fût qui l'attendait, et, conmie je l'ai dit dans ma dépèche à M. le gouverneur Fisch, il ne lui échappait jamais un seul mot de reproche contre ses persécafeurs; au contraire, il parlait d'eux avec bonté. Je n'avais jamais vu auparavant, chez aucun homme, une telle résignation et un tel esprit chrétien, et jamais personne qui parût plus élevé au-dessus des choses de la terre. Lors de ma dernière visité, il semblait bien changé. Il avait perdu sa bonne humeur, et paraissait triste et abattu. Le changement des gardiens de la prison et la démoralisation générale, qui prenait là le dessus, étaient de mauvais présage. Et en effet, au moment môme où je me trouvais avec lui cette dernière fois, les troupes du gouvernement étaient entrées dans Paris par la porte de Versailles, au côté opposé de la ville, fait qui ne fut connu que plusieurs heures après.

Vous pouvez vous figurer la sensation que fit chez les insurgés la nouvelle que l'armée de Versailles était dans les murs de Paris. Le sentiment qui était celui des meneurs à l'endroit de l'archevêquei avant cette entrée, se trouve exprimé par la Montagne^ \m des or* ganes les plus sauvages et les plus brutaux de la presse communiste de la capitale ; il était traduit par cette honteuse menace :

« Les chiens ne vont plus se contenter de regarder les évoques (allusion au proverbe : Un chien regarde bien un évêque). Nos balles ne s'aplatiront plus contre les scapiilaires, pas une voix ne s'élèvera pour nous maudire le jour où l'on fusillera l'archevêque Darboy. W faut que M. Thiers le sache, il faut que Jules Favre, le marguiUier, ne l'ignore pas ; nous avons pris Darboy pour otage^ et si l'on ne nous rend pas Blanqui, il mourra. La Commuile l'a promis^ et si elle hésitait, le peuple tiendl*ait son serment pour elle. ^— Et ne l'accusez'pas ! « Que la justice des tribunaux commence, a dit Danton le « lendemain des massacres de septembre, et celle du peuple prendra t lin. » Ah ! j'ai bien peur pour monseigneur l'archevêque de Paris * ! »

Aussitôt que le commandant en chef des troupes du gouvernement se trouva dans Paris, je lui rendis visite à son quartier général pour l'aviser de la situation de l'archevêque, afin qu'il pût prendre les mesures qui seraient jugées propres à tenter de préserver ses jours. Mais il fui impossible de rien faire, car les troupes insiu'rectionnelles étaient en possession de toute cette partie de la ville qui se trouve entre la place de la Concorde et les prisons de Mazas et de la Hoquette, et elles combattaient derrière les barricades avec la fureur

' Cette citation est la conclusion d'un article, signé Gustave Maroteau, qui fut publié dans la Montagne le 20 avril 1871. M. D.

et l'acharnement du désespoir. On a su plus tard que, le lundi 22 mai, une demi-douzaine des plus féroces meneurs de la Commune, y compris Raoul Rigault, s'étaient réunis en conseil et avaient décidé la mort de l'archevêque et de cinq autres otages.

Je ne puis entrer ici dans tous les détails horribles de ce qui suivit. Us furent bientôt transférés de Mazas à la Roquette, dans un vulgaire chariot de déménagement, suivi pendant tout le trajet par une tourbe forcenée d'hommes, de femmes et d'enfants, qui accablèrent ces malheureux de cris outrageants et 4e quolibets obscènes. Enfermés à la Roquette, ils y restèrent jusqu'au mercredi soir 24 mai. Â envjj;ou six heures, un détachement d'une quarantaine d'hommes appartenant à une compagnie de la garde nationale insurrectionnelle nommée les Vengeurs de la République, avec un capitiine, un premier et un second lieutenant, un commissaire de police et deux membres délégués par la Commune, arrivèrent à la prison. Après un long pourparler avec le directeur en fonctions, qui d'abord "refusa de livrer les victimes, ils furent enfin abandonnés à cette bande d'assassins et à une mort certaine et expéditive.

Comme j'étais anxieux de recueillir tout ce que je pourrais apprendre sur les dernières heures de l'ariîhevcque, je visitai la prisoh de la Roquette peu de jours après le massacre. Grâce à la courtoise obligeance du conmiandant militaire et d'un des vieux gardiens» je pus pénétrer dans la cellule où il avait été détenu et d'où il avait été tiré pour être fusillé. Tout était dans cette cellule exactement comme il l'avait laissé. L'abbé Deguerry (curé de la Madeleine), le président Bonjean et trois autres otages de distinction furent appelés en môme temps, et tous ensemble, au nombre de six, furent emmenés dans la cour et placés contre la muraille qui clôt le sombre édifice de la prison. On m'a montré tout cela. L'archevêque, le plus éminent d'entre eux, fut placé en tête de la ligne. Les démons qui l'ont assas^ sine avaient, comme par dérision, gravé une croix sur une pierre de la muraille à laquelle il était adossé, et à l'endroit même que sa tête doit avoir touché au moment où le fatal teu de peloton fut exécuté. Quoique blessé, il ne tomba pas au premier coup, mais resta debout, calme et immobile, comme absorbé dans la prière. D'autres décharges suivirent immédiatement, et la vénérable victime tomba à terre sans vie.

Vers trois heures du matin, les corps des six otages fusillés ensemble furent entassés dans une charette prise au cimetière du Pére-Lachaise, et jetés pêle-mêle, sans linceul ni bière, dans la fosse' commune, d'où ils ont été heureusement tirés avant que la décompO'sition fût entière. Le corps de l'archevêque avait été dépouillé de tout, même de ses souliers. Les détails écœurants de ce drame terrible et sanglant ont été exposés tout au long dans le procès des assassins devant le conseil de guerre à Versailles. Plusieurs des coupables ont reçu le juste châiimcnt de leur crime.

372 PIÈCES JCSTinCAnVES.

Le corps de TarcbeTèque, ayant été embaumé, lut eqwsé sur un lit de parade dans une chapelle ardente, à rarchevèché, du i*« au 7 juin. Je me joignis à Timmense multitude de peuple qui traTersa le palais épiscopal pour fêter un dernier regard sur les traits bien connus de celui que sa charité chrétienne, ses actes de bien&isance, sa cordialité de coeur, sa bonté pour les paun-es et les humbles, avaient rendu cher à tous.

Tel est le récit que j*ai cru devoir tous tracer succinctonent de la . mort de Mgr Darboy. Que n'ai-je été asses heureux pour sauver sa précieuse existence! C'était un homme éminent, et l'on ne pouvait avoir commerce avec lui sans être captivé par son caractère sympathique et sa parole lumineuse. Instruit, éloquent, libéral et juste, il mettait en pratique toutes les vertus chrétiennes. Il a subi son destin avec la fermeté d'un martyr et mérite que tous les cœurs généreux payent un tribut de respect à sa mémoire.

J'ai rijoimeur d'être, etc.

E. B. Washboricb.

M. \VASUUIL\E A M. FISU.

LÉGATiOR DES ÉTATS-UNIS.

Paris, Î3 avril 1871. (Reçu 10 mai.

Monsieur,

.... Vous êtes informé que Mgr Darboy ^ archevêque de Paris, a été appréhendé, il y a quelque temps, par ordre de la Comnfiuiie, et jeté en prison pour y être retenu comme otage. Un pai*eil traitement envers cet homme dévoué et excellent ne pouvait manquer de taire grande sensation, surtout dans le monde catholique. Dans la nuit de jeudi dernier, je reçus une lettre de Mgr Chigi, archevêque de Myre et nonce apostolique du Saint-Siège, et aussi une communication deMM. Louvrier, chanoine du diocèse de Paris, Lagarde, vicaire général de Paris, Bonnet et Allain, chanoines et membres du chapitre métropolitain de l'Église de Paris : tous m'adressant un appel énergique, au nom du droit des gens, de l'humanité et de la sympathie, poui* que j'interpose mes bons offices en faveur de l'archevêque prisonnier. J'ai pensé que je ne ferais que me conformer à ce qui me parait être la politique de noire gouvernement et aux désirs qui devaient êti'e les vôtres dans cette circonstance, en me rendant au vœu de cette requête. En conséquence, je me suis mis, ce matin de bonne heure, en conununication avec le général Cluserot, qui parait être ici, j)our le présent, l'iiomme dirigeant. Je lui

PIÈCES JUSTIFICATIVES. r>75

dis que je m'adrcssni}; à lui, non en ma qualité de diplomate, mais simplement dans l'intérêt des bons sentiments et de rhumanité, afin de voir s'il n'était pas possible de faire cesser l'arrestation et l'emprisonnement de l'archevêque, il me répondit que cette affaire n'était pas de sa juridiction, et que, quel que fût son vif désir de voir relaxer l'archevêque, il croyait que, dans l'état actuel des choses, il serait impossible de l'obtenir. (1 a dit qu'il n'était point arrêté pour crime, mais simplement pour être gardé comme otage, avec beaucoup d'autres. Dans les circonstances actuelles, il pense qu'il serait inutile de faire aucune démarche en ce sens. C'est aussi mou senti-, ment que la Commune, dans l'état d'excitation où se trouve présentement l'esprit public, n'oserait pas relâcher l'archevêque. Je dis au général Gluseret qu'il fallait cependant que je le visse pour m'assurcr de sa situation réelle, de l'état de sa santé et des besoins qu'il pouvait éprouver. 11 répondit qu'à cela il n'y aurait point d'objection, et il m'accompagna immédiatement en personne à la Préfecture de police, où, sur sa demande, je reçus du préfet une permission pour visiter librement et quand je voudrais l'archevêque. Kn compagnie de mon secrétaire particulier, M. Mac Kean, je me rendis alors à la prison Mazas, où je fus admis sans difficulté, et après qu'on m'eut fait pénétrer dans une des cellules vides, on m'introduisit bientôt auprès de l'archevêque. Je dois dire que je fus profondément touché à l'aspect de cet homme vénérable. Sa personne chétive, sa taille un peu courbée, sa barbe longue (car il semblait n'avoir pas été rasé depuis son incarcération), son visage rendu hagard par la mauvaise santé, tout cela eût certainement ému le plus indifférent. Je lui dis qu'à la demande de ses amis, j'étais intervenu* en sa faveur avec un grand plaisir, et que, si je ne pouvais me promettre la satisfaction de le voir élargi, j'étais bien heureux de le visiter pour m'assurer de ^es besoins et de la cruelle position où il se trouvait. Il me remercia avec beaucoup de cordialité et d'expansion des dispositions que je lui manifestais. Je fus charmé par sa bonne humeur et l'intérêt de sa conversation. Il paraissait avoir conscience de sa situation critique et être préparé au pire. Il n'avait aucune parole d'amertune ou de reproche pour ses persécuteurs ; mais, d'autre part, il fit la remarque que le nionde les jugeait ]?ire8 quils n'étaient réellement. 11 attendait patiemment « la logique des événements », et priait pour que la Providence pût trouver à ces ten*ibles troubles une solution qui épargnât le sang humain. 11 est détenu dans une cellule de six pieds sur dix, peut-être un peu plus grande, qui a le mobilier ordinaire de la prison : une chaise et une petite table en bois, et un lit de prison. Elle est éclairée par une petite fenêtre. Comme prisonnier politique , il a la faculté de se faire apporter sa nourriture du dehors, et, en réponse à l'offre que j'étais heureux de lui faire, de lui envoyer tout ce qu'il pourrait souhaiter, ou de lui remettre tout l'argent dont il pouvait avoir

574 mPbS JUSTmCAnVES.

besoin, H me dit qu'il n'aTÛt, quant à présent, besoin de rien. félms Uoemle p e nomm e quU eài wm depuis aoo emprisonnement, et on ne lui aimit pas laissé Toir de journaux, ni aToir ancone noo- Telle des érénements de chaque jour. Je ferai une démarche «iprès du préfet de police pour être autorisé à lui enroyer des journaux et des finies, et je profiterai du permis qui m'a été donné pour le visiter et lui rendre tous les serrices qui dépendront de moi. Je ne pois me dissimuler néanmoins le grand danger où il se trouve, et désire sincèrement de pouvoir aider à le préserver du sort qui semble le menacer.

Je suis, etc.

E. B. Washbobiib.

Jf425.

Paris, S avril 1871. (Reço 10 mat)

Monsieur,

Bien que j'aie relaté dans ma d^ièche du 23 (n* 423) la d^maiyiy» par suite de laquelle je suis intervenu en laveur de Tarchevèque de Paris, je crois utile de vou» envoyer une copie de la lettre de S. Ex. Mgr Chigi, le nonce du pape, et aussi une copie de la lettre du vicaire général de Paris et de ses collègues, toutes deux à moi adressées et contenant les motifs de leur requête. Je viens d'apprendre que l'on avait fait une démarche auprès de l'ambassadeur d'Angleterre avant d'en faire auprès de moi, et qu'il avait décliné toute intervention. Mais cet acte de la légation anglaise, si je l'avais connu, n'aurait point modifié mes résolutions, car je me serais considéré comme parfaitement en droit d'étendre mes bons offices, officieusement, en faveur d'un homme aussi éminent par sa piété et aussi distingué par ses sentiments libéraux et ses vues philanthropiques que l'aixhevêque de Paris, aujourd'hui si cruellement persécuté.

Je suis, etc.

E. B. Washburhe.

Du ministère des affaires étrangères, je me suis rendu en

personne à la Préfecture de police, pour obtenir l'élargissement de plusieurs Allemands, parmi lesquels se trouvaient un prêtre, incarcéré à Mazas. J'ai trouvé là un jeune employé qui m'a très prompte-

ment donné satisfaction et m'a r.^inis des ordres écrits pour leur mise en liberté. Hier, une dame américaine est venue à la légation pour me demander de m' intéresser en faveur de deux sœurs de charité (françaises), afin de les faire sortir dé prison. Cette dame était elle-même sœur de charité et fille du dernier gouverneur de la Louisiane, Roman. Les deux religieuses en prison étaient ses amies, et avaient été arrachées à leur couvent par quelques gardes nationaux, il y a trois ou quatre semaines. Elle était dans la plus grande inquiétude à leur sujet. Je lui dis que, bien que je ne puisse aucunement intervenir d'une manière officielle, je consentais, par amitié pour elle comme Améincaine, à appeler l'attention des autorités sur le cas de ses amies. J'ai, en effet, si^alé cet incident à mon employé delà Préfecture et il m'a sans hésiter donné aussi un ordre de liberté pour elles. Je l'ai porté moi-même au dépôt des prisonniers, et après avoir attendu environ une heure pour l'accomplissement de certaines formalités, j'ai eu le plaisir de voir les deux sœurs hors des murs de la prison. Du dépôt je suis allé à Mazas et je n'y ai rencontré aucune difficulté à faire opérer l'élargissement de trois prisonniers allemands, y compris le prêtre. J'ai profité de l'occasion pour visiter l'archevêque de Paris et lui apporter quelques journaux et une bouteille de vieux vin de Madère. Je l'ai trouvé à peu près dans le même état que dimanche et avec la même bonne humeur. J'ai été peiné de ne pouvoir lui annoncer aucun changement dans la situation.

E. B. Wasbburne.

M. WASHBURNE A M. FISH (Extrait).

Paris, 2 mai 1871.

Je regrette d'avoir à dire que la vie de l'archevêque de Paris est à mes yeux dans le plus imminent danger. Le bruit s'étant malheureusement répandu que le prince de Bismarck avait résolu d'intervenir pour sauver la vie de l'archevêque, a causé une grande agitation. Dimanche dernier une bande de gardes nationaux s'est dirigée sur la prison Mazas, avec le projet avoué do le fusiller. Par bonheur, un membre de la Commune fit son apparition à ce moment et eut le pouvoir d'empêcher ces gens d'exécuter leur dessein. Les gardiens ordinaires de la prison ont eu les plus vives alarmes; ils ont fait changer l'archevêque de cellule et l'ont mis dans une autre partie de la prison. Ce qui a été empêché dimanche par la présence d'un membre de la Commune peut arriver chaque jour. Ayant des raisons de croire que le générai Fabrice est chargé par son gouver-

r>70 l'IKCKS .niSTIFICATlYKS.

nement de faire son possible pour sauver la vie de l'archevêque, et est chargé comme je le suis moi-môme de la protection des intérêts allemands aussi bien que des intérêts de l'humanité, j'ai cru de mon devoir de lui adresser un message verbal contidentiel, pai* un membre de ma légation, pour l'informer de la critique situation de l'archevêque, afîn que, s'il a des instructions pour intervenir, il puisse procéder ainsi qu'il le jugera convenable.

E. B. Washbubne.

M WASHBURNE A M. FISH (Extrait).

Paris, 19 mai 1871.

Depuis que j'ai commencé à écrire cette dépêche, j'ai fait une nouvelle visite à l'archevêque, pour lui faire connaître qu'il était impossible d'efifectuer son échange contre Blanqui. Je regrette d'avoir à dire que je l'ai trouvé très faible. Il avait été cloué sur son grabat toute la semaine dernière par une espèce de pleurésie ; il est sans appétit et ses forces sont considérablement diminuées. Il est cependant de bonne humeur, et, en apparence, résigné au sort, quel qu'il soit, qui peut l'attendre.

E. B. Washeurne.

Ro 473.

Paris, 29 juin 1871. (Reçu 13 juillet.)

En rapport avec l'histoire de l'insurrection et avec la mort tragique de l'archevêque de Paris, j'ai l'honneur de vous envoyer cijoint, pour être déposée aux archives du département, une copie de toute la correspondance et des papiers relatifs à l'emprisonnement du prélat et aux démarches faites pour obtenir son élargissement.

E. B. Washburne.

L'ARCHEVÊQUE CHIGI A M. WASHBURNE.

Yersailles-Montreuil, 18 avril 1871.

% rue de la Vieille-Église.

Monsieur et cher collègue,

Permettez-moi de vous prier confidentiellement de faire bon accueil aux quatre chanoines ecclésiastiques de l'église métropolitaine

de Paris, qui viennent vous demander votre protection on faveur de leur archevêque, jeté en prison par les insurgés de Paris! Permettez-moi de joindre ma prière à celle de ces bons prêtres et de vous assm^er de ma grande reconnaissance pour tout ce que vous croirez pouvoir tenter dans l'intérêt des jours de Mgr Darboy. Recevez, etc.

FlAVIOS ClIlGI,

Ârchev. de Nyre, nonce apostolique.

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